• Laurène Gibaud & Anouck Vergnaud

LES OISEAUX DU TEMPS (critique)

Roman de science-fiction épistolaire, Les Oiseaux du temps (This Is How You Lose The Time War) de Amal El-Mohtar et Max Gladstone est enfin disponible en français chez Mu depuis quelques jours. Anouck et Laurène l'ont lu et nous donnent leur avis, plus que positif, pour Pettri.


Synopsis : Deux factions ennemies se livrent une guerre temporelle sans merci. Leurs deux meilleures agentes, Rouge et Bleu, sont efficaces, impitoyables et (se) jouent avec une précision redoutable des fils du temps. A force d’agir sur les champs de bataille ennemis, elles se croisent, s’évitent, se cherchent. Ainsi s’engage leur relation épistolaire inédite qui va imbriquer leurs chemins à jamais.


“À toi. P.-S. : Oui, toi.”

Oui, toi. Des livres, il y en a pour toutes les humeurs et tous les moments de vie. Ceux qui vont exactement là où on imagine mais d’une façon si satisfaisante qu’on en est rassasié. Ceux qui nous ballottent de plot twist en révélation et qui finalement tournent court. Lectrices assidues de littérature de l’imaginaire, nous nous pourléchions les babines en ouvrant “Les Oiseaux du Temps”, présenté comme un roman de SF épistolaire.

“La correspondance est une sorte de voyage dans le temps, tu ne trouves pas ? [...] Tu m’abandonneras peut-être pendant cinq ans, tu ne reviendras peut-être jamais… Et je dois finir d’écrire en restant dans l’expectative.”

Quand nous avons lu ce livre, en anglais, il y a deux ans, nous nous le sommes partagées en un éclair, tellement rapidement que le voyage temporel était terminé avant d'avoir commencé. Mais pour en parler autour de nous, il nous fallait une capsule plus puissante. Une transformation de l'anglais au français, pour toucher les lecteurices du futur — et maintenant, du présent.

“La faim, Rouge – rassasier une faim ou l’entretenir, ressentir la faim comme une fournaise, en tracer les limites comme des dents –, est-ce une chose que tu ressens, individuellement ? As-tu déjà éprouvé une faim qui s’aiguise quand tu l’assouvis, devenant si vive, si ardente, si éclatante qu’elle pourrait te couper en deux et libérer quelque chose de nouveau ?”

Nous avons eu faim de livres. Faim de lire un livre à la plume grandiose et voltigeuse, oui — mais aussi avec des personnages grandioses et voltigeuses elles-mêmes, plus humaines, vulnérables et fortes. Nous cherchions un rêve de papier, un idéal à rêver, un livre à dévorer.

On dit bien “dévorer” un livre. Ce livre se lit à toute vitesse, haletant entre les pages, en déglutissant à peine. Puis se relit en savourant chaque mot et chaque métaphore délicatement tissée par les auteurices. Et enfin il nous nourrit pendant longtemps et s’inscrit dans la trame de nos vies passées, présentes et futures.


La traduction courageuse d’un texte si chatoyant par Julien Bétan relevait du tour de force. Nous avons sans hésitation une préférence pour le goût si particulier des mots originels mais si vous ne souhaitez pas lire en anglais, cette traduction vous ouvre très joliment les portes de cet univers.


Notre seul petit regret viendrait de l’insistance à masculiniser nos protagonistes, notamment sur les textes qui accompagnent le livre. Rouge et Bleu (et pourquoi pas Bleue ?) sont des guerrières et non pas les guerriers qu’annonce pourtant la quatrième de couverture. Petit avantage de la langue anglaise qui genre moins immédiatement…


Néanmoins, Les Oiseaux du temps, c'est ce livre dont tant de lecteurices rêvent : une teinte d'âme, la cruauté du destin se résumant à une toile de fond, une lueur idyllique aux arômes de fraises aux akènes piquées de citron et aux myrtilles nimbées d'astringence. Il est pour toi. Oui, toi.


Les Oiseaux du temps de Amal El-Mohtar et Max Gladstone (traduction en français de Julien Bétan) est sorti le 13/05/2021 chez Mu, le label de littérature générale des éditions Mnémos.

Merci à Mu pour l’exemplaire presse numérique.






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