• Jofrey La Rosa

THE MANDALORIAN (critique S2)

The Mandalorian revient sur Disney+ pour une saison 2 dans la continuité de la première. Critique 100% spoilers.

L’an dernier, quand débarque la première saison de The Mandalorian, tout le monde était d’accord pour dire que c’était une super entrée dans l’univers Star Wars, parfois étonnante, parfois très fan service. Et la série était (et reste) de très bonne facture, dotée d’une écriture et d’une mise en scène simples et soignées, d’effets spéciaux d’une qualité largement cinématographique et d’une superbe partition de Ludwig Göransson, tout juste sorti de son Oscar pour Black Panther. Huit épisodes plus tard, réalisés par une team menée par un Jon Favreau décidé à expérimenter les méthodes de tournage digitales, après The Jungle Book et The Lion King. Avec The Mandalorian, il est le premier à intégrer “the Volume”, une technologie développée par ILM pour tourner avec des effets spéciaux diffusés en direct sur des écrans LED directement sur le plateau, et synchronisés aux mouvements des personnages et de la caméra. Ainsi, les effets spéciaux sont faits “in-camera” et permettent surtout de donner un costume miroitant à son personnage principal : le Mandalorien, dit Mando.


En guise d’intro, je voudrais d’abord parler de Ludwig Göransson, car même si j’aime beaucoup ce qu’il a fait avec la partition de The Mandalorian, j’ai quelques nuances à apporter. Je le suis avec intérêt depuis ses premiers travaux à Hollywood, pour les sitcoms Community et New Girl, puis sur sa collaboration avec Donald Glover/Childish Gambino, et celle avec le réalisateur Ryan Coogler (Creed, Black Panther), avant même qu’il n’aille se frotter à Christopher Nolan avec Tenet cette année. Sa musique est ultra riche, éclectique, quasi expérimentale par moments. Pour la série The Mandalorian, ils signent de nouveaux thèmes, proches de ceux de westerns, orchestraux avec des influences électroniques (d’ailleurs on lui doit le réel côté menaçant des Dark Troopers cette année, avec ses pads électro violents). Mais on peut se poser la question des reprises d’autres thèmes existants de Star Wars. Pourquoi reprendre le thème de la résistance mais aucun autre ? Et dans la saison 2, surtout celui de la Force ou celui d’un certain Jedi blond ?


Personnellement, j’avais globalement aimé la première saison. Mais j’avais néanmoins beaucoup de réserves, sur beaucoup de choses différentes. Mais quoiqu’il en soit, le retour de la diffusion hebdomadaire était un super bon point pour la nouvelle née Disney+. En effet, on retrouve le côté événementiel des séries des années 2000, chaque semaine étant un rendez-vous, dont les spectateurs discutent toute la semaine en attendant le prochain épisode. Aussi, le refus de formatage : chaque épisode a la durée qu’on a bien voulu lui donner, pas plus, pas moins. Nous avons ainsi des épisodes d’une durée fluctuante, allant de 31 à 52 minutes. Cependant, ce que reprochaient beaucoup de gens à la troisième trilogie de la saga Skywalker, moi je le voyais ici puissance 1000. La première chose étant le fan service. Qu’on soit bien clair, il est traité différemment que dans les films d’Abrams et de Johnson. Le premier le traitait comme une nostalgie, un éternel recommencement, soignant ses effets. Le second voulait clairement recodifier la saga, en désacralisant les mythes de celle-ci, allant jusqu’à en tuer les idoles. Dans The Mandalorian, ce sont Jon Favreau (architecte du MCU et faiseur de remakes Disney) et Dave Filoni (gardien du temple fandom Star Wars depuis son showrunning des séries animées de l’écurie) qui mènent la barque. Et les deux hommes adorent Star Wars et son univers. Ça se voit et c’est très bien, moi aussi j’adore. Pas de problème, vraiment. Mais alors qu’ils ont le champ totalement libre pour faire absolument ce qu’ils veulent dans cet univers, ils choisissent de creuser le sillon de la mythologie mandalorienne, avec un des leurs qui s'avère être chasseur de primes dans l’après-Empire. Pourtant c’est un vrai Mandalorien, pas Boba Fett. De toute façon, ce dernier est mort dans Le Retour du Jedi. Enfin… Et puis, il a la surprise de retrouver un bébé de la race de Yoda, ok cool. Ah il est aussi Jedi ? Ok… Je croyais que c’était une série dans l’univers de Star Wars, pas Star Wars, mais ok. Ah l’Empire c’est pas fini ? C’est même pas le Premier Ordre ? Bon ok. C’est marrant parce il y a Werner Herzog qui joue son propre rôle, il y a Bill Burr dans l’espace, et puis Gus Fring a un sabre noir. Ah c’est un truc de Clone Wars ? Ok.

Mais sinon c’était pas mal, même si le côté un peu plan-plan et “l’aventure de la semaine” donnaient parfois un peu l’impression de voir un épisode de Xena la guerrière. Le côté formula show peut en effet paraître un peu anachronique, dans une époque où beaucoup de séries sont feuilletonnantes. Toutefois, la série devient parfois brillante. Notamment dans le dernier épisode de la saison 1, réalisé par Taika Waititi (Thor Ragnarok, Jojo Rabbit), où celui-ci gère un parfait ton fluctuant, entre la comédie physique et le drame larmoyant, avec de belles séquences d’action.

