• Jofrey La Rosa

SUPERBAD (critique)

À l'occasion de ses 14 ans, Jofrey La Rosa revient sur un de ses films préférés : SuperBad. Un sommet de comédie teen produit par Judd Apatow et avec tout le gratin comique US de l'époque.

En 2007, on est en plein dans l'âge d'or de la comédie d'Apatow. Après les succès de Anchorman, The 40-Year Old Virgin et Knocked Up, le producteur américain est l'incontestable roi de la comédie aux États-Unis. Décidé à mettre plus en avant son protégé Seth Rogen, il le charge avec son comparse Evan Goldberg de développer un script qu'ils trainent tous les deux depuis les bancs du collège, dont ils ont même fait des lectures à l'époque de Undeclared, super série qui est arrivée (puis vite repartie) à la suite de Freaks & Geeks. Sur cette série travaillait d'ailleurs un réalisateur du nom de Greg Mottola, qui avait réalisé The Daytrippers en 1997, film qui avait eu un beau succès d'estime dans le milieu indé. Quand SuperBad a le feu vert pour commencer sa production, Apatow confie le film à Mottola, avec Rogen et Goldberg au scénario. Manque plus qu'à trouver les trois comédiens principaux, censés interpréter Seth, Evan et McLovin. C'est Jonah Hill qui est choisi, même s'il paraissait au premier abord trop vieux pour le rôle, vite suivi par Michael Cera (Arrested Development) dans le rôle d'Evan, et du premier rôle de Christopher Mintz-Plasse, qui prêtera sa gouache à Fogell alias McLovin.


Teen comedy à la sauce Apatow, SuperBad a tout du hit. Et à n'en pas louper, il l'est. Largement. La puissance comique du scénario, associée à la mise en scène limpide de Mottola et à l'abattage de comédiens à l'énergie folle, amènent le film, pourtant cru et vulgaire, dans des territoires toujours plus sensibles et justes. La relation entre Seth et Evan (ces prénoms ne vous rappellent rien?) est en effet le cœur émotionnel du film, dont l'osmose est ternie par une séparation prochaine, pour que les deux jeunes hommes partent chacun dans une fac différente. La fin d'un âge, d'une époque, c'est l'adage des films « coming of age », comme le cinéma hollywoodien sait en faire comme nulle part ailleurs, avec des passages obligés (souvent une unité de temps et de lieu, le lycée, les fêtes) et des irrégularités : ici c'est la figure du mentor, qui prend la forme pour McLovin de deux policiers déjantés, interprétés par Rogen lui-même et le génial Bill Hader, venu du SNL et vu depuis dans la série HBO Barry. À grand renfort de trouvailles hilarantes trouvées en impro, les deux acteurs s'en donnent à cœur joie, pour des scènes d'anthologie.

Michael Cera et Jonah Hill confirment donc dans ce film leur talent comique indéniable, Chris Mintz-Plasse devient immédiatement culte, Rogen et Hader sont eux aussi géniaux. Mais toute cette masculinité n'est rien sans les femmes : et là encore, la team Apatow fait preuve d'un pif particulièrement aiguisé niveau casting. Si le love interest d'Evan, Martha MacIsaac, est top, c'est bien évidemment la découverte d'Emma Stone qui fait mouche ici. En plus de tenir tête niveau comédie à Jonah Hill, elle tire son épingle du jeu en quelques scènes à peine - pour désormais faire la carrière qu'on lui connaît.


Durant toute cette virée se déroulant sur une journée, SuperBad déploie un humour cru toujours à deux pas d'une corde plus sensible, où l'amitié et l'adolescence ont rarement été aussi bien représentées. Mottola a trouvé un ton toujours au cordeau, jouant toujours avec un équilibre précaire (et du coup assez prodigieux) entre deux facettes à l'opposée l'une de l'autre. Toujours fun et décomplexé, le film est une petite bombe de comédie, en plus de devenir un must immédiat de teen-movie. Si les éclats de rire sont incessants, c'est aussi parce que l'écrin est si cool : grâce à la bande-son funky d'une part, mais aussi à la belle image numérique de Russ Alsobrook (le film est tourné en Genesis pour les connaisseurs), dont on est pourtant aux prémices – le film sort la même année que Zodiac. Superbad est donc une réussite incontestable, certes vulgaire, mais toujours juste. C'est simple, de notre côté c'est plus que culte : c'est un chef d'œuvre.

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