SANS FILTRE (critique)

Dernière mise à jour : 16 oct.

Sorti il y a maintenant deux semaines dans les salles françaises, il est grand temps de tirer une conclusion définitive sur Sans filtre (Triangle of Sadness), la Palme d'Or 2022. Après vous avoir partagé un avis mitigé dans notre podcast La Conversation PETTRI, Bénédicte Boucher vous fait part à son tour du sien, avec un enthousiasme plus grand, dans son premier article sur PETTRI.

Triangle of Sadness ou le conte « non enchanté »


« Tu peux détendre ton triangle de tristesse ? », demande la directrice de casting au modèle homme dès les premières secondes du film. Ce modèle homme c’est Carl, interprété par Harris Dickinson. Des corps sculptés plus que parfaits et une musique entraînante posent le décor de ce film ultra soigné.

Une fois de plus Ruben Östlund nous livre une pépite cinématographique avec Triangle of Sadness.


La mise en scène de ce chef d’œuvre ne laisse aucune place aux futilités même si ces dernières sont pourtant le terreau de ce film. C’est en effet un film qui dresse un portrait de riches personnes capitalistes pour qui les légèretés de la vie constituent leur quotidien. Un quotidien et l’image du couple parfois remis en question par Carl qui semble soucieux de son destin. Et puis à l’inverse il y’a le personnage de Yaya incarné par la sublime Charlbi Dean qui joue parfaitement le rôle de la jolie poupée et mannequin vivant au gré du vent. Ces deux personnages font partie de cette bande de capitalistes placés dans un huis clos, où trois actes se succèdent pour nous montrer ce que l’argent peut offrir à ces gens dans tous ses excès.


Seulement deux musiques principales bercent ce conte faussement enchanté et c’est notamment "Life" de Des’ree qui en diégétique vient accompagner les scènes où Yaya se met en scène devant son téléphone. Ce son présent physiquement dans deux séquences quasiment consécutives place Yaya dans une bulle irréelle et nous sommes dedans avec elle. Un sentiment de proximité est installé et on se sent à notre tour un peu privilégié.

La musique si rare dans ce film permet ainsi d’être intimement concerné par les scènes où la musique apparaît. Une musique personnifiée qui s’appréhende comme une apparition magique.


Enfin la question : se peut-il que le pouvoir soit pris par les femmes ? Eh bien, oui. Mais encore faut-il que ce dernier soit équitablement réparti. L’ascenseur s’ouvre et se referme au début comme à la fin, la boucle est finalement bouclée et le pouvoir est renversé.


Finalement l’immersion dans ce conte « non enchanté » est stimulante et donne envie de retourner le voir pour apprécier plus encore les détails de cette mise en scène orchestrée.