• Amandine Thieulent

HARRY POTTER ET LE PRINCE DE SANG-MÊLÉ (critique livre)

Dans le cadre des MARDI POTTER sur PETTRI, la rédaction revient sur la célèbre saga de livres écrits par J.K. Rowling. Cette semaine, place au sixième opus : Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé.

Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, sixième opus de la saga Harry Potter, traduit de l'anglais par Jean-François Ménard, sort en France en Juillet 2005. Une fois encore c'est un record de vente historique : 800000 exemplaires vendus en 24h en France. Bien avant l'ère de Game of Thrones, c'est une véritable course contre la montre qui s'installe chez les lecteur.rice.s du monde entier afin d'éviter d'être spoilé. La fin de la saga arrive à grands pas, et le dénouement de l'intrigue se précise.

« Dans un monde de plus en plus inquiétant, Harry se prépare à retrouver Ron et Hermione. Bientôt, ce sera la rentrée à Poudlard, avec les autres étudiants de sixième année. Mais pourquoi le professeur Dumbledore vient-il en personne chercher Harry chez les Dursley ? Dans quels extraordinaires voyages au cœur de la mémoire va-t-il l'entraîner ? »

À l'instar du premier et du quatrième tome, le sixième roman de J.K Rowling s'ouvre sur le monde des moldus. Le nouveau premier ministre d'Angleterre reçoit la visite inopinée du ministre de la magie Cornelius Fudge. Celui-ci vient présenter son successeur Rufus Scrimgeour dans le cadre de sa passation au pouvoir. C'est aussi l'occasion de faire le point avec le ministre moldu sur l'état de guerre imminent qui menace le monde des sorciers. En effet, le ministère de la magie a enfin reconnu le retour de Voldemort. Sa tentative de nier les faits a coûté sa place à Fudge, jugé inapte à faire face en situation de crise. Les deux sorciers informent le premier ministre moldu que Voldemort recrute son armée de Mangemorts ; kidnappant ou assassinant tous ceux qui refusent sur son passage. Malgré les dispositifs mis en place pour la sécurité de tous, les moldus se retrouvent eux-aussi en danger. L'auteure nous plonge dès ce premier chapitre dans la tension et l'ombre qui plane sur l'Angleterre. Le danger est imminent et national, et non plus domestique ou personnel comme il l'était dans les précédents tomes.


J.K Rowling crée la surprise chez les lecteurs.trices en incorporant un autre chapitre mystérieux. Nous retrouvons Narcissa Malefoy (mère de Drago Malefoy) et Bellatrix Lestranges chez Severus Rogue. Sous la pression exercée par Bellatrix, Rogue accepte de passer un serment inviolable (le sorcier ensorcelé qui n'exécute pas son serment meurt) ; celui-ci devra assister ou remplacer Drago Malefoy dans une tâche qui lui a été assignée. Dans l'enthousiasme de voir enfin le personnage de Rogue prendre de l'ampleur, les lecteurs.trices n'ont alors aucune idée que vient de se sceller sous leurs yeux le plus gros rebondissement de la saga. Une aura de mystère plane autour de celui-ci depuis trop longtemps. Pourquoi Dumbledore accorde-t-il sa confiance à ce personnage détestable et suspect ? Harry a-t-il raison de se méfier ? Depuis le premier jour, une aversion réciproque s'est installée entre Harry et son professeur. Celui-ci ne manque jamais une occasion de le tyranniser en classe. Le voici à présent en train de passer un pacte avec les Mangemorts. On pressent déjà que ce tome répond à de nombreuses questions laissées en suspens sur son compte.


