• Amandine Thieulent

HARRY POTTER ET LE PRISONNIER D'AZKABAN (critique livre)

Dans le cadre des MARDI POTTER sur PETTRI, la rédaction revient sur la célèbre saga de livres écrits par J.K. Rowling. Cette semaine, place au troisième opus (et un des meilleurs) : Harry Potter et la Prisonnier d'Azkaban.

Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban est le troisième volet de la saga Harry Potter. En parallèle avec la croissance de son héros, cet épisode des aventures de notre jeune sorcier gagne en maturité. Sans se parer encore de noirceur, l'atmosphère s'alourdit et le mystère pèse à nouveau sur Poudlard. Avant d'entamer sa troisième année à Poudlard Harry apprend qu'un dangereux criminel nommé Sirius Black s'est échappé de la forteresse Azkaban, et s'est lancé à sa recherche. Pourquoi ? Que lui veut-il ? Harry l'ignore encore. La rentrée scolaire se déroule sous tension, et sous haute surveillance ; celle des redoutables gardiens de la prison d'Azkaban.


Le roman commence comme les deux premiers ; nous retrouvons Harry durant les vacances d'été chez son oncle et sa tante. Ceux-ci attendent la visite de la sœur de l'oncle Vernon, la tante Marge. Celle-ci se trouve être encore plus dure, agressive et intolérante que le reste de la famille Dursley réunie. Pour la première fois Harry perd son sang-froid et le contrôle de ses pouvoirs dans un chapitre mémorable où il tient tête à Marge, la faisant gonfler comme un ballon, si bien qu'elle s'envole. Suite à quoi Harry s'enfuit de chez son oncle et sa tante. Cette scène marque l'entrée de notre héros dans l'adolescence. En effet, dans ce tome, Harry apparaît plus impulsif, voire parfois agressif. Mais également plus enclin à vouloir passer du bon temps avec ses amis sans se préoccuper des conséquences (on pense à ses promenades clandestines à Pré-au-Lard). Harry se retrouve dans la rue à la recherche d'un endroit où se réfugier, il aperçoit dans l'ombre un gros chien noir. Apparition qui sera récurrente au cours de l'année scolaire, et qui selon le professeur Trelawney, professeur de divination ne serait autre que le Sinistros ; créature annonciatrice de mauvais présage et de mort. Une sombre menace pèse alors sur notre héros.


Après ce début de roman explosif, J.K Rowling nous plonge à nouveau dans son univers magique. Harry, tout comme les lecteurs.trices, rejoint le monde des sorciers par le « Magicobus » ; un moyen de locomotion pour les sorciers. L'auteure enrichit ici son univers grâce aux détails du quotidien. Les lecteurs.trices retrouvent « le chemin de traverse » où Harry vivra seul pour la première fois. Il y passe quelques semaines insouciantes à contempler « l'éclair de feu » en vitrine, à manger des glaces qui ne fondent pas, à observer les va-et-vient des sorciers qui font leur shopping et à croiser des camarades de classes. C'est un vent de fraîcheur et de liberté qui souffle sur ce chapitre, Harry comme les lecteurs.trices sont toujours émerveillés par la magie de cette rue. Et pour la première fois de sa vie, notre héros parvient à apprécier la solitude, dans le monde auquel il appartient. Il sera rejoint au bout de quelque temps par la famille Weasley, de retour de voyage en Egypte (ils ont gagné à la loterie des sorciers), et Hermione. Une ombre vient s'ajouter au tableau lorsque Arthur Weasley, la veille de son retour à l'école, apprend à Harry que Sirius Black, le tueur fou qui s'est évadé durant l'été est à sa recherche.


