• Pauline Lecocq

MOI, SIMON, 16 ANS, HOMO SAPIENS (critique)

Hier marquait les trois ans de la sortie dans les salles françaises du film Love, Simon (2018) réalisé par Greg Berlanti, adaptation du roman Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens (Simon vs. The Homo Sapiens Agenda en anglais) de Becky Albertalli. Pour l’occasion, Pauline Lecocq revient pour Pettri sur ce merveilleux livre, édité chez Hachette en 2015 et 2018 et Le livre de poche jeunesse en 2017 et 2020.


Synopsis : Moi, c'est Simon. Simon Spier. Je vis dans une petite ville en banlieue d'Atlanta. J'ai deux sœurs, un chien, et les trois meilleurs amis du monde. Je suis fan d'Harry Potter, j'ai une passion profonde pour les Oréo, je fais du théâtre. Et je suis raide dingue de Blue. Blue est un garçon que j'ai rencontré sur le Tumblr du lycée. Je le croise peut-être tous les jours, mais je ne sais pas qui c'est. On se dit tout, sauf notre nom. À part Blue, personne ne sait que je suis gay.

Il y a des livres dont on tombe amoureux·se et qui donne envie de tomber amoureux·se. Un de ces livres qui tombent au bon moment, dont vous avez besoin à un instant T. Moi, Simon… est de ceux-là. Il vous cueille, vous embarque, vous émeut, vous inspire… Et vous redonne le sourire tout simplement, tout en vous offrant un sentiment de joie et de plénitude rare en le refermant. Se replonger dans l’adolescence est également rafraichissant et nostalgique à la fois pour une personne adulte. Un roman touchant et drôle dont les 300 pages se lisent facilement et vite.

L’écriture à la première personne nous permet d’être, de devenir Simon Spier/Jacques (son pseudo en ligne) pendant quelques heures et cela fait un bien fou, comme si on retrouvait les aventures d’un ami.

Dans ce livre qui dépeint la famille, l'amitié et l'amour, la merveilleuse banalité d'une vie ordinaire en devient universelle. De plus, le romantisme épistolaire est mis à jour avec un suspense sur l'identité du correspondant. On parle de tomber amoureux d’une personne, de son âme et non de son physique. Et ce livre rappelle qu’il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des lettres ou emails ici, et plus généralement des mots.

Alors oui ce n’est pas un chef d’œuvre, ce n’est pas du Proust, simplement ça fait son boulot de roman pour ados, en parlant de passage à l'âge adulte, d’acceptation de soi, d’harcèlement, de famille, d’amitié et d’amour. Et c’est déjà beaucoup. Et puis, s’il arrive à toucher autant et à inspirer, alors c’est un livre important pour nos petite vies ordinaires, notamment avec cette idée de se pardonner ses erreurs, d’accepter l’imperfection. Aucune honte à lire un roman pour ados quand il apporte autant. De plus, vous aurez plaisir à relire de nombreux passages, et à le relire tout court, encore et encore.


Quant à l’adaptation cinématographique, elle est plutôt réussie, avec quelques légers changements pour plus d’efficacité (des raccourcis qui ne raviront pas nécessairement les fans de l’œuvre originale). On essaye d’éviter les comparaisons quand il s’agit d’adaptation mais ici on se doit de dire que le livre est plus sensible et intimiste, moins « hollywoodien », ce qui en fait toute sa force. On est notamment triste que le regretté Elliott Smith, le musicien préféré du personnage principal, ne soit présent qu’en poster dans le film alors que plusieurs de ses chansons sont mentionnées (« Waltz 2 », « Oh Well, Okay » …) dans le livre et que cet élément en particulier nous a ravi. Le film a eu un tel succès qu’une sorte de suite ou en tout cas une série dérivée a vu le jour : il s’agit de Love, Victor, comédie romantique mignonne et réussie pour ados sur le coming out d’un jeune latino dans le lycée de Simon (quand ce dernier l’a quitté pour aller à l’université).

Naïf et léger sans être superficiel, profond et intelligent, doux et positif sans être niais, Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens emporte et rappelle que nous devons apprécier et chérir ce qu’on a. La chance d’avoir une famille et des ami·e·s autour de vous qui vous aiment pour ce que vous êtes et qui vous soutiennent dans ce que vous faîtes. Un rappel précieux et essentiel. Il donne aussi terriblement envie de tomber amoureux·se ! Un suspense romantique intense qui est aussi une histoire drôle, émouvante, intelligente et profonde sur le coming out, ce feel-good book est donc à (re)lire absolument !


Une petite citation en anglais pour finir : "But I'm tired of coming out. All I ever do is come out. I try not to change, but I keep changing, in all these tiny ways. I get a girlfriend. I have a beer. And every freaking time, I have to reintroduce myself to the universe all over again."

  • Le livre Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens de Becky Albertalli, traduit par Mathilde Tamae-Bouhon, est disponible chez Hachette et Le livre de poche jeunesse.

  • Le film Love, Simon est disponible en DVD et en VOD.

  • La série Love, Victor comporte deux saisons : la première est entièrement disponible sur Disney+, tandis que la deuxième saison est diffusée au rythme d'un épisode par semaine depuis le 18 juin sur cette même plateforme.


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