• Jofrey La Rosa

TOP GUN (critique)

Avant la sortie événement de Top Gun : Maverick mercredi, PETTRI a décidé de se replonger dans le film originel, le cultissime Top Gun ayant définitivement fait de Tom Cruise une star dans un film d’action incroyable.

Récit d’initiation moral prônant des valeurs patriotiques autant que fraternelles, Top Gun est un des films qui représente le mieux la mentalité étasunienne des années 1980, marquées par le libéralisme reaganien à outrance et une politique militariste sans limites. Dans cette optique, le gouvernement ne voit rien contre aider un petit film d’action hollywoodien produit par un duo de producteurs en pleine ascension, traitant de la formation de pilotes de l’U.S. Navy. Ce duo de producteurs, c’est Don Simpson et Jerry Bruckheimer, qui sortent des succès de Flashdance et du Flic de Beverly Hills. Pour mener à bien le projet, ils décident de faire appel à un pubard venant d’avoir un échec commercial avec son premier long-métrage (The Hunger), l’anglais Tony Scott. Il vient en effet de marquer les esprits avec une pub pour Saab où une voiture et un avion de la marque s’opposent. Et ce formaliste hors pair va mener un pur produit commercial dans des territoires encore peu communs, notamment grâce à un casting de jeunes gens tout à fait attrayants. Il va faire d’eux des stars, en même temps que de propulser son film d’action à la vitesse du son.


Traité esthétique s’il en est, Top Gun dans les mains de Tony Scott est un hybride fou dans le cinéma hollywoodien des années 1980, entre le pur divertissement aux sentiments clairs et sans équivoque, et un côté plus expérimental, baroque et frissonnant. La maîtrise optique du chef opérateur Jeffrey L. Kimball, un collaborateur régulier de Scott, permet donc au film de toucher les cimes d’un genre pourtant (déjà) bien codifié, grâce notamment à l’utilisation accrue de téléobjectifs et de filtres colorés, ainsi que des images aériennes tout bonnement incroyables et toujours limpides. Scott déploie tout un arsenal de plans d’une grande beauté organique pour filmer des engins mécaniques surpuissants et ultrarapides, dans la cinétique reine qu’on lui connaît. Ce réalisateur de génie n’aura de cesse que de filmer des militaires à la fois intrépides et héroïques, dans des ballets aériens encore jamais vu, et jamais égalés depuis. Pourtant, ce récit guerrier n’en est pas un, puisqu’il ne met pas en scène un conflit, mais préfère plutôt un antagoniste prétexte et non défini (l’URSS? la Chine? la Corée du Nord?). Ce qui intéresse Simpson, Bruckheimer et Scott, c’est bel et bien ces jeunes pilotes, ces as dans leur discipline, qui s’opposent dans un concours très américain, pour défendre la bannière étoilée.


Pour ce faire, ils embauchent un jeune casting masculin doté d’un Tom Cruise tout juste sorti du succès de Risky Business, mais aussi Anthony Edwards, Val Kilmer, Tim Robbins, mais aussi Kelly McGillis. Tou.te.s magnifiques, la sexyness du film réside dans tous ces jeunes gens parfois torses nus et luisants, mais aussi dans la relation amoureuse contrariée entre Maverick et Charlie, son instructrice. Si McGillis n’a malheureusement pas eu la même carrière que Cruise, elle est pourtant l’atout terre-à-terre de ce conte moral, témoin de son romantisme à l’eau de rose aussi, où l’homoérotisme règne pourtant, dans de nombreuses allusions à peine dissimulées. Tout cela au rythme d’une bande-son on ne peut plus 80’s, entre autres le Danger Zone de Kenny Loggins et le Take My Breath Away de Berlin, répétés jusqu'à l'usure. En définitive, Top Gun est un petit joyau culte du film d’action de l’époque, à la fois pur divertissement et terreau d’expérimentation plastique de la part d’un des esthètes les plus doués de l’Histoire. Vive Tony Scott, vive Tom Cruise, vive Top Gun !

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