• Jofrey La Rosa

PALM SPRINGS (critique)

2020 : The Movie. Palm Springs est une comédie indépendante produite par les Lonely Island. Vous n'en saurez pas plus de notre part. Mais allez-y les yeux fermés !

Pour la génération Y, qui a grandi avec leurs sketchs au Saturday Night Live, les Lonely Island sont devenus le mètre-étalon de l’humour US dans ce siècle mouvant et rapide. Après Hot Rod (2007) et Popstar (2016), entre autres joyeusetés ciné, sérielles et musicales, le leader cinégénique Andy Samberg accompagné de ses acolytes Akiva Schaffer et Jorma Taccone, reviennent cette année avec une relecture moderne de Un Jour sans fin (Groundhog Day, 1993). La star de Brooklyn Nine-Nine partage l’affiche de Palm Springs avec Cristin Milioti, madame Ted Mosby de How I Met Your Mother, et ensemble, ils nous séduisent plus qu’on aurait pu l’imaginer, à grand renfort de trouvailles narratives et formelles, d’une précision sans faille, de rires francs et d’une émotion sans pareille.


La réussite de ce film indépendant distribué par la plateforme américaine Hulu tient sûrement par son concept autant que pour son duo de comédiens : lors d'un mariage où ils sont tous deux invités, Nyles et Sarah sont coincés dans une boucle temporelle qui leur fait revivre sans cesse la même journée, enfermés dans ce jour festif mais où ils ont moults choses à régler. Ils ne peuvent sortir de cette boucle, ni par la mort ni par une quelconque force de rédemption, si bien que les deux commencent à s'apprivoiser. De ce procédé très similaire au film d'Harold Ramis Un Jour sans fin – et repris dans Edge of Tomorrow ou Happy Death Day, Palm Springs tire une romcom parfaite, drôle et enlevée, mais aussi à l'intelligence discrète. Par exemple, tout le début du film est parsemé de moment sans finalités : le rapport sexuel entre Nyles et sa petite amie Misty (Meredith Hagner) ou le discours de celle-ci. On peut ainsi voir la précision de l'écriture qui, entre rapidité et efficacité, permet au rythme du film de ne jamais faiblir, mieux, d'amener le spectateur dans un tourbillon de trouvailles visuelles, aux gags répétitifs et aux idées de montage toujours incisives.


Mais même sans compter sur tout ça, le film vaut aussi et surtout pour Andy Samberg et Cristin Milioti, à l'alchimie folle, entre la complicité, la répulsion et l'amour, dans une comédie romantique toujours effrénée et belle. Et si la comparaison est incontournable, parce qu'Un Jour sans fin tendait en effet déjà vers la romcom, mais via la rédemption d'un des personnages, avec un déséquilibre : Bill Murray est un bougon misanthrope, qui doit faire l'effort de changer pour séduire Andy McDowell et ainsi sortir de sa boucle temporelle. Mais il va d'abord ruser pour l'attirer dans son lit, utilisant son « pouvoir » pour en apprendre plus sur elle. Ici dans Palm Springs, la boucle temporelle est utilisée à égalité par les deux parties faillibles, puisqu'ils sont tous les deux coincés dedans, dans une incessante journée de mariage cathartique.


La mise en scène, toujours soignée et pleine d'idées, arrive à sublimer un scénario assez brillant, où le concept ne passe jamais devant les personnages, Nyles et Sarah en tête, mais aussi celui de J.K. Simmons, homme vieillissant coincé lui aussi, d'abord vengeur puis allié, d'abord énervé puis résigné. Des seconds couteaux, Palm Springs en a une pelletée, même s'ils sont toujours au service des émotions de nos deux personnages principaux : Camila Mendes, Tyler Hoechlin, Meredith Hagner, Dale Dickey, Chris Pang... On a ainsi une comédie de 90 minutes qui file à mille à l'heure, toujours drôle, surprenante et même émouvante, qui réussit tout ce qu'elle entreprend, pour le plaisir des amateurs du genre mais pas que, puisqu'on a pas peur de dire ici qu'il s'agit pour l'instant d'un des meilleurs films de 2020.



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