Et puis vient la saison 2, après un an d’absence. Huit épisodes également, qui sortent hebdomadairement, gérés par Favreau et Filoni. On ne change pas une équipe qui gagne, n’est-ce pas ? Favreau réinvite les mêmes réalisateur.rice.s, et confie l’épisode où il apparaît en tant qu’acteur à Carl Weathers, deux à Peyton Reed (Ant-Man) et un à Robert Rodriguez (Sin City, Desperado). Mais le plus impressionnant du lot reste le sien, le premier. Din Djarin, le vrai nom de Mando, va sur Tatooine pour trouver un Mandalorien. Il tombe sur un marshall (Timothy Olyphant), qui l’embarque dans la chasse d’un dragon krayt. Dans cet épisode, Favreau pousse littéralement son cadre scope pour montrer l’immensité de la créature, et nous impose un format IMAX, le tout avec des effets spéciaux qui n’ont désormais plus de différences avec ceux d’un film de cinéma. Séquence stupéfiante d’action, je dois avouer qu’elle m’a happé. J’étais content que le Mandalorien que Din cherchait sur Tatooine ne soit pas Boba Fett, mais juste un justicier ayant récupéré son costume... Jusqu’à la fin de l’épisode, où on assiste au retour de Temuera Morrison, cette fois dans le rôle du chasseur de primes censé être mort dans la gueule du Sarlacc (autre créature des sables de Tatooine).

S’en suit une tripotée d’épisodes plus ou moins réussis, où Din et The Child cherchent d’autres Mandaloriens, transportent une Lady Frog et ses œufs, tombent sur Bo-Katan (autre transfuge de Clone Wars), passent une tête chez Cara et Greef (épisode complètement oubliable) avant que tout le monde ne perde la tête devant le chapitre 13, nommé “The Jedi”. Un épisode qui porte typiquement la patte de Dave Filoni, et à juste titre, puisqu’il l’a écrit et réalisé. On assiste au retour (ou à la découverte) d’Ahsoka Tano, personnage de Clone Wars et Rebels, qui est ici interprété en live par Rosario Dawson, actrice qui nous manquait un peu c’est vrai. Épisode somme toute très correct c’est vrai, les deux sabres-lasers blancs d’Ahsoka aidant un peu - parce que Star Wars sans sabre-laser, bah c’est un peu relou hein. En plus y’a Michael Biehn, donc c’est cool. Et puis bah finalement, c’est un peu à l’image de la série. Une aventure pour rien. Si, Ahsoka nous dit que si Din apporte Grogu (c’est bon, vous pouvez arrêter de l’appeler Baby Yoda) dans un ancien temple Jedi, l’un d’eux pourra sûrement entendre l’appel de cet être à l’incroyable connexion à la Force. Du coup tout ça pour… apprendre le nom de The Child? (en fait c’était pour introduire Ahsoka, qui aura le droit à sa série dédiée elle aussi) Ok. Go pour le temple, pour l’épisode de Robert Rodriguez, qui signe le retour de Boba dans son costume. Ok. Bon… Y’a de l’émotion, de l’action, un cliffhanger. Pas mal. Mais on sait déjà qui a entendu l’appel de Grogu. L’épisode d’après c’est le retour de Bill Burr dans l’espace, et c’est plutôt intéressant sur la condition des hommes derrière les uniformes, plutôt émouvant sur l'abnégation de Din pour Grogu. Le dernier épisode de la saison est celui qui m’a perdu complètement. Au-delà des Dark Troopers, qui sont le gros planté des CGI de la série (c’est pas immonde, mais on est à deux doigts des Cylons de Battlestar Galactica, 17 ans après et quelques millions de budget en plus), c’est les fausses révélations qui m’ont gênées. Aussi que la relation entre Din et Bo-Katan sera plus compliquée par la suite, que le Jedi arrivera en deus ex machina, qui il sera. Gus Fring fait du Gus Fring (enfin, Moff Gideon), mais Din et Grogu se disent au revoir. Très bien, ça doit être émouvant, Göransson assure à ce moment précis. Mais tout ça est complètement désamorcé par une séquence de jeu vidéo avec un Jedi cagoulé, un gant noir, un sabre-laser vert. Aucun suspense, mais on nous impose son visage dans un face replacement digital tout caca, qui m’a totalement sorti de la stupéfaction et/ou de l'émotion. Star Wars a déjà usé de cette technique à plusieurs reprises. Dans Rogue One, le visage du Grand Moff Tarkin était modélisé en 3D, celui de Leia jeune aussi. Les deux c’était pas possible. Rebelotte dans L’Ascension de Skywalker, avec Leia et Luke jeunes, mais dans un plan chacun, sombre, ça passait à peu près. Ici, on a affaire à un Sebastian Stan chelou, qu’on dirait être un personnage de jeu vidéo. Très bizarre. Sensation renforcée par le fait qu’on a d’autres personnages humains dans cette scène, et que Din enlève son masque, chose très rare. Ah oui, il y a R2-D2 qui vient passer une tête. Parce que les fans vont adorer.


The Mandalorian est une bonne série, un peu hors du temps, en dehors des formats. C’est très bien fait, produit avec passion et soin. Il y a de vraies bonnes choses et un réel amour du matériau d’origine. Tant qu’il ne prennent pas assez de distance avec celui-ci, à mon humble avis. Le résultat qui en découle est un joli article Wookieepedia, techniquement irréprochable, à l’émotion constamment désamorcée par un fan service pas forcé, parce qu’il est fait sincèrement, mais déplacé, car pas du tout nécessaire. C’est là où est la limite de cette série, qui devrait s’affranchir de la saga-mère, pour trouver un ton et une identité totalement inédite, qu’on espère voir dans une ou plusieurs des innombrables annonces faites récemment par Lucasfilm. À suivre donc...

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