Avant même d'atteindre l'école, à bord du Poudlard Express, l'atmosphère générale de la suite du roman est lancée ! Nos trois sorciers se retrouvent face aux Détraqueurs à la recherche de Sirius Black. Ce sont des créatures des ténèbres considérées comme parmi les plus abjectes dans le monde des sorciers. Sous leurs longues silhouettes encapuchonnées (non sans rappeler les nazgûls de Tolkien), ils se nourrissent de la joie humaine. Aspirant par leur unique bouche sans visage toute trace de bonheur. Ils ne répandent que tristesse et désespoir autour d'eux. Ils sont les gardiens de la prison des sorciers Azkaban et ont le pouvoir si cela est nécessaire « d'embrasser » leur prisonnier. C'est-à-dire d'aspirer leur âme hors de leur corps. (J.K Rowling à travers le personnage d'Albus Dumbledore fortement opposé à la présence des Détraqueurs politise son roman pour la première fois et met en place une réflexion sur les conditions de détention dans le monde des sorciers). A leur contact, Harry perd connaissance et entend pour la première fois la voix de ses parents. A plusieurs reprises, Harry est amené à revivre leur assassinat par Voldemort, ainsi que le sort qu'il lui a lui-même jeté (scène d'autant plus sombre que nous apprendrons dans le dernier tome de la saga, que Harry est en train d'assister à sa propre transformation en Horcruxe). Le personnage de Harry se complexifie alors ; au traumatisme et la douleur d'entendre ses parents supplier Voldemort et de chercher à le protéger avant de mourir, s'ajoute le plaisir de les entendre pour la première fois, de connaître enfin leur voix, et l'espoir de les entendre à nouveau. C'est une nouvelle tentation vers les ténèbres pour notre héros. Cette troisième année à Poudlard se déroule donc dans un climat anxiogène, imposé par la présence des « détraqueurs » postés autour de l'école pour l'année.


Harry se retrouve une fois de plus la risée de ses camarades : menés par Malefoy, les autres élèves se moquent de sa sensibilité, et de sa vulnérabilité. Il décide alors de combattre ses démons, et sa faiblesse face aux « détraqueurs », grâce à l'aide du nouveau professeur de défense contre les forces du mal, Remus Lupin. Celui-ci organise des sessions de travail particulières avec un « épouvantard ». C'est une créature qui se niche dans les endroits clos et sombre et qui se transforme en plus la plus grande peur de celui ou celle qui la regarde. Lors d'un précédent cours, le professeur Lupin craignant que l'épouvantard ne prenne l'apparence de Voldemort avait créé une diversion. Mais Harry contrairement à ses condisciples n'est pas effrayé par des phobies irrationnelles telles que des araignées (c'est le cas de Ron). Son « épouvantard » prend donc la forme d'un « détraqueur ». Harry est donc effrayé par le désespoir, la noirceur, et la peur elle-même. Et in fine par son propre côté sombre dont il assiste à la création encore et encore à chaque fois qu'il s'évanouit. Il trouvera la force de s'en détacher par la magie avec les contres-sorts « ridiculus » et son « patronus » (un cerf). Le mal est combattu par le rire, le ridicule, et la joie. Ce sont des valeurs bienveillantes auxquelles se raccroche Harry depuis le premier roman, et qui le sauvent systématiquement. Les souvenirs heureux qui lui permettent de créer un « Patronus » ont toujours une rapport avec sa famille, ou ses amis. Relations qu'il privilégie avant tout, suivant ainsi l'exemple de sa mère qui s'est sacrifiée par amour.


