• Jofrey La Rosa

THE DIG (critique)

Disponible sur Netflix depuis fin janvier, The Dig est un drame historique étonnant et profondément humain. Un joli film à découvrir d'urgence.

Loin des algorithmes et des tendances Netflix, The Dig a ce petit quelque chose qu’on aime voir en salle, dans des productions indépendantes, mais qu’on a assez peu l’habitude de voir sur la plateforme toute puissante. Mais on ne va pas bouder notre plaisir pour autant. Petite surprise venant d’un jeune réalisateur australien n’ayant qu’un film sous le coude, un dénommé Simon Stone, qui avait signé The Daughter en 2015 (avec Odessa Young, Geoffrey Rush et Paul Schneider), qui n’avait fait que peu de bruit. Mais à en juger par la qualité de The Dig, ce serait peut-être bien de le rattraper ! Son nouveau film est un drame historique adaptant un roman de John Preston, lui-même inspiré d’une histoire vraie, qui conte la découverte et la fouille du site archéologique de Sutton Hoo, dans l’est britannique. Aux prémices d’une Seconde Guerre mondiale qu’on redoute, Edith Pretty (Carey Mulligan) charge Basil Brown (Ralph Fiennes) de fouiller des monticules présents sur sa propriété, qu’elle suspecte d'abriter des vestiges historiques. Très vite, ils font une découverte majeure, qui attire la convoitise d’un archéologue renommé du British Museum, accompagné d’une batterie d’assistant.e.s, dont Peggy (Lily James), jeune mariée à un homme plus mûr, qui s’entiche vite de Rory (Johnny Flynn), cousin de Mrs Pretty venu prêter main forte à Basil.


Un drame assez simple donc, mais dont le classicisme réjouit, d’autant qu’il traite bien de plusieurs idées et thématiques qui, mises bout-à-bout, forment un film consistant, en plus d’être fort émotionnellement. The Dig met à l’honneur les oublié.e.s de l’Histoire. D’abord, les fouilleurs qui sont souvent mis de côté au profit des archéologues. Les propriétaires de terrain abritant des fouilles, qu’on destitue souvent de leur trouvaille. Et en filigrane, les jeunes mobilisés au front et leur amante éplorée, les maux difficiles à guérir, mais aussi la société qui obligeait aussi les homosexuel.le.s à rester enfermé.e.s dans un placard d’émotions. Tout cela dans un film concis de moins de deux heures, et qui prend néanmoins le temps de présenter, développer et aimer plusieurs personnages principaux, qui trouvent des arcs non seulement beaux mais aussi très riches. En effet, Stone impose un rythme et une esthétique qui accrochent immédiatement, et ce malgré un style parfois très (trop?) proche d’un Terrence Malick, filmé d’en bas, le soleil rasant. Les choix de montage font aussi penser à ceux du réalisateur naturaliste de Tree of Life et Une Vie Cachée.


Cependant, The Dig trouve sa propre voix. Celle d’un film porteur d'intérêt et d’émotion, sans qu’il ne cède jamais à la facilité. La faute à ses comédien.ne.s d’abord, au diapason, avec un Ralph Fiennes (Le Patient Anglais, Harry Potter) d’une justesse folle, accompagné par Carey Mulligan (Drive, Promising Young Woman), dans la retenue pudique et qui étonne pourtant avec un rôle complexe, dans lequel elle brille. Lily James (Baby Driver, Yesterday), qu’on découvre de plus en plus subtile, fait ici figure de beau second rôle, où la douceur et la sensibilité prônent. Au final, sur une très belle partition musicale du dénommé Stefan Gregory, dont c’est le premier long-métrage, The Dig déploie une palette de moments de cinéma tendres et distingués, comme on en voit que trop peu souvent, dans une sobriété solaire.

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