• Jofrey La Rosa

SQUID GAME (billet d’humeur S1)

Sortie en septembre sur Netflix, Squid Game est LA série qui a fait l'événement en 2021, brisant tous les records. Cette série coréenne devait être une mini-série, mais suite à l’engouement populaire, une saison 2 a été commandée par son diffuseur. C’est bien après la fête que s’y invite Jofrey La Rosa, qui nous livre enfin son avis, tranché vous le verrez.

J’ai beaucoup rechigné avant de me lancer dans Squid Game. Je m’étais même juré de ne jamais y mettre les pieds. Pourtant, sous l’impulsion de plusieurs ami.e.s de confiance, je me suis quand même laissé tenté. Et pourtant, c’était le genre de série-phénomène qui me saoule par la trop grande unanimité, par l'over-exposition, qui provoque un rejet presque immédiat, que je ne peux contrôler. C’est donc avec un énorme a priori que j’ai lancé la série, cinq mois après l’effervescence de la sortie. Et je n’ai pas réussi à dépasser cet a priori.


Je reconnais la qualité de la série, formellement plutôt cool, jouant habilement entre sa direction artistique colorée et les choses horribles qui se passent entre ces murs. Le casting aussi, très réussi, notamment notre protagoniste Gi-hun, interprété par le génial Lee Jung-Jae. Le principe aussi, de donner le choix aux participants de retourner d’eux-mêmes dans ce jeu de massacre.

Mais c’est malheureusement à peu près tout ce que j’ai pleinement apprécié, tant la série traîne de gros sabots bien bruyants et lourdaux. Mais attardons-nous un moment sur un synopsis succinct : Gi-hun est un homme d’une petite quarantaine, irresponsable joueur endetté vivant aux crochets de sa mère malade, père d’une petite fille qu’il ne peut pas élever, et que les créanciers poursuivent au jour le jour. Un jour, un homme mystérieux lui propose beaucoup d’argent contre un jeu enfantin, avant de l’inviter à un tournoi auquel il se résigne à participer. Drogué, il se réveille avec 455 autres participant.e.s dans la même merde financière que lui, dans un jeu de massacre mené par des ravisseurs vêtus de rouge. Et dès le premier jeu de “un deux trois soleil”, plus de la moitié de ses comparses meurent. Un seul vainqueur se verra gagner une colossale somme d’argent, après avoir éliminé les autres au terme de six jeux d’enfants, tels qu’une partie de billes ou de tir à la corde.


Ce qui rend immédiatement prenante cette série, c’est le côté ludique, voyeur et sous tension de ce jeu morbide et néanmoins fun. Mais l’impression d’hybridation algorithmique à la Netflix laisse tout de suite un goût rance à cette production coréenne, au jeu souvent outré de ses comédien.ne.s, si éloigné de tout réalisme. Mais encore ça, peu importe, si les références n’étaient pas si évidentes : un peu de Hunger Games, beaucoup de Battle Royale, une dose de La Casa de Papel et même une once de Hostel par ci par là, tout est criard. Plus évidemment une cuillère de commentaire social coréen à la Parasite pour parfaire la chose. Et l’impression d’empilage de lieux communs aux œuvres citées n’a d’égal que l’écriture, aussi lourde que malhabile, aussi foutraque que barbante. Et ce malgré de nombreuses qualités je le rappelle. Dommage donc.


On voit les rebondissements arriver, ou pire, les twists sont forcés, et neutralisent des intrigues qui fonctionnaient jusqu’à maintenant. L’écriture est donc le principal problème de cette mini-série qui aurait grandement gagné à n’être qu’un film de deux heures. Parce que oui, en plus, c’est trop long, très chiant, rébarbatif, et parfois même un peu cheap, malgré un budget conséquent qui se voit souvent à l’écran. Un des twists finaux est immonde, nul, incohérent et pire, vous gâchera un second visionnage éventuel. En effet, le seul personnage digne d’une humanité sans contrepartie, s'avère être le connard ultime - haha vous l’avez pas vu venir, hein ?!


Bah non, parce que ça n’a AUCUN sens.


Même Hwang Dong-hyeok, l’unique scénariste et réalisateur de cette première saison, ne savait pas que son petit vieux allait être le grand méchant, ce n’est pas possible autrement. Et pour les fans qui ont trouvé ce retournement génial, bon courage à vous pour revoir la série maintenant !

Quant à l’autre petit twist concernant l’identité de l’agent principal masqué en noir, on le voyait venir depuis un petit moment. Là encore dû à une écriture hésitante, évidente et bâclée. Mais si toutefois la série était soutenue par une mise en scène au cordeau, comme les Coréens savent le faire parfaitement…


Non, même pas. Attention, c’est plutôt bien filmé, avec des cadrages corrects malgré quelques erreurs d’éclairage ça et là, et comme je l’ai dit, une direction artistique soignée : décors, costumes, design… Mais aucune réelle mise en scène ne vient soutenir cette bataille sociétale infernale, ou qu’à de rares moments décisifs, comme le montage quand les participants décident d’y revenir par exemple. Mais encore une fois, ce choix qu’on leur offre, la grande idée de la série, est trop rapide, trop abrupt : ils votent, sont libérés, goûtent à nouveau à la société qui les bride, décident d’y retourner et y retournent dans un seul et même épisode. Là où Lost a mis une saison entière (entre autres géniales joyeusetés) à donner de bonnes raisons à ses personnages de retourner sur l’île - le tout avec une narration sans réelle comparaison possible : all hail Damon Lindelof.

Le meilleur épisode est probablement celui des billes, où Hwang fait des paires de personnages, pour mieux montrer leurs failles, leurs émotions et leurs décisions bon gré mal gré, dans un joli ballet qui est faussé par quelques fautes de goût, notamment dues à sa mise en scène maladroite.


Je ne vais pas m’appesantir plus qu’il n’en faut. Cette série m’avait énervé avant que je n’en ai vu une image. Elle m’a encore plus énervé une fois arrivée à son terme. Ce n’est que mon ressenti évidemment, mais je l’ai trouvé automatique et symptomatique d’un mal plus fort : les œuvres algorithmiques, qui sont qui plus est confirmées par le public, assez crédule pour ne pas y déceler les problèmes évidents et mercantiles. Une œuvre fabriquée, certes bien faite dans la forme, mais très confuse sur le fond, au savoir-faire correct mais réalisée sans talent, que j’espère voir se refaire en saison 2. Mais peu de chance que je me fasse à ce Squid Game, que ce soit dit.

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