PETTRIVIEW #10

Pour ce nouveau PETTRIVIEW, Jofrey La Rosa vous propose quatre œuvres culturelles, plus ou moins récentes, pour lesquelles il a eu un coup de cœur : du stand-up, une série, un album musical et même un téléfilm !


Téléfilm : North Hollywood

Ce pilote de série n’a jamais été diffusé pour le network ABC, qui a décidé de ne pas commander d’autres épisodes à cette série en devenir de 2001. Cette année-là, Judd Apatow se tournera donc davantage vers Undeclared, une sitcom située dans un campus universitaire avec Jay Baruchel, Seth Rogen et Charlie Hunnam. Mais dans North Hollywood, il explorait déjà la colocation de jeunes gens, mais plutôt aspirants acteurs. Il met en scène dans un pilote assez prometteur mais limité à trois personnages principaux, interprétés par Jason Segel (Forgetting Sarah Marshall, HIMYM), Kevin Hart (Jumanji 2, Night School) et Amy Poehler (Parks & Recreation, SNL). On suit le quotidien, la vie et les déceptions de ces colocataires qui passent des castings, croisent des personnalités jouant leur propre rôle (Judge Reinhold, Colin Hanks), tout en voyant passer toutes ces futures stars de la comédie US, ainsi qu’Adam McKay (futur réalisateur de Anchorman, Vice ou Don’t Look Up) et January Jones (Mad Men, The Last Man on Earth). Si ce pilote ne brille pas complètement, il bénéficie d’un travail de mise en scène plutôt soigné, d’un amour sincère pour ses personnages et de belles promesses pour la suite. Dommage donc que la série n’ait pas vu le jour…


Album : Memoria, Jazzy Bazz

Après ses deux précédents projets P-Town et Nuit, et l’incroyable surprise de Private Club l’an dernier, Jazzy Bazz est revenu en 2021 avec Memoria, un album vraiment costaud, faisant peu ou proue l’unanimité. Le rappeur du 19éme arrondissement parisien, qu’on avait découvert à l’époque des Rap Contenders ou au sein des collectifs Grande Ville et L’Entourage soigne son retour en solo avec un disque d’une qualité assez folle, entre les productions léchées de Johnny Ola ou Lubenski, entre autres, des textes assez sidérants de maîtrise, en plus d’avoir une personnalité folle. Ultra technique, il n’oublie pas pour autant l’émotion, au travers de titres tels que Cœur, Conscience, D.ieu, P-Town Blues ou .RAW Spleen. Pour cette dernière, il amène Laylow sur son terrain. Mais ce n’est pas le cas de tous les featurings de l’album, tous de qualité : Nekfeu, Alpha Wann, Josman, Edge et même le jeune Robdbloc. Bref, c’est vachement bien. Du vrai bon rap, sincère et bien foutu.


Série : Station Eleven

Adaptée d’un roman de Emily St. John Mandel, cette mini-série prend le parti de nous plonger dans un monde ravagé par une pandémie globale (ça vous rappelle quelque chose ?), entre l’apparition du virus et les vestiges de l’humanité, vingt ans plus tard. On suit Kirsten, une petite fille (Matilda Lawler) devenue adulte (Mackenzie Davis), ainsi que son protecteur Jeevan (Himesh Patel). Kirsten rejoint assez tôt la Travelling Symphony, un groupe d’artistes itinérants jouant du Shakespeare à ce qu’il reste de l’humanité. Une lueur d’espoir par l’art, inspiré par un roman graphique unique, qui donne une singularité toute particulière à cette histoire aussi douce qu’âpre. Le showrunner Patrick Somerville avait opéré sur The Leftovers et Maniac, les réalisateurs Hiro Murai et Jeremy Podeswa sur Atlanta ou Game of Thrones. De quoi donner envie, non ? Et bien la série dépasse les espérances et touche en plein cœur, pour une dystopie toujours subtile et à la narration surprenante. À découvrir absolument.


Théâtre : Zèbre, Paul Mirabel

On avait découvert Paul Mirabel lorsque son passage au Festival de Montreux avait buzzé sur Youtube, puis plus tard dans les vidéos de McFly & Carlito. Il est désormais chroniqueur sur France Inter et un des grands espoirs de la relève du stand-up francophone, aux côtés de Roman Frayssinet ou Redouane Bougheraba. Zèbre est son premier spectacle, construit autour de sa personna timide et douce, et son physique fin et longiligne. Son “visage de Chantal” susurre des punchlines bien délivrées, son atout principal étant le rythme, qu’il maîtrise au cordeau, en plus de l’autodérision. Et s’il embrasse totalement l’héritage du stand-up statique à l’américaine, pile-poil au bon moment, il le commente, le secoue et réajuste un spectacle simplement hilarant, à la fois fort et fragile, jusqu’à un final étonnamment émouvant donnant son titre au spectacle. Un one-man-show incontournable de l’humour français, en tournée un peu partout en France.