• Jofrey La Rosa

LE LIVRE DE BOBA FETT (critique)

Annoncée à la fin de la saison 2 de The Mandalorian, cette série dérivée sur un personnage secondaire culte de la saga Star Wars devait être un événement. Malheureusement, Le Livre de Boba Fett en a déçu plus d’un.e. La critique est évidemment sur PETTRI.

Par ici, nous étions déjà très mitigés sur The Mandalorian. Sous prétexte d’une réappropriation de l’univers en forme de space-western, Jon Favreau et Dave Filoni déployaient tout un catalogue de motifs fan-service qui allaient dans une direction encore plus niche que ce qu’avaient fait Abrams et Johnson sur la postlogie. Ils avaient même réintroduit le personnage de Boba Fett, censé être mort dans Le Retour du Jedi, juste pour pouvoir aligner leur “nouveau” héros à son modèle. Sauf que ce nouveau Boba Fett, vieillissant et ayant perdu la ligne ne convainquait pas du tout. Mais bon, comme la deuxième saison de The Mandalorian ne servait qu’à introduire de nouveaux personnages pour leur filer des séries pour remplir les serveurs de Disney+, pas de surprises donc de découvrir dans une scène post-générique l’annonce du Livre de Boba Fett, série dédiée au personnage cultissime de L’Empire contre-attaque. Menée par Temuera Morrison et Ming-Na Wen, la série évolue autour de la conquête du pouvoir de Boba, qui tente de reprendre le contrôle sur les terres où régnait jusqu’alors Jabba le Hutt et Bib Fortuna.


La série est une fois encore menée par Favreau et Filoni, mais aussi réalisée par un metteur en scène qui était venu tester le Volume (la technologie permettant à la série d’être tournée quasiment entièrement en studio) en saison 2 de Mando : le vieux roublard Robert Rodriguez. Auparavant farouchement indépendant (Desperado, Sin City), fraîchement acoquiné avec James Cameron (Alita : Battle Angel), il se délecte désormais dans les grosses productions télé pour Disney. Et les premiers épisodes qu’il signe sont tout bonnement un enfer. Ce n’est que lorsqu’il laisse un peu de place à d’autres qu’il se passe enfin quelque chose. Une simple impression ou un acharnement fortuit ? Rien n’est innocent. Lorsque Steph Green ou Kevin Tancharoen viennent écumer respectivement les épisodes 2 et 4, rien de bien foufou, toujours cette intrigue politico-mafieuse à Tatooine, mais lorsque Bryce Dallas Howard et Dave Filoni s'attèlent aux épisodes 5 et 6, le niveau est bien meilleur, sans aucune comparaison possible avec les purges que sont les quatre épisodes précédents. Le hic ? (parce qu’il y en a un)


Ce ne sont pas des épisodes de la même série. On a simplement affaire à la suite des aventures de Din Djarin, le Mandalorien. Boba est totalement absent du cinquième épisode, tandis qu’il apparaît de façon muette dans le sixième. Voilà voilà. Il ne nous manque pas cela dit. Donc assez chiant de le retrouver dans l’épisode d’après, on y avait pris goût. Heureusement que c’est le dernier. Parce qu’à la base, l’attrait de Boba Fett c’était surtout son super costume, et son antagonisme avec Han. Pas plus. Il n’avait que de rares répliques dans les films originaux. Et maintenant on sait qu’il n’en méritait pas plus. C’est dit. Mais ok j'arrête de bitcher. Enfin non… C’est quoi ce plot device sorti de nulle part de l’épice ? Et puis de l’épice-drogue sur une planète ensablée ? Vraiment ?! Cette année en plus ?!


Les seuls moments d’émotion sont dûs à la relation entre Mando et Grogu, ou en rappel à ceux de films précédents. Le syndrôme “tu te rappelles?” a encore frappé. Et il est encore plus putassier qu’ailleurs. Et bien que le rajeunissement de Luke soit bien mieux foutu ici qu’il ne l’était dans le finale de The Mandalorian il y a un an, ça m’a encore une fois sorti de l’intrigue, d’autant plus qu’on nous amène par étape à ce personnage, par annonces et anticipations, d’autres personnages (R2D2, Ahsoka). Et pourtant, les seules émotions sont dues soit à ces moments “tu te rappelles?” ou à un bout de caoutchouc animé par un marionnettiste. Parce que pour les non-initié.e.s, ce genre de moments, comme la fin de cet épisode 6 avec l’arrivée du mercenaire Cad Bane, ne signifient rien. Pire, il les exclut complètement, dans un suspense et une révélation confus qui ne peuvent parler qu’à un cercle bien fermé. Pas du tout l’idée première de Star Wars, désolé…


Est-ce qu’on parle de la course-poursuite à mobylettes de l’épisode 3 ? Non. Du parkour sur Tatooine ? Non plus. Dans l’ultime épisode, Rodriguez nous donne ce qu’on a envie de voir : un climax d’action à toute cette intrigue politique inintéressante et balourde. Du coup, grosses bastons, ça tire, ça explose, des monstres mangent des gens. Ok cool, enfin du bon de la part du réalisateur de Planet Terror. Sauf que tout est filmé et monté au ralenti, limitant l’impact du tout, rendant lourde une action qui aurait gagné à être davantage coup de poing. Dommage… Et encore une fois, Mando et Grogu prennent la lumière, et on conclut même le show sur eux et leur mignonnerie.

Le résultat des courses c’est que ce Livre de Boba Fett est une jolie déception, tant redevable de sa série-mère que vide de contenu et de sens. Et quand elle n’a rien à raconter, tant qu’elle s’empresse de retrouver de réels héros ailleurs, tout en jouant sur la nostalgie malsaine de certains spectateurs. Pas recommandable du coup…

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