• Jofrey La Rosa

THOR (critique)

Chaque semaine dans les #MARDIMARVEL de PETTRI, la rédaction vous invite à vous replonger dans le Marvel Cinematic Universe. Et aujourd’hui, nous entamons un virage certain pour l’écurie de Kevin Feige, alors que Thor y fait une entrée remarquée sous la direction de Kenneth Branagh. Dix ans après, qu’est-ce que ça vaut ?

Nouveau personnage, nouvel univers, nouvel angle, Thor a tout du pari pour ce MCU encore naissant. Ce n’est que le troisième superhéros de l’écurie à avoir le droit à son film solo - et le quatrième film. Et pourtant, le patron de Marvel Studios tente déjà des choses de plus en plus osées. En effet, Kevin Feige étend l’univers dans une quête galactique entre plusieurs planètes, osant des batailles extraterrestres à la Terre du Milieu, et s’inspirant de plusieurs lieux communs pour construire un nouveau héros complexe et toute une batterie de seconds rôles, de costumes et de décors venus d’ailleurs. Et si au premier abord les effets numériques ont pris un petit coup de vieux, surtout sur Asgard, la direction artistique reste tout de même vraiment appréciable, d’autant plus qu’on a vraiment l’impression d’avoir affaire à la création de tout un monde, sans pour autant que ce soit l'intérêt principal du film, ni son point d’ancrage. Car pour ne pas dérouter un spectateur encore novice, le film revient vite sur Terre, qui plus est dans une intrigue de prince déchu au romantisme certain qui rappelle évidemment un certain William Shakespeare.


Et qui de mieux pour adapter du Shakespeare au cinéma que Kenneth Branagh ? Le réalisateur de Hamlet (1996) et Beaucoup de bruit pour rien (1993) - qui est aussi un comédien et metteur en scène de théâtre respecté - s’approprie deux mythologies pour les faire siennes : celle des croyances nordiques (Odin, Valhalla et tout le toutim) et évidemment celle des comic-books. Et il y a beau dire, quand on mixe des univers complémentaires, ça fonctionne. Et ce même si on reste dans les clous de ce que (re)fera le MCU avec Black Panther (un prince éloigné du trône, un antagoniste fraternel prenant sa place, et qui doit prouver sa valeur) en tant que pendant pop d’Hamlet (ou Le Roi Lion pour les deux du fond de la classe). Kenneth Branagh arrive à trouver du grain à moudre dans cette histoire de filiation, d’honneur et de royauté, là où il aurait pu prendre de haut un matériau plus que pop, où des magiciens côtoient des Dieux et où des planètes sont des royaumes. Il utilise toute la solennité shakespearienne qu’on lui connaît pour conférer à son récit et ses personnages de réels sentiments puissants et de l’enjeu.


Et si Chris Hemsworth interprète un Thor solide face à un Anthony Hopkins comme toujours brillant, la vraie surprise provient de Tom Hiddleston, qui s’approprie les origines du Mal nuancé de Loki avec impertinence et un certain génie. Son personnage de frère cadet, à jamais condamné à rester dans l’ombre de Thor, qui plus est par son statut de fils adopté, frêle Géant de Glace recueilli par Odin, Hiddleston le maîtrise déjà sur le bout des doigts. Ce favori des fans deviendra une pierre angulaire de l’Univers, jusqu’à avoir récemment eu le droit à sa mini-série sur Disney+. Pour ce qui est de l’intrigue en elle-même, Thor banni d’Asgard, on assiste à un classique fish out of the water lorsqu’il arrive sur Terre, où Hemsworth trouve immédiatement ce qui fait les meilleurs moments de son personnage. Accompagné par Jane Foster, brillante scientifique jouée par Natalie Portman, un vieux roublard à la caution nordique (Stellan Skarsgård) et un comic-relief interprété par Kat Dennings (2 Broke Girls), il apprend les us et coutumes de Midgard. Évidemment, une romance va naître et guider les choix (dans le bon sens) de notre héros à la longue chevelure blonde, mais le film n’en est pas pour autant dénué de surprises ni de trouvailles. Subtilement, on nous introduit Clint Barton (Jeremy Renner) qui interprétera Hawkeye par la suite, en plus que de développer l’importance du SHIELD en la personne de Phil Coulson, déjà vu dans les Iron Man. Le compositeur Patrick Doyle livre une partition inspirée et Branagh surutilise les dutch angles (un cadrage penché ou débullé) pour créer de la rupture et un style (un peu surfait). Mais tout cela n’a que peu d’importance parce que Thor fait le taf : l’univers est étendu, un tout nouveau pan galactique est introduit à cet MCU encore balbutiant et tous les personnages sont déjà là, en place, dans un divertissement de qualité.



0 commentaire