L'amitié est d'ailleurs au centre de ce roman. En grandissant les personnages et leurs relations évoluent. Ainsi, les rapports entre Ron et Hermione, eux aussi entrant dans l'adolescence, se font plus conflictuels. Comme chat et chien, ils se disputent beaucoup, de même que leurs animaux de compagnie. On assiste aux prémices de la jalousie qui annonce un changement à venir dans leur relation, et qui accentue le sentiment de solitude de Harry. En effet, contrairement aux romans précédents, la structure de celui-ci est composée d'une multitude de sous-intrigues qui ne font que rapprocher, ou se confronter notre trio. Ce sont des récits d'un quotidien adolescent qui rythme le roman, cherchant presque à nous faire oublier la menace qui pèse sur Harry. On y découvre le personnage de Cho Chang pour qui Harry développe son premier béguin. Mais également le village de Pré-Au-Lard. Le seul village d'Angleterre constitué à 100% de sorciers, avec ses confiseries qui font rêver et son célèbre bar des Trois Balais où déguster la fameuse Bièraubeurre. Tout est sens dessus dessous à Poudlard ; l'auteure alterne les conflits entre les personnages au rythme des attaques de Pattenrond (le chat d'Hermione) sur Croûtard (le rat de Ron), et les réconciliations au rythme des évanouissements de Harry, et des sorties scolaires (grâce à la fameuse carte du Maraudeur qui lui permet de voir en temps réel où se trouve les gens dans l'école). Notre trio montre malgré tout une loyauté sans faille, et fait front commun lorsqu'une autre amitié est menacée. En effet, Hagrid a été nommé professeur de soins aux créatures magiques. Lors d'un de ses cours, Buck l'hippogriffe s'en prend à Malefoy. Une plainte est déposée et Hagrid est menacé de licenciement, et Buck de décapitation. Ce sont Harry, Ron et Hermione qui aident Hagrid à préparer sa défense en vue d'un jugement. À nouveau, J.K Rowling glisse ici une nouvelle réflexion politique sur la peine de mort, qui trouvera son dénouement à la fin du roman en laissant la vie sauve à l'hippogriffe.


L'amitié qui lie nos trois héros sera juxtaposée à une autre. En effet, le professeur Lupin n'est d'autre qu'un ancien ami très proche du père de Harry. C'est avec nostalgie qu'il regarde évoluer notre trio, et qu'il fera quelques confidences à Harry sur son père. Lunard, Patmol, Queudver et Cornedrue formaient un quatuor rebelle et toujours prêt pour l'aventure. Ils sont d'ailleurs les créateurs de « la carte du Maraudeur », ainsi que des « animagi » : sorciers capables de se transformer en animaux. (James Potter, Cornedrue se transformait en cerf, comme le Patronus de Harry). Il ont tous les quatre fait les 400 coups à Poudlard, souvent contre Severus Rogue scolarisé en même temps qu'eux. Harry pense comprendre enfin la haine que lui voue son professeur des potions, plus féroce que jamais dans ce tome : de la vengeance.


Néanmoins, et pour la première fois, les amitiés et les relations entre les personnages sont remises en question dans ce roman. Un ombre jetée sur le manichéisme présent depuis les deux premiers tomes : il est question ici de trahison. Harry en apprend plus sur la mort de ses parents. Lily et James Potter étaient protégés par le sortilège de Fidelitas. Sirius Black était leur gardien du secret, et la seule personne à savoir où ils étaient cachés, et à pouvoir en révéler la localisation. C'est après cette trahison que Voldemort s'est rendu à Godric's Hollow pour les assassiner. Suite à la disparition de Celui-Dont-On-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, Sirius Black serait devenu fou et aurait assassiné dans la rue, de sang froid des dizaines de moldus, et un sorcier : Peter Pettigrow, aka Queudver, et un de ses amis les plus proches. Or, après une longue succession de péripéties, la vérité éclate vers la fin du roman lors de révélations fracassantes comme l'auteure n'en avait encore jamais mis en scène. Harry, Ron et Hermione se retrouvent face à Sirius Black qui n'était autre que le gros chien noir apparu à plusieurs reprises au cour de cette troisième année. C'est après avoir repéré Croutard sur une photo dans la Gazette du Sorcier dans un article sur le voyage de Ron et sa famille que Sirius s'est évadé sous sa forme de chien. En effet, Peter Pettigrow était le gardien du secret des parents de Harry. C'est lui qui a trahi James et Lily Potter, puis a fait croire à son propre assassinat par son ami de toujours. Les apparences sont ici trompeuses et Harry apprend que la confiance peut être brisée. Lui qui se raccroche toujours à ses amitiés sera parfois pris de doutes et luttera pour ne pas les remettre en question.


