LES 30 ANS DE DISNEYLAND PARIS

À l’occasion des trente ans de Disneyland Paris aujourd’hui, la rédaction PETTRI a décidé de fêter ça à sa façon en vous racontant ses doux souvenirs d’enfance devant certaines des productions-phares de la maison aux grandes oreilles, ou bien de vous conter des histoires autour de films moins connus du studio.

PETER PAN (C. Geronimi, W. Jackson & H. Luske, 1953), vu par Amandine Thieulent

Peter Pan c'est LA magie de Disney qui a bercé mon enfance ! 18ème long métrage d'animation des studios Disney sorti en 1953, il est l'adaptation de la pièce éponyme de J. M. Barry, classique de la littérature britannique. Avec Peter Pan, on s'envole sur une mélodie virevoltante (portée par la flûte de Pan) vers le Pays Imaginaire, où c'est bien simple, tout peut arriver ! S'y mélangent magie, humour, tendresse et jeux d’enfants : jouer au papa et à la maman entre deux visites aux sirènes ? Faire la fête avec les indiens, et partir en balade en bateau volant ? Qu'à cela ne tienne ! On en profitera pour visiter de jolis paysages poétiques composés d'arc en ciel et de volcans en éruption avant la grande bataille avec les pirates ! Le tout saupoudré de poussière de fée ! Car c'est l'ingrédient indispensable qui permet de voler, et donc l'accès à ce monde enchanté après avoir survolé un océan d'étoiles, et qui deviendra le symbole de la magie de Disney : l'entrée dans son monde imaginaire. On a tous déjà vu la fée clochette survoler le château au début de chaque film produit par les studios. Au-delà de son univers magique, et de ses personnages riches et attachants, Peter Pan c'est aussi une exploration philosophique de notre passage sur Terre. Cet éternel enfant insouciant et épicurien, et le refuge que nous confère l'imagination, comme des armes contre le temps qui défile. On a tous un Peter Pan et/ou un capitaine Crochet qui sommeille en nous face aux difficultés et velléités de la vie. Bien que Disney ait grandement simplifié la trame et les personnages du conte original, afin de présenter un scénario très manichéen, le combat contre la vieillesse et la mort du Capitaine Crochet reste central dans le récit et lui redonne de l'épaisseur. De plus, le choix d'utiliser le même comédien, Hans Conried, pour doubler à la fois le Capitaine Crochet et Monsieur Darling (père des 3 enfants Darling qu'il souhaite obliger à grandir), laisse une petite place au mystère et nuance le propos quand à l'existence du pays imaginaire et la véracité du récit. L'aspect le plus chouette dans Peter Pan reste, lorsqu'on est gamin, son monde imaginaire, qui au delà de faire rêver, est reproductible à l'infini (dans la cour de l'école, comme au fond du jardin), et où toutes sortes d'aventures nous attendent (pour ma part, c'était bataille avec les pirates, et faire la fête avec les garçons perdus). Tout en guettant la deuxième étoile à droite la nuit, au cas où le vrai Peter Pan viendrait nous chercher !



MULAN (Barry Cook & Tony Bancroft, 1998), vu par Pauline Lecocq

En le découvrant avec mes yeux émerveillés d’enfant de 7 ans et demi lors d’une sortie familiale dans le sud de la France, j’étais loin d’imaginer l’impact durable qu’aurait ce film sur ma petite personne et mon développement.

En effet, Mulan a bénéficié d’un alignement des planètes assez rare et précieux, entre un scénario béton, des personnages attachants, un méchant réussi, des chansons superbes, un graphisme magnifique, un humour décapant et des scènes brutalement émouvantes… Les qualificatifs ne peuvent que s’enchaîner pour décrire cette œuvre, au départ un pari très risqué, puisqu’on aurait pu penser que le travestissement d’une jeune femme pour sauver son père qui doit partir à la guerre était franchement casse-gueule et n’aurait sans doute pas parler aux enfants. Et pourtant, l’histoire qui nous est contée est universelle : on y parle de découverte de soi, de dépassement de soi, d’amitié, d’honneur, de famille. Et oui, Mulan est un film féministe, il l’a toujours été, sans utiliser le mot, et il fait du bien.

Ici, point de pouvoirs magiques, juste le parcours d’une jeune femme qui devient une héroïne grâce à son intelligence, son courage et sa détermination, accompagnée par un dragon qui enchaîne les punchlines (José Garcia s’en donne à cœur joie dans l’excellente VF), un criquet muet, et trois sympathiques compères soldats. Inspiré par une légende chinoise, le film rend hommage à la culture qu’il représente et participe à l’ère inspirée des années 90 de Disney et à la renaissance du studio (on est juste après Aladdin, Le Roi Lion et La Belle et la Bête). Là où le film est assez malin est qu’il utilise le travestissement féminin-masculin mais également masculin-féminin (encore que le love interest Capitaine Chang ne le fait pas, et c’est un peu dommage). Et puis, qui n’a jamais chanté « Réflexion » ou « Comme un homme » à tue-tête pour se donner du courage ? Alors qu’importe le suites animées et les remakes en live action, ce Mulan reste intemporel, pour petit.e.s et grand.e.s !

