UNE HISTOIRE D'AMOUR (critique)

Mélodrame contemporain écrit et mis en scène par Alexis Michalik, Une histoire d'amour reprend sur scène. Pauline Lecocq vous recommande cette pièce sur PETTRI.

On vous parlait il y a peu de la reprise de la comédie musicale Les Producteurs mise en scène par Alexis Michalik au Théâtre de Paris. L’auteur, metteur en scène et comédien a six magnifiques pièces qui se jouent en même temps à Paris en ce moment - pas sûre qu’on ait déjà vu cela du temps d’un auteur vivant ! On vous les recommande tous fortement : Le Porteur d’histoire, Le Cercles des illusionnistes, Edmond (adapté par ses soins au cinéma), Intra Muros, Les Producteurs et celui-ci. Avant l’adaptation de Mel Brooks en France, Michalik a écrit et mis en scène Une histoire d’amour et a même incarné l’un des rôles principaux lors de sa création en 2020.


Synopsis : Katia et Justine tombent amoureuses, un amour de conte de fée. Justine veut un enfant. Katia, trop souvent blessée par la vie, finit par accepter qu’elles tentent toutes les deux une insémination artificielle. Katia tombe enceinte, mais quelques jours avant la naissance de leur enfant, Justine disparaît… Douze ans plus tard, Katia va mourir. Elle va devoir trouver un tuteur pour sa fille, Jeanne. Sa seule option : son frère, William, écrivain cynique, qu’elle n’a pas vu depuis 5 ans.

Contrairement à ses autres pièces (à l’exception d’Intra Muros), Michalik reste ici uniquement au XXIe siècle et la narration demeure linéaire et chronologique. Cette simplicité renforce l’impact émotionnel conséquent sur les spectateur.ice.s. Car cette histoire d’amour doublée d’une histoire de famille est suffisamment tragique pour ne pas la rendre compliquée. Pourtant, on sourit et on rit durant cette pièce débordante d’humanité, de rythme et de romanesque. On prend aussi en note quelques mantras utiles pour le retour à notre quotidien.

La troupe (en alternance) est au diapason de cette magnifique histoire avec des comédiennes et comédiens remarquables. Ils incarnent des personnages, enfant et adultes, tous cabossés par la vie mais qu’on ne peut s’empêcher d’aimer et de comprendre.

On remarquera également le soin accordé à la bande originale (qui est déjà présente quand on s’installe), avec des chansons représentant bien l’ancrage dans des années spécifiques (« Rolling in the deep » d’Adele pour 2011 par exemple).

Et puis, comme à son habitude, Michalik inclut dans sa mise en scène les changements de costumes et de décors qui se déroulent directement sur scène à la vue du public, procédé brechtien de distanciation, pour casser l’illusion théâtrale afin de mieux la reprendre et la renforcer tout en n’accordant aucune pause à son auditoire. Ce choix efficace lui vaut le Molière 2020 de la mise en scène d’un spectacle de théâtre privé, récompense qu’on peut d’ailleurs admirer à l’accueil du théâtre La Scala, où la pièce a repris.

Avec son écriture limpide, ses personnages attachants et son rythme rapide, cette pièce d’1h25 va vous faire passer par tous les états, du rire aux larmes en un instant. Une histoire d’amour bien ancrée dans son temps et aux thématiques universelles (le couple, la famille, la maladie, la mort) et qui demeure absolument romanesque. Un bonheur à voir et revoir dès maintenant au théâtre de La Scala jusqu’en janvier !