• Jofrey La Rosa

WANDAVISION (critique)

Première série officielle du MCU pour la plateforme Disney+, WandaVision s’est conclue hier dans une réelle apothéose. Récit 100 % spoilers d’une réussite industrielle totale.

Quand a été annoncé puis commencé WandaVision, l'intérêt général n’était foncierement à la hype, même si l’année sans aucune sortie du MCU avait un peu fait digérer la pilule d’une overdose super-héroïque. On pensait voir un pur produit marketing pour la nouvelle plateforme de streaming de Disney, qui ne servirait qu’à occuper de l’espace temporel et attentionnel à des fans hardcores et hébétés d’une franchise sérielle au cinéma et son passage à la (nouvelle) télévision. Et il n’en est tout bonnement rien. WandaVision est en effet une réussite sur tous les points. En plus de laisser une place non négligeable à ses acteurs, la série a la bonne idée de trouver un ton propre, tout en ne reniant pas pour autant son appartenance à la franchise globale à laquelle elle appartient. Ainsi, la première série du MCU apporte un hommage certain aux séries, et plus particulièrement aux sitcoms, de I Love Lucy à Modern Family, en passant par The Mary Tyler Moore Show et Malcolm. Mais ce simple aspect référentiel ne serait rien si les gens derrière WandaVision n’en faisaient pas quelque chose d'intéressant.


En plus de remettre au centre de la perception sérielle le côté épisodique de l'œuvre, WandaVision a en plus la bonne idée de jouer avec. Chaque semaine, un épisode, et chaque semaine, c’est l’événement, c’est exceptionnel, on retient, on polémique, on y revient, pour avoir une expérience de la série qui n’a définitivement pas la même saveur lorsqu’on la binge... Ainsi, au départ, chaque épisode semble être une variation du train-train de Wanda et de Vision s’ils étaient les personnages dans une sitcom, avec les petits hics relatifs à l’installation de l’arche narrative principale de la série dans son ensemble : le deuil de Wanda, suite à la mort de Vision dans Avengers - Infinity War. Évidemment, ni Wanda ni Vision ne sont subitement devenus des personnages de sitcom : les pouvoirs de la jeune femme - ou de quelqu’un d’autre ? - en sont la cause. Très vite, on installe le côté méta de cette mise en scène gigantesque dans une ville moyenne typiquement américaine, d’abord dans les 50’s, puis assez (trop) vite dans les années 1980, avant qu’un fabuleux épisode 4 ne vienne rebattre les cartes de ce récit foisonnant à coups de changement de point de vue et de perspective. La radicalité alors mise en place étonne et détonne d’un MCU parfois trop sage, mais qui tente toutefois ça et là de belles (et grandes) choses. Quitte à ne pas plaire à tout le monde.

L’universalité de l’entreprise Marvel au cinéma, le lissage à l'extrême des films (et des auteurs) pour créer une série au cinéma disparait ici alors même que la saga arrive à la télévision. Un comble. Ici, on sent que les scénaristes et producteurs tentent de nouvelles choses, plus risquées, plus edgy, sans toutefois mettre de côté tout leur public. Alors oui, évidemment, certain.e.s n’accrocheront pas, c’est une certitude - les plus jeunes notamment - mais il est alors logique (et nécessaire) pour Kevin Feige et toute son équipe de se renouveler. Et rien de mieux que s’approprier la saga comics House of M, pour créer un récit complexe, original, déroutant et tragique. Parce qu’on le comprend assez vite, WandaVision n’est et ne sera pas le pur fun marvelesque. Parce que si les trois épisodes d’introduction installaient les bases d’un récit rêvé de la vie de famille fantasmé par Wanda, le fameux quatrième venait redistribuer les cartes avec l’apparition de Monica Rambeau (fille de Maria, la comparse de Captain Marvel) et les retours de Darcy Lewis (Kat Dennings, qu’on avait vu dans les deux premiers Thor) et de Jimmy Woo (Randall Park, vu dans Ant-Man & The Wasp). Ces trois personnages secondaires, tous sortis des bas-fonds des personnages de la mythologie-maison, sont tous éminemment réussis. L’intro de cet épisode charnière se déroule au moment où Hulk claque ses doigts dans Avengers Endgame, et où on assiste au retour de la moitié des êtres de l’univers. Monica faisait partie de ceux-là, et quand elle revient, sa mère, elle, n’est plus. Dans cette scène tragique au possible, on a l’impression d’être dans The Leftovers, tant le ton donné est juste - Lindelof ne l’aurait pas renié, pour sûr. Mais c’est dans l’épisode 5 qu’on retrouve toute la ferveur et l’intensité des cliffhangers des séries des année 2000, à la faveur du retour de Pietro Maximoff, le frère mort de Wanda, interprété dans Avengers - Age of Ultron par Aaron Taylor-Johnson, mais qui prend ici les traits d’Evan Peters, qui interprétait Quicksilver, ce même personnage, mais dans les X-Men de la Fox (Days of Future Past, Apocalypse, Dark Phœnix), studio depuis racheté par Disney. “They recast Pietro ?!” ose même Darcy… Le MCU tenterait-il une incursion dans le multivers ? On en avait déjà vu l’esquisse dans les derniers Avengers, ainsi que dans les annonces du titre du prochain film Doctor Strange (The Multiverse of Madness) et les rumeurs simultanées du casting du prochain Spiderman avec Tom Holland : Tobey Maguire, Andrew Garfield, Alfred Molina et Jamie Foxx, tous présents dans de précédentes itérations filmiques de l’homme-araignée et qui sont supposés être dans son troisième film sous la bannière du MCU : No Way Home.


Dans les épisodes qui suivent, on continue sur une lancée brillante, en alternant entre révélations couillues et drames de moins en moins dissimulés, le tout en instaurant des choses folles pour la suites des événements du MCU. Le plaisir est intact chaque semaine, de retrouver ce récit passionnant et habilement raconté, mais aussi mis en scène simplement et efficacement, avec un savoir-faire industriel sans commune mesure, pour un rendu à la fois pop et sophistiqué. Alors oui, c’est parfois un peu impersonnel, mais Elizabeth Olsen, Paul Bettany et Kathryn Hahn proposent des compositions qui mériteraient vraiment un Emmy pour chacun.e. La première est déchirante de justesse, alors que les autres apportent une profondeur et une complexité à leur personnages, qui trouvent leur apothéose dans un finale annonçant la fin de la série dans son titre (“The Series Finale”) et rassure quant à une éventuelle saison 2 qui aurait été de trop. WandaVision méritait une formule mini-série, tant son carcan s’y prétait. Et si son finale envoie valser (pour l’instant) l’idée du multivers et impose un festival de pyrotechnie numérique un peu formulatique, il n’en est pas moins intense et fort sur le terrain de l’émotion. Parce que là est la vraie force de la série, et où Olsen élève le matériau. WandaVision est une réussite ambivalente : aussi belle et puissante que son héroïne (la voici la vraie super-héroïne féminine et badass), et aussi fabriquée et transcendante que son héros (qu’on reverra pour sûr).

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