Une fois les enjeux narratifs et l'atmosphère générale exposés, J.K Rowling entraîne enfin son public pour un retour chez les Dursley. Une fois n'est pas coutume, nous retrouvons Harry au début de l'été. Il attend une étrange visite : celle de Dumbledore ! Celui-ci lui a annoncé par lettre qu'il viendra le chercher chez son oncle et sa tante, avant de l'emmener passer l'été chez les Weasley. Sa foie en Dumbledore ayant été éprouvée lors du roman précédent Harry n'a pas daigné préparé ses affaires, convaincu que celui-ci ne viendra pas. Encore une fois l'auteure incorpore subtilement un enjeu du roman, la confiance. Harry saura-t-il pardonner à Dumbledore la distance qu'il lui a imposé dans le tome précédent, et se fier à lui dans sa tentative de détruire Voldemort ? Après un remontage de bretelles bien mérité pour les Dursley, Dumbledore emmène Harry en mission. Il doit convaincre un ancien professeur, Horace Slughorn, de reprendre son poste à Poudlard. J.K Rowling introduit rapidement un nouveau personnage au récit, mettant ainsi les lecteurs.trices en alerte sur l'importance de celui-ci. Horace Slughorn est un personnage discutable aussi attachant qu'hypocrite : il aime par-dessus tout la renommée et la popularité. Il crée des liens particuliers avec des élèves brillants, ou déjà célèbres. Il s'intéresse à la lumière des projecteurs qui peut rejaillir sur lui ; comment ce réseau peut lui être profitable et lui apporter des cadeaux de toute sorte. A contrario, il n'a que faire des élèves “lambdas” auxquels il n'accorde aucune attention. Trop tenté d'ajouter Harry Potter à sa collection, il accepte le poste, et rejoint ainsi le staff de l'école en tant que professeur des potions (échappant ainsi aux mangemorts car Voldemort cherche à le recruter pour ses grandes facultés de maîtres des potions). Une fois cette mission accomplie, Dumbledore envoie Harry profiter de ses vacances au Terrier. Mais pas avant de lui annoncer qu'il donnera à Harry des cours particuliers cette année. Dumbledore modifie sa stratégie contre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom en gardant Harry au plus près de lui. Il sait reconnaître ses failles, et apprend de ses erreurs passées. Il apparaît ainsi plus humain, plus faillible. En effet, Harry et Dumbledore seront amenés à passer beaucoup de temps ensemble tout au long de l'année scolaire, renforçant le lien et la confiance qui les unis. J.K Rowling fait de Dumbledore un personnage à part entière avec ses émotions et ses réflexions propres, et s'écarte ainsi du sage omniscient qui semblait avoir toutes les réponses à chaque fin de roman.


Pour ce sixième tome, J.K Rowling change de stratégie narrative, moins d'action, moins de description, on se concentre sur les émotions, la psychologie et les relations entre les personnages. C'est le temps de l'amour à Poudlard ; les personnages sont ramenés à leur condition d'élèves en pleine croissance face à des émotions aussi insondables que l'amour. Harry développe une attirance pour Ginny Weasley, donnant lieu à un combat intérieur ne voulant pas risquer son amitié avec Ron, ou un autre membre de la famille Weasley. Attirance qui se transforme en amour donnant lieux à quelques épisodes lumineux, véritables lueurs d'espoir où se réfugier au milieu de la noirceur qui guette notre héros. Ron connaît également ses premiers émois auprès de Lavande Brown, sa camarade de classe. Hermione en revanche s'isole amère et se replie sur elle-même. Tout le récit est ponctué par les jalousies et les conflits entre les deux personnages. Les non-dits présageant le tournant que pourrait prendre leur amitié. De plus, J.K Rowling confère un rôle très spécial à Hermione dans cet opus. Celle-ci étant inscrite à la Gazette du sorcier, elle rythme le roman de nouvelles du monde extérieur. Meurtre, disparitions inquiétantes, phénomènes inexpliqués, elle tient un rôle d'oiseau de mauvais augure, essentiel pour maintenir Harry concentré sur sa tâche à venir, et informer les lecteur.trice de la situation politique hors de l'école. Voldemort sème la terreur et progresse vers le pouvoir, Harry doit s'investir davantage dans sa préparation au combat. La presse, quant à elle, encense à nouveau Harry. Elle le présente comme le survivant, l'élu, celui qui précipitera la chute de Voldemort. Les journaux ne font que deviner la prophétie dont Harry fait l'objet, et n'hésitent pas, malgré tout, à le propulser à ses risques et périls sur le devant de la scène. J.K Rowling termine ici sa critique des médias, en soulignant leur hypocrisie.


L'année scolaire à Poudlard se passe calmement. Notre trio approche de la majorité (