La transformation du professeur Lupin en loup-garou crée la panique, et Queudver s'enfuit. Sirius est arrêté et embrassé par les détraqueurs (s'ajoute le lourd sujet de l'erreur judiciaire à la politisation du roman) et les lecteurs.trices foncent vers une fin catastrophique qui ne leur est pas familière. Hermione dévoile alors son grand secret : un Retourneur de Temps qui lui a permis de suivre les multiples cours qu'elle a choisi pour cette année scolaire. Hermione et Harry retournent donc dans le passé afin de sauver Sirius et d'arrêter Queudver. D'une pierre deux coups ils parviendront même à sauver Buck l'hippogriffe. Le thème du temps est en filigrane de façon très subtile dans ce roman, de part le mystère de l'emploi du temps d'Hermione : dès le début de l'année Ron s'interroge sur les options qu'elle a choisies et qui semblent impossibles de suivre simultanément. Celle-ci apparaît et disparaît à maintes reprises sans explications au cours de l'année scolaire. C'est un mystère que Ron ne parviendra pas à percer. D'autant qu'il est préoccupé par la détérioration de l'état de santé de son rat, qui ponctue les mois passés à l'école. Amaigri et perdant ses poils au fil du temps : la question de son âge improbable sera plusieurs fois abordée également. De plus, des liens ténus avec le passé font souvent surface dans l'intrigue à travers les souvenirs de Rogue (James lui avait tendu un piège le guidant directement vers le repère de son loup-garou d'ami, avant de lui sauver la vie) ou de la nostalgie et la mélancolie de Lupin qui revoit James à travers son fils. Ce saut dans le temps, confère à nouveau à Harry son statut de héros. Il est l'auteur du sortilège Patronus (plus puissant que jamais) qui sauve Sirius de l'arrestation (et donc plus tard du baiser du détraqueur). Il se sauve lui-même (et les autres) en faisant face à son propre passé, et à ses failles puisqu'il avait échoué à accomplir ce sortilège la première fois. Il apprend donc de ses faiblesses et en sort grandi. Permettant à Sirius de s'enfuir sur le dos de Buck. Aucun n'est innocenté, mais tous deux gardent la vie.


Ce troisième tome tout en subtilité et en demi-teinte bouscule les croyances et l'ambiance générale de la saga. Des créatures néfastes et menaçantes apparaissent du début à la fin du roman : épouvantards, détraqueurs, hippogriffes, loups-garous, le monde des sorciers est déshumanisé et s'éloigne quelque peu du nôtre. De plus, nos jeunes héros se retrouvent face à de nombreuses injustices qu'ils peinent à combattre. De l'erreur judiciaire concernant Sirius à celle de Buck (sur un mensonge de Malefoy), à l'évasion de Croûtard ; ils sont presque impuissants. Ce sont des thèmes lourds, trop gros pour leur épaules qui les forcent à grandir brutalement. Les codes changent ; le bien triomphe à nouveau, mais discrètement. Il faut se contenter de sauver la vie de deux innocents sans que la victoire soit complète et qu'ils soient blanchis. Tout n'est plus noir ou blanc : la confiance devient un enjeu car elle peut être brisée, y compris par des amis. Les conséquences de la disparition de Peter Pettigrow seront lourdes à porter ; les lecteurs.trices l'ignorent encore, mais J.K Rowling nous introduit ici le personnage qui sera responsable du retour de Voldemort, grand absent de ce roman. Comme le calme avant la tempête. Malgré cela Harry ne se laisse plus déborder par le désespoir, il a appris à faire face à ses peurs. Il a rencontré son parrain, Sirius Black, qui lui a proposé, quand la vérité sera rétablie, de venir vivre avec lui. Pour Harry, c'est une lueur d'espoir vers une vraie vie de famille qui l'aidera à supporter un nouvel été chez les Dursley.

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