THOR - LOVE & THUNDER (critique)

Dernière mise à jour : 15 sept.

Avec Love & Thunder, Taika Waititi revient aux affaires avec un nouveau film Thor, quatrième volet pour le dieu asgardien. Pour l’occasion, on retrouve Natalie Portman, dans un déferlement de fun pop et coloré, dans une décomplexion totale. Critique du film par Jofrey La Rosa.

Au sein du MCU, on avait laissé Thor au terme de Avengers - Endgame avec un peu d'embonpoint, totalement perdu et en exil avec les Gardiens de la Galaxie. On le retrouve ici là où on l'avait laissé, plus réflexif que jamais, marqué par les événements liés à Thanos, la destruction de sa planète et la disparition de la majorité de son peuple. Mais ce qu’il lui manque plus que tout, c’est le trou béant laissé par sa relation contrariée avec Jane Foster, la brillante physicienne interprétée par Natalie Portman dans les deux premiers volets. Absente de Ragnarök, le précédent film déjà réalisé par Taika Waititi, l’actrice semblait en avoir fini avec le Marvel Cinematic Universe. Mais nous l’avions croisé dans Endgame (dans des images remaniées des films Thor) et très vite, il a été évoqué qu’elle reviendrait pour ce Thor - Love & Thunder. Elle y reprend son rôle certes, mais avec un twist, puisque dans ce film, Jane se mute en Mighty Thor, pendant féminin du dieu asgardien, alors qu’elle prend possession de Mjolnir, l’ancien marteau surpuissant de Thor. De quoi faire des étincelles - ou du tonnerre ? (Ok pas ouf la vanne)


Sans trop aller dans les détails, à l’annonce de cette cohabitation entre deux itérations de Thor, on pouvait s’attendre à voir à nouveau une histoire de multivers dans cette Phase 4 qui semble s’y consacrer, après les événements de la série Loki, le No Way Home de Spider-Man et plus encore le Multiverse of Madness du dernier film en date du studio, le second Doctor Strange. Et pourtant, rien de pluriel dans l’univers dépeint dans ce Love & Thunder. On a affaire à une bonne vieille aventure dans notre Univers-616, avec les personnages que l’on connaît depuis le début, y compris Mighty Thor. Ne vous attendez donc pas à voir de nouveau débarquer Loki ou Odin, ils ne sont plus là depuis un moment ! C’est un film plus ‘normal’ que nous proposent Taika Waititi et Kevin Feige, en guise de suite (et fin?) aux aventures en solo de Thor, après la méga-réunion des derniers Avengers. Et faire revenir Waititi, qui avait dynamité et redéfini le personnage dans Thor - Ragnarök, c’est faire preuve d’une confiance aveugle dans sa capacité à mixer des enjeux émotionnels intenses à un rire décomplexé constant. C’est d’ailleurs ce que beaucoup lui reproche dans ce film : d’en faire trop. Mais qu’en est-il réellement ?


Le style Waititi est ici déployé à son pinacle, dans un divertissement pop toujours fun et décomplexé, qu’on a du mal à détester, quand bien même la formule semble moins bien dosée que dans Ragnarök. C’est un peu le bazar, notamment dans son montage, où on a parfois du mal à passer du rire aux larmes. Mais quoi de plus normal quand on a pas moins de quatre monteurs crédités ? Mais quand bien même il y ait quelques soucis de rythme ça et là, le film brille tout de même par ses propositions radicales et sa propension à s'inscrire dans une continuité globale - et par un humour qui fait très souvent mouche. Évidemment, il faut aimer l’humour pince-sans-rire et débile de Taika, qui donne à Chris Hemsworth toute la place comique qu’il mérite, pour briller de sa drolerie folle et de son physique tout bonnement divin. À en juger une scène (qui était dans la bande-annonce) où Zeus (Russell Crowe) déshabille Thor devant sa cour. Résultat, tout le monde s’évanouit dans un gémissement lascif devant la plastique irréprochable du dieu/acteur. Et en effet, on ne peut que saluer cet incroyable physique d’Apollon. Mais finissons cette digression par la puissance du jeu comique de l’acteur australien, qui échange avec ses partenaires des one-liners géniaux, mais aussi des moments d’émotion pure, balance tonale qui fait la sève du cinéma de Waititi. Le réalisateur de Boy, Hunt for the Wilderpeople et Jojo Rabbit déploie en effet toute la palette d’émotions qui fait son cinéma depuis ses débuts en Nouvelle-Zélande, pour un exercice d’équilibriste entre la pure comédie élevée au rang d’art, le blockbuster spectaculaire plus classique et le drame plutôt bien dosé. En résulte un film plein de cœur, qui est pourtant drôle du début à la fin, dans un joyeux bordel qui n’oublie pourtant pas le principal pour un film de cet acabit : avoir un bon méchant. Et là, il nous gâte puisque c’est Christian Bale qui prête ses traits à Gorr the God Butcher, tueur de Dieux dont les origines sont expliquées dès les premières minutes du film et qui cherche à se venger. Si Bale est parfait dans le rôle, y apportant style et gravitas, c’est l’esthétique qui lui est liée qui surprend et marque. Dans le Royaume des Ombres, le film passe en noir et blanc, exception faite des sources de lumières et de pouvoirs, pour une séquence géniale, originale, surprenante et spectaculaire.

Si on peut lui faire les mêmes reproches esthétiques qu’à beaucoup des films et séries du MCU-Disney, Thor - Love & Thunder apporte un peu plus à ses fonds verts et autres tournages dans le Volume, grâce à des designs soignés, et une générosité de tous les instants. C’est un peu bordélique dans la forme, mais le film en sort d’autant plus proche de cette tonalité nanar 80’s à qui il emprunte son esthétique désuète et ringarde. Un film rock’n’roll qui cite Guns N’Roses à trois reprises, avec Welcome to the Jungle, Sweet Child O’ Mine et November Rain, tout en forçant des looks improbables à son héros bodybuildé, symptomatique des films d’action de cette époque. On retrouve donc du Conan et du Flash Gordon dans cette wannabe série-B au son d’une des meilleures partitions du compositeur Michael Giacchino pour le studio (il est responsable des BO des Spider-Man et du premier Doctor Strange, ainsi que de la fanfare du logo), secondé par Nami Melumad.


Une belle place est aussi laissée à Valkyrie, la courageuse guerrière interpretée par Tessa Thompson, et au sidekick Korg, personnage numérique qu’interprete lui-même Taika Waititi, deux personnages queer qui assistent Thor et Jane dans leur combat contre Gorr. Mais le cœur du film réside conjointement dans la leur amour, mais aussi celui que Gorr porte pour sa défunte fille, source de son désir de revanche. Et c’est là que le film surprend, dans cette balance constante entre ses thématiques plus dures et le fun enlevé et simpliste de son aventure comicbook, pour en révéler toute sa puissante dans un final très réussi. Reste un film très fun et impactant sur bien des points, malgré quelques défauts structurels et rythmiques par moments, qui ne viennent jamais effondrer la construction globale de ce film qui ressemble autant à son auteur qu’à une énième aventure d’une super-saga qui ne semble jamais vouloir tomber de son piédestal, autant dans le succès qu’elle maintient que dans la qualité constante de ses productions. Une prouesse en soi, avec toutefois ses limites certes, mais qui offre un spectacle dont des fans de fun comicbookien comme moi n'auraient pas osé rêver quand ils étaient enfant, il y a de ça 20 ans.