PS : Dans le même genre, le fabuleux Raiponce déchire aussi.



KUZCO, L’EMPEREUR MÉGALO (Mark Dindal, 2000), vu par Julien Lecocq

Kuzco, l'empereur mégalo (ou The Emperor's New Groove en vo) sorti en 2000, a aujourd’hui un statut culte, mais sort malgré tout complètement et étonnement du carcan des films d’animation du géant Disney, en particulier de la période fin années 1990, début années 2000.

Il faut dire que le film tranche particulièrement avec le cahier des charges habituel de Disney, où d’habitude on nous propose une histoire romantique ponctuée de numéros musicaux importants, et là nous nous retrouvons avec un film d’animation qui est une véritable comédie assumée, avec parfois un humour absurde détonnant, et même carrément un recul et une autodérision sur le 7ème art déroutante mais ô combien bienvenue, ce qui peut aller jusqu’à questionner sur le public visé, le film étant considéré par beaucoup d’adultes aujourd’hui comme un petit bijou de comédie d’animation. Kuzco est d’ailleurs devenu avec la récente culture internet une véritable mine de memes !

Et pourtant, à la base, ce film ne devait absolument pas être ce qui l’est aujourd’hui. Après le succès du Roi Lion (The Lion King) sorti en 1994, Disney avait commencé à mettre sur les rails un nouveau grand succès à venir, dans la droite lignée des "classiques" Disney, et surtout de créer un nouveau Roi Lion. Le fait d’avoir embauché Sting pour la création des chansons originales quand on sait qu’Elton John fut lui embauché pour celles du Roi Lion en est une parfaite illustration. Le plan était donc véritablement de produire une «comédie musicale romantique dans le style "traditionnel" de Disney», sous le nom Le Royaume du Soleil (Kingdom of the Sun), l’histoire se déroulant dans l’Empire Inca. Mais suite aux succès en demi-teinte de Pocahontas (1995) et du Bossu de Notre-Dame (1996), Disney décida de changer ses plans, et de faire finalement du film une comédie, renommé en Kuzco, l'empereur mégalo.

Hélas, beaucoup trop en décalage avec l’étiquette Disney, le film eu un succès très limité. Mais heureusement, il est devenu avec le temps un film culte, avec une véritable fandom. À croire que s’il n’avait pas eu l’étiquette Disney, il aurait cartonné. Il n’en reste pas moins que le film est une très bonne surprise des écuries Disney, et qu’il en est un des rares exemples qui ont su s’affranchir du cahier des charges pesant du géant de l’animation, tout en étant fortement et sincèrement apprécié.

Toutefois, pour revenir au contexte de la sortie du film, il faut dire aussi qu’il fut sans doute en rude compétition avec le film d’animation des studios DreamWorks La Route d'ElDorado (The Road to El Dorado) sorti la même année, et se passant dans un décor similaire (chez les Mayas ou bien les Aztèques, ce n’est pas très clair), tout en ayant à son compte Elton John et Hans Zimmer, tous deux vétérans du Roi Lion. La Route d'ElDorado fit un bide aux USA, ce qui est terriblement injuste car il est sans doute l’un des meilleurs films d’animation, déso pas déso (et par ailleurs lui aussi, curieusement, n’est pas une histoire romantique ponctuée de chansons d’amour mièvres et déjà-vues).

