LE MENU (critique)

Sorti aujourd’hui, Le Menu est l’un des films les plus attendus de la semaine. Pauline Lecocq vous en dit plus sur PETTRI.

Synopsis : Un couple se rend sur une île isolée pour dîner dans un des restaurants les plus en vogue du moment, en compagnie d’autres invités triés sur le volet. Le savoureux menu concocté par le chef va leur réserver des surprises aussi étonnantes que radicales...

Avec ce résumé alléchant et la bande-annonce surprenante qui suivait, Le Menu faisait monter la sauce (oui ce papier va comporter des jeux de mots pourris, vous êtes prévenu.e.s !) comme il se doit. Quel en est le résultat ?

C’est un film dont l’intrigue, le lieu et le temps sont resserré.e.s, faisant clairement référence à la règle des trois unités du théâtre classique (unité d’action, unité de temps, unité de lieu). En effet, il se déroule en quelques heures sur une île et comporte un début in medias res qui fait que l’on est constamment attentif aux moindres indices que le scénario nous donne sur les personnages.

Par le biais du thriller et du jeu de massacre, le long-métrage propose différentes métaphores. La première est sur l’art (de la cuisine) que l’on ne peut s’empêcher de rapprocher à un discours cynique sur l’industrie cinématographique. Dans un deuxième temps, c’est aussi un film sur la lutte des classes : l’équipe de cuisine versus les clients, même si les frontières sont peut-être plus poreuses qu’elles ne semblent l’être au premier abord. Malin et bien orchestré, Le Menu convainc par son efficacité et sa noirceur. Le discours sur l'art est un réchauffé (sic) peut-être, ou en tout cas manque de subtilité pour totalement nous embarquer mais le discours sur la lutte des classes se révèle lui plus convaincant. L'art de la cuisine avec ses codes est respecté à la fois dans le fond (l’intrigue se déroule entièrement dans un restaurant) et la forme (un menu avec ses différents plats en guise de chapitre en termes de montage).

Quant aux acteurs, toutes et tous impeccables et ce jusque dans les petits rôles, on tient à souligner l’interprétation magistrale de Ralph Fiennes qui, en surface un homme charmant et élégant, est absolument terrorisant. Anya Taylor Joy (Beth Harmon sans ses échecs) est comme d’habitude excellente, tout comme Nicholas Hoult et Hong Chau. On retient aussi des acteurs qu'on n'avait pas vu au premier plan depuis un moment comme Janet McTeer, John Leguizamo et Paul Adelstein. Arturo Castro, qu'on avait remarqué dans The Broken Hearts Gallery et Narcos, tire aussi son épingle du jeu. La réalisation de Mark Mylod (metteur en scène des comédies Ali G et Sex List, puis de six épisodes de Game of Thrones !) est très efficace, mais l’on retient surtout le script assez brillant de Seth Reiss et Will Tracy avec un humour noir délectable et de nombreux rebondissements, ainsi que la magnifique photographie et le montage sans temps morts. Le Menu est donc un jeu de massacre culinaire, auquel on peut peut-être lui reprocher sa facilité ou son côté vain, mais c’est surtout un film tout à fait jouissif et cynique qu'on vous recommande.