• Jofrey La Rosa

PEACEMAKER (critique S1)

Succès d’estime mais insuccés public, The Suicide Squad a mis en avant une galerie de nouveaux personnages passionnants. Et directement, James Gunn et John Cena se sont empressés de mettre en branle une série centrée sur Peacemaker, qu’ils décrivent comme “un Captain America couillon”.

Quand il a repris le projet Suicide Squad, le très pop-underground James Gunn s’est mis en tête de prendre les personnages les plus fous, les plus ridicules, les plus malaimés de chez DC. Parmi eux, Peacemaker, dont il confie le rôle à John Cena, jouant autant de sa physicalité imposante que de sa verve comique folle, découverte dans Trainwreck puis Blockers. Et au sortir du film, Gunn et Cena se lancent têtes baissées dans une série tirée de ce personnage incroyable, au look aussi ridicule que sa morale est questionnable : “J’aime tellement la paix de tout mon cœur que je me fiche de combien d’hommes, de femmes et d’enfants je dois tuer pour la garantir”. Du James Gunn pur jus. Dans le film, il introduisait des personnages secondaires, notamment Steve Agee (Economos) et Jennifer Holland (Harcourt), qui rejoignent ici la distribution principale de Peacemaker, accompagnés de Danielle Brooks (Adebayo), Freddie Stroma (Vigilante), Chukwudi Iwuji (Murn) et Robert Patrick (White Dragon, le père de Peacemaker). Gunn, quant à lui, écrit l’intégralité des huit épisodes qui composent cette première saison et en réalise la grande majorité. Mais que vaut cette adaptation sérielle ?


Dès les premières secondes de cette série délurée, on sent le style Gunn, à la fois fun, fou et singulier, où son héros n’en est finalement pas vraiment un, et où la norme n’existe pas, pour le meilleur. Si ces huit épisodes ne brillent pas de mille feux, ils portent pourtant en eux une énergie et une sincérité qui transparaissent systématiquement dans les réalisations de l’auteur de Super et des Gardiens de la Galaxie. On sent les limitations qu’il s’impose avec le format sériel, mais la série étonne par ce qu’elle entreprend, tant au niveau du ton, que de ce que ça nous raconte : un personnage qui a grandi dans l’ombre d’un patriotisme toxique dont il doit s’affranchir tout en retrouvant sa liberté et se questionnant sur l’activité qu’il tenait jusqu’alors. Un parcours psychologique complexe pour un personnage qui était traité dans The Suicide Squad comme un punchliner too-much, mais qui révèle ici une personnalité unique. John Cena lui apporte non seulement son physique bestial, mais aussi une profondeur qu’on ne lui connaissait pas. En effet, si nous savions qu’il était très à l’aise avec l’humour, on ne savait pas encore si sa stature d’athlète rigolo pouvait assumer un rôle délicat comme celui de Christopher Smith - le vrai nom de Peacemaker.


L’attrait principal de Gunn, c’est bien son écriture, toujours au cordeau, aussi bien drôle que profondément émouvante (revoyez Les Gardiens de la Galaxie Vol.2 pour chialer autant que rire). Peacemaker ne fait pas exception, avec un montage de Fred Raskin (le monteur de Tarantino depuis Django Unchained, et de Gunn depuis le premier Guardians) qui rythme un récit riche et simple, avec toujours une famille d’inadaptés qu’on se crée. Et tous les seconds couteaux sont assez marquants pour qu’on puisse faire des pauses dans une intrigue très comic-book, comme pouvait l’être celle de The Suicide Squad, avec des monstres extraterrestres rappelant des théories complotistes bien connues. Et si Peacemaker n’est évidemment pas un chef d’œuvre de série, elle est éminemment divertissante, en plus d’être parfaitement construite et délivrée. Une très bonne série en somme, qui aura le droit à une saison 2 très prochainement, cette fois entièrement écrite et réalisée par James Gunn ! On a hâte !

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