JOHN CARTER (Andrew Stanton, 2012), vu par Jofrey La Rosa

John Carter est un film sacrifié. Mais revenons un peu en arrière. Au début du XXéme siècle pour être exact. C’est en 1912, juste avant la Grande Guerre, que l’américain Edgar Rice Burroughs crée coup sur coup l’univers de Barsoom et le personnage de Tarzan. Et avec l’univers de Barsoom, duquel il tirera son Cycle de Mars, il va influencer toute la science-fiction de son siècle, grâce notamment à des motifs millénaires et une mythologie fournie. Son protagoniste terrien John Carter est l’archétype du héros campbellien, avec néanmoins des nuances westerniennes. On retrouvera ses motifs dans d’innombrables œuvres, dont notamment Star Wars ou Avatar. C’est sûrement d’ailleurs après le succès de ce dernier en 2009 que Disney, qui achète les droits du Cycle de Mars, se lance dans la production de John Carter, des envies plein la tête. Mais au même moment, le studio aux grandes oreilles prévoit de racheter Lucasfilm et, avec cette boite de prod, le grand récit space-opera de ce siècle : Star Wars. Les similarités entre les deux œuvres sont telles, qu’avec diverses idées et volontés, Disney décide de volontairement saboter son John Carter, dont la sortie en 2012, cent ans après sa création, avait pourtant été confiée à un ponte de l’animation, dont c’est le premier (et à cette heure le seul) film live : Andrew Stanton. Auteur de génie au sein du studio Pixar, fort des succès du Monde de Nemo et de Wall-E, Stanton se voit donc confier un immense film pour son passage aux prises de vues réelles, puisque le budget de John Carter est estimé à 265 millions de dollars. Un chèque en bois et une prise de risque calculés pour Disney, qui y voit d’abord le début d’une nouvelle franchise, avant d’y voir beaucoup de limites, très bien listées dans l’ouvrage analytique fouillé de Michael D. Sellers, nommé John Carter & the Gods of Hollywood. Une sortie auto-sabotée donc, autant pour réintégrer Stanton dans l’écurie Pixar que pour laisser de la place aux mastodontes que sont le premier film Avengers, sortant à peine deux mois plus tard, et l’annonce prochaine d’une nouvelle trilogie Star Wars, qui n’était pas prévue jusqu’alors.

Mais qu’en est-il du film en lui-même ? Et en quoi est- il intéressant dans notre étude du studio Disney ? Je vais d’abord me pencher sur la seconde question. Il est assez étonnant qu’un studio prenne autant de risques financiers pour lancer une franchise qui n’a qu’une fanbase anecdotique, un pitch déjà-vu et un potentiel de stars quasi nul. Car si au sortir de la magnifique série Friday Night Lights, Hollywood semble vouloir faire de Taylor Kitsch une star. Mais les choix du pourtant excellent acteur s'avèrent être des échecs après échecs. Un second rôle qui promettait à plus dans le désastreux premier film Wolverine, le premier rôle de Battleship (l’adaptation très Transformers de la bataille navale - oui oui), la pourtant excellente plantade commerciale d’Oliver Stone Savages, et donc l’échec retentissant de John Carter : Taylor Kitsch enchaîne les fours, et voudra relancer sa carrière avec la deuxième saison de True Detective, mais c’est ni plus ni moins qu’une catastrophe artistique. Pas de bol. À ses côtés, Lynn Collins, qui était elle aussi dans Wolverine, interprète Dejah Thoris, la fameuse princesse de Mars, mais est vite mise aux oubliettes d’Hollywood… Cela met le doigt sur un paradoxe certain chez Disney : historiquement c’est un studio orienté vers la jeunesse, avec notamment l’animation, et une inclinaison familiale. Mais qui prend tout de même des risques certains, jusqu’à ce que ces risques se retrouvent dans le passage d’autres produits à vendre, d’autres impératifs commerciaux. Parce que le commerce est roi avec eux, quoiqu’on en dise. Ils préfèrent sacrifier un énorme film, pour que dix autres explosent tout, dans des événements pop-culturels, des moments de liesse collective mondiale, comme ils ont su le faire avec ce pourquoi ils ont sacrifié l’adaptation d’Edgar Rice Burroughs : Avengers et le MCU en général d’un côté, les Star Wars de l’autre. Et après le cas similaire de The Lone Ranger l’année suivante, cela marque un tournant dans l’Histoire de Disney, qui ne fera plus de sitôt des paris de cet acabit. Ou en tout cas s'en servira pour le justifier.

Pour répondre à la question du film en lui-même, c’est simple : c’est un bon film. Un super divertissement d’abord, produit avec un savoir-faire indéniable et des effets visuels qui ont bien vieillis, mais avec les limites qu’on a déjà abordées : on reconnaît les tropes d’Avatar et de Star Wars, dérivés eux-mêmes d’autres récits tels que Pocahontas par exemple. Mais le plaisir que provoque cette aventure de science-fiction est certaine, tant le film est fait avec talent et passion, avec un acteur qu’on aurait aimé voir élever au rang de star qui lui était destiné, et une magnifique partition de Michael Giacchino (Up, Star Trek) dont les thèmes arabisants sont bien sentis, mais aussi les envolées de cordes qui rappellent les meilleurs moments de Lost. Et puis voir un film aussi gros lancer une potentielle nouvelle franchise, c’est tellement exaltant pour un fan de SF, que John Carter est un plaisir enfantin. Peut-être d’ailleurs un chouia trop maintenant que de la SF hardcore et rugueuse est faisable dans d’autres studios, comme on a pu le voir avec le Dune de Denis Villeneuve (là encore, l’œuvre originale de Frank Herbert lui doit beaucoup). Mais que nenni, j’ai pris autant de plaisir à revoir le film que je n’en ai eu à l'époque de la découverte, il y a maintenant 10 ans.