• Pauline Lecocq

THE TERROR (critique S1)

D’abord diffusée au printemps 2018 sur AMC, puis disponible en France sur Amazon Prime Video, la saison 1 de The Terror constitue une mini-série de 10 épisodes en ce moment diffusée sur BBC Two au Royaume-Uni. Une très bonne raison pour vous dire tout le bien qu'on pense de cette immense série !

Inspiré de faits réels, The Terror adapte le roman du même titre de Dan Simmons publié en 2007 qui retrace l’expédition Franklin (2 bateaux, nommés « The Terror » et « Erebus », et 129 hommes), partie d’Angleterre en 1845 pour découvrir le passage Nord-Ouest en Arctique mais qui disparut. Un grand mystère a entouré cette disparition jusqu’à aujourd’hui.

Ce qui marque tout d’abord est son incroyable mélange des genres : le genre historique (dont la véracité est très précise), l’horreur (car il y a une créature, la seule liberté prise avec les événements), et le survival (comment survivre face à une créature mais aussi face aux conditions impossibles de l’Arctique, et plus). On est loin du magnifique film Master & Commander de Peter Weir (2003) !

Tourné sur fond vert, les effets spéciaux et les décors sont magnifiques, on se croirait vraiment en Arctique à -46 degrés, l’esthétique gris-bleu devenant ocre au fur et à mesure des épisodes est à remarquer, et le générique et sa musique vous mettent tout de suite dans une ambiance oppressante. La mise en scène est également exceptionnelle avec des plans extrêmement travaillés (vous vous en rappellerez de nombreux) !

Pour raconter cette histoire extraordinaire, la crème de la crème des acteurs britanniques et irlandais a été réunie, que ce soit Ciarán Hinds (Rome, Game of Thrones), Tobias Menzies (Rome, Outlander, Game of Thrones), Jared Harris (Mad Men, le film Sherlock Holmes Jeux d’ombres), Paul Ready (la série Bodyguard), Ian Hart (la saga Harry Potter, le film Michael Collins), Greta Scacchi (le film Présumé Innocent, la série War & Peace), John Lynch, Kevin Guthrie et tant d’autres... Parmi tous ces acteurs incroyables, il y a la révélation Adam Nagaitis qui joue le personnage fascinant et complexe de Cornelius Hickey. Pour l’anecdote, on retrouve d’ailleurs celui-ci et Jared Harris au générique de Chernobyl, mini-série marquante sortie en 2019.

Durant les 10 épisodes de The Terror, plusieurs thèmes sont abordés, notamment la critique du colonialisme avec les relations entre les personnages issus de l’empire britannique et les personnages d’Inuits. En effet, la spiritualité et la religion sont au centre de questionnements de certains personnages (Dieu est-il avec eux ? Les ferait-il vivre ces épreuves ?) et l’on peut même se demander si la créature ne serait pas liée à une croyance locale… Mais le manque d’ouverture d’esprit et de tolérance de la part de l’équipage est soulignée notamment par ce biais. Et l’on en vient à se demander qui est le véritable monstre dans cette histoire. Les cartes entre le bien et le mal sont en effet redistribuées de façon très complexe et captivante, la lumière côtoyant la noirceur (et pas seulement esthétiquement) par le biais de personnages qui évoluent ou qui maintiennent leurs principes, le code d’honneur et le lien de camaraderie entre les hommes étant très important. Car la série se concentre aussi sur la folie des hommes : la conquête, l’exploration, la découverte, jusqu’où va-t-on pour le prestige de repousser les limites ? Si l’époque paraît lointaine, le questionnement et la réflexion ne le sont pas tant que ça (on peut penser à la conquête de l’espace qui n’est pas si ancienne, et on a d'ailleurs fêté récemment les 50 ans de l’Homme marchant sur la Lune). La folie vient justement de l’ego des hommes, avec une suite de mauvaises décisions qui va mener à la catastrophe...

Cette série est donc très riche et dense dans ce qu’elle raconte. Il y a notamment beaucoup de personnages dont on ne retient pas forcément tout de suite les noms (pensez épisode 1 de Game of Thrones !) mais qu’on repère par leurs caractéristiques physiques ou leur grade. Ils ne sont d’ailleurs peut-être pas tous aussi bien exploités qu’ils auraient pu l’être (et c’est sans doute le seul reproche qu’on peut faire à la série), mais ces zones d’ombre nous donnent au contraire envie de lire le roman, qui doit être encore plus fourni et développer certains événements ou personnages.

L’intelligence de The Terror réside dans sa mesure, que ce soit par ses excellents dialogues ou sa mise en scène (utilisation de cadres penchés, pas de jump scare comme on a l’habitude d’en voir pour ce genre), et également dans son écriture d’une grande précision (jamais de surexplication, le spectateur comprend par petites touches ce qui se passe sans que ce soit surligné). Ici, c’est d’abord l’humain qui prime et on souffre avec des personnages qu’on apprend à connaître et à aimer. La série va très loin dans ce qu’elle montre et décrit et c’est ce qui fait son grand impact sur son spectateur. On ne s’y attardera pas ici pour ne pas trop en révéler, mais une fois terminée on a l’impression d’avoir vécu un voyage en enfer. La série vous dérangera et vous brisera le cœur, et vous hantera longtemps après l’avoir visionnée.

On ne peut alors que féliciter la chaîne AMC (The Walking Dead) d’avoir misé sur cette série, qui prend son temps, mais déploie et raconte son histoire de façon absolument haletante. A noter que la saison 2 change complètement de cadre et de personnages : elle se concentre sur un fantôme menaçant une communauté américano-japonaise pendant la 2nde Guerre Mondiale. Cependant, on soulignera la grande injustice de ne pas avoir vu The Terror (saison 1) au moins nommée aux Emmys Awards, cérémonie la plus importante pour la télévision et les plateformes audiovisuelles car elle y avait toute sa place.

Brillante, surprenante, dérangeante, épique et déchirante, cette série est probablement la meilleure qu’on ait vu depuis longtemps et une expérience inoubliable ! A rattraper absolument !


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