• Jofrey La Rosa

MASCARADE (critique)

Présenté hors compétition au Festival de Cannes 2022, qui vient de se conclure ce week-end, Mascarade, le nouveau film de Nicolas Bedos, sortira dans nos salles en novembre prochain. Un thriller romantique qui exploite parfaitement son décor niçois, avec un casting 5-étoiles.

Après Monsieur & Madame Adelman et La Belle Époque, Nicolas Bedos retrouve l’acteur de sa parenthèse OSS 117 en la personne de Pierre Niney (Boite Noire, Five), mais aussi toute une myriade de comédiens de luxe pour ce thriller qu’il a également écrit. On retrouve Isabelle Adjani (La Reine Margot, L’Été Meurtrier) dans le rôle d’une actrice vieillissante, au succès déclinant, qui n’hésite pas à se payer des toy boys tels que Niney, depuis qu’elle a découvert que son riche mari est homo. François Cluzet (Ne le dis à personne, Intouchables) interprète quant à lui un honnête promoteur de la French Riviera, qui va succomber aux charmes de Marine Vacth (Jeune et Jolie, L’Amant double), troublante jeune femme mystérieuse. Emmanuelle Devos interprète sa femme, tandis que Charles Berling joue un ami d’Adjani. Laura Morante (La Chambre du fils, Assolo) vient compléter ce casting chromé, dans un rôle-clé. Mascarade permet à Nicolas Bedos de revenir à un film plus cohérent, plus digeste aussi. En effet, après son aventure OSS 117, il poursuit une œuvre plus personnelle qui, après deux belles fresques romantiques, en livre une nouvelle, où l’âge semble être un sujet de prédilection.


Dans ce film, le décor niçois est prédominant, signifiant parfaitement les disparités de classes qui y règnent et montrant avec chaleur et beauté les ravages de vies peu clémentes. S’il le fait avec de gros sabots, Bedos ne s’y attarde pas trop, mais comme prétexte pour ses personnages à faire les malversations au cœur de son intrigue. Dans un imbroglio digne d’un roman de gare bien ficelé, Bedos tisse un récit de chassé-croisé de malfrats et de notables pas si riches, de romances et de sexe, dans un thriller au mystère rôdé et parfois prévisible, mais in fine plutôt malin. Grâce à la performance de ses deux jeunes comédiens, les sublimes Pierre Niney et Marine Vacth, électriques et brûlants, et des vétérans Adjani et Cluzet fidèles à eux-mêmes, Mascarade tire bien son épingle du jeu des drames français. La faute à un scénario qui ménage ses effets (et en joue), dilate une intrigue pourtant simple et fait la part belle aux personnages.

On sent que Bedos s’amuse beaucoup, à l’écriture comme à la mise en scène. Il filme ses acteur.rice.s avec malice et candeur, même si des fois il s'avère sardonique, comme pour à la fois les magnifier et s’en moquer. La caméra virevolte, dans un grand ballet assez séduisant et ambitieux, mais sait aussi parfois se calmer, laissant son chef opérateur habituel Laurent Tangy (BAC Nord) s’occuper de sculpter une jolie lumière. Mais c’est le montage qui pèche surtout, la durée conséquente de 2h30 a occasionnellement un rythme trop longuet, car un chouïa répétitif et maladroit. Mais Mascarade est pourtant un thriller deluxe dans le paysage du cinéma dramatique français, car jamais dénué d’humour, d’intelligence et de générosité dans ce qu’il propose au spectateur. Un bon film, tantôt beau tantôt cruel, qui aime ses comédiens et le montre, transpire des obsessions formelles et narratives de son auteur en même temps qu’il tisse une intrigue entrainante et plutôt inspirée, mais si quelquefois attendue.


0 commentaire