• Jofrey La Rosa

TED LASSO (critique S1)

Dans cette série dans le milieu du football anglais, Jason Sudeikis interprète un entraîneur américain un peu benêt mais plein de cœur et d'une réelle beauté intérieure.

En lançant la nouvelle série comique de Jason Sudeikis pour Apple TV+ sur le milieu du foot, on ne s’attendait vraiment pas à un tel résultat. Parce que Ted Lasso n’est ni une sitcom, ni une série sur le foot. Jason Sudeikis (Horrible Bosses, SNL) a co-créé cette série avec Bill Lawrence, ponte de la comédie sérielle derrière les succès de Spin City, Scrubs et Cougar Town. Sudeikis avait interprété Ted Lasso dans une série de publicités pour NBC Sport, lorsque la chaîne américaine devait diffuser la Premier League (la Ligue 1 anglaise). À son lancement, la plateforme de streaming de la marque à la pomme commande une série tirée de ce personnage truculent de Sudeikis. Et les deux hommes en tirent une série en forme de comédie certes, mais avec du cœur et un réel message humaniste.

Ted Lasso est un coach de football américain, officiant dans une célèbre équipe universitaire du Kansas. Accompagné d’une réputation de loser, il est pourtant appelé par un club anglais de Premier League, celui de Richmond, en banlieue de Londres, pour entraîner leur club, alors au plus mal. Le club est alors en passation de pouvoir, alors que le propriétaire le perd dans son divorce au profit de son ex-femme Rebecca (Hannah Waddingham). Cette dernière, décidée à en découdre et à ennuyer son ex-mari Rupert, décide consciemment de saborder le succès du club de foot en engageant Ted, qui n’a d’autre choix que d’accepter ce poste bien loin de son Kansas natal.


De ce point de départ parfait pour développer un personnage “fish out of the water”*, Lawrence et Sudeikis créent également toute une batterie de personnages secondaires, évoluant autour de Ted et Rebecca dans le club de foot. Ted vient sur le vieux continent avec son assistant Coach Beard (Brendan Hunt), un ami taciturne mais soutien sans faille. Rebecca a elle aussi un assistant prêt-à-tout et servile, Higgins (Jeremy Swift). Dans les joueurs de foot, deux personnages se détachent : Jamie Tartt (Phil Dunster), jeune attaquant égocentrique et Roy Kent (Brent Goldstein), un défenseur vieillissant et énervé. Pour les servir et s’occuper du stade, on a probablement le meilleur personnage de la série : Nathan (Nick Mohammed), d’abord souffre-douleur, il va devenir de plus en plus précieux aux yeux des coachs, puisque contrairement à eux, il connait vraiment beaucoup le football. Et enfin, une femme de footballeur d’abord superficielle, puis soutien nuancé, Keeley (Juno Temple) est un personnage étonnant et beau. Durant les dix épisodes qui forment la première saison de cette série, ces personnages auront tous des évolutions assez marquées, dans des arcs narratifs propres à chacun. Parfaitement écrite, efficacement mise en scène, Ted Lasso brille en premier lieu par ses personnages.


La série et ses créateurs aiment chacun de ses personnages, même les antagonistes - et le montrent. Si toutes et tous ont des évolutions satisfaisantes, elle sont aussi toujours rédemptrices. Cette bienveillance pour chacun des personnages prouve un optimisme humaniste qui transpire dans cette comédie parfaitement bien faite, non seulement drôle mais aussi émouvante que possible. Autre chose d’éminemment réussie, ce sont les dialogues. Preuve en est par exemple, une scène de conversation téléphonique entre Ted et sa femme, restée au Kansas avec leur fils, et dont on entend juste les dialogues de notre héros. Associés au jeu impeccable de Sudeikis, on comprend très bien et très vite les tenants et aboutissants de leur relation, les rares mots font mouche et sont pesés pour une efficacité émotionnelle d’une précision rare. Dans la comédie, là encore ça fonctionne, grâce notamment aux jeux de mots que Ted fait sans arrêt - mais pas que. La subtilité avec laquelle sont écrits les personnages et cette bienveillance infinie font du bien, Ted Lasso est une réelle et belle surprise, à conseiller. Une œuvre d'intérêt public. Qui devrait être remboursée par la sécu. Si réussie soit-elle, cette première saison aurait pu se suffire à elle-même, mais du rab ne serait du coup pas de refus. Ça tombe bien, des saisons 2 et 3 sont déjà en préparation !


* littéralement “poisson hors de l’eau - procédé classique de comédie : cf. Elf, Les Visiteurs ou même Wonder Woman

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