• Jofrey La Rosa

IRON MAN (critique)

Nous démarrons en grande pompe nos #MARDIMARVEL, durant lesquels la rédaction PETTRI vous propose une rétrospective du Marvel Cinematic Universe. Nous inaugurons aujourd’hui les films de cet univers partagé avec le premier, datant de 2008 : Iron Man.

À l’époque, Iron Man a fait l’effet d’une bombe. Pourtant, c’était un pari risqué pour Marvel, alors au bord de la ruine et qui faisait son va-tout avec cette adaptation d’un des (super)héros dont il leur restait les droits, mais assez peu connu du grand public : Iron Man. Il ne fallait pas moins qu’un acteur tel que Robert Downey Jr, pourtant sur le retour après une période de disette dans sa carrière suite à ses excès personnels (drogues et alcool). Il est revenu au top en 2004 avec Kiss Kiss Bang Bang de Shane Black, puis en 2007 avec Zodiac de David Fincher, mais c’est bel et bien le succès (espéré) d’Iron Man qui le propulse de nouveau sur le devant de la scène. Pourtant, le réalisateur Jon Favreau pensait plutôt à Sam Rockwell au premier abord pour prêter ses traits à Tony Stark, le génie milliardaire qui endosse le costume de l’homme de fer. Mais c’est donc Downey Jr qui est casté, et le reste n’est qu’Histoire avec un grand H.


Mais pour ce qui est du film Iron Man en lui-même, qu’en est-il ? En renvoyant le film aux prémices d’une phase 4 (l’équivalent de saison pour la “série” MCU), revoir ce premier volet étonne et consterne en même temps. L’étonnement provient de la simplicité et de la qualité formelle du récit. Rien en trop, rien ne dépasse, tout est utile, que ce soit pour des questions narratives ou de caractérisation, sans pour autant qu’on ne s'impressionne à quelque moment que ce soit. Pourtant les effets spéciaux numériques n’ont pas trop vieilli dans l’ensemble, et on appréciera le fait qu’il y ait encore beaucoup d’effets en dur. Un étonnement aussi sur le propos déjà ambivalent de la saga, qui cherche à dédiaboliser son protagoniste vendeur d’armes en lui donnant une conscience, mais créant par la même occasion une machine de guerre commerciale que Marvel déploiera et se servira même pour une acquisition par la firme aux grandes oreilles. Pas simple du coup.

La consternation est à la fois là dedans, dans le peu qu’on mettait dans un film de super-héros pour impressionner le spectateur au début de cet Univers, le climax étant une rapide séquence de baston entre Tony et une version un peu plus grande de son armure, qui trouve sa conclusion dans un fameux faisceau lumineux vers un ciel nocturne. Et pour arriver jusque là, l’origin story de cette dite-armure (plus que Tony Stark, qu’on découvrira davantage par la suite) est somme toute rapide et une succession de montages de construction, d’échecs et de réussites, pour arriver à un premier acte superhéroïque, puis par les convoitises d’un antagoniste un peu scolaire interprété par un Jeff Bridges qui en fait des caisses -- et qui ressemble étrangement à Thanos, celui-là même qui mènera Tony à la mort. Mais la consternation vient d’ailleurs aussi. Le film a parfois des vibes Michael Bay. Dans le traitement du playboy sans cœur qu'interprète Downey Jr d’abord, avec toutes ces magnifiques jeunes femmes peu vêtues, mais aussi des placements de produit peu subtils (Audi j’attends mon chèque) et un évident parallèle avec ce qui occupait le réalisateur d'Armageddon à l’époque : la saga Transformers. Sorti un an avant Iron Man, le premier volet de la franchise robotique a littéralement tout cartonné. Ce film était lui aussi produit et distribué par Paramount, et on y retrouve certains éléments tonaux et visuels, surtout dans le dernier acte, plus encore quand Tony et Obadiah se battent dans leurs costumes robotiques.


Mais toute cette entreprise à l’économie (de moyens et d’ambition) repose sûrement sur le fait que Marvel fait un peu un coup de poker avec ce film : un superhéros peu connu du public mainstream (jusqu'alors, ce sont des Spider-Man, des Batman, des Superman, des X-Men, qui envahissent les salles de cinéma), interprété par un acteur sur le retour, réalisé par un Jon Favreau plus habitué à d’autres genres. En effet, le réalisateur est aussi un acteur, qui n’a mis en scène qu’un film indé (Made), une comédie de Noël (Elf) et une aventure pour enfants type Jumanji (Zathura). C’est sans compter sur le nez du chef d’orchestre de toute cette maison, autour de qui le MCU va s’articuler : Kevin Feige. Cet immense fan de comics est la pierre angulaire de tout l’Univers partagé. Il était déjà associé à nombre de titres de l’écurie Marvel au cinéma depuis X-Men (2000), mais c’est sa complicité avec Avi Arad, alors à la tête de Marvel, qui va le conduire à gérer l’avenir au cinéma de Marvel Studios. Depuis, il est considéré comme le showrunner indétrônable de ce MCU. Mais au moment d’Iron Man, rien de tout ça n’était tout mâché. Et la scène post-générique (qui deviendra un gimmick incontournable de la saga) mettant en scène un Samuel L. Jackson affublé d’un cache-œil et d’un trois-quart en cuir noir est un game-changer. Parce qu’elle ouvre à plus, et surtout, en introduisant Nick Fury dans ce premier film d’une nouvelle IP (intellectual property, soit une œuvre préexistante), elle promet à terme une réunion entre superhéros de l’Univers. Mais en définitive, même si on apprécie la photographie en pellicule par le maestro Matthew Libatique (chef op de Darren Aronofsky entre autres), Iron Man fait pâle figure à côté de ce que peut sortir la maison Marvel de nos jours. Reste une entrée en matière très propre et correcte, mais qui fait plus pilote de série où on tâtonne et teste des choses, certaines seront gardées et creusées, d’autres abandonnées (des recasts seront d’ailleurs opérés : Terrence Howard et Gerard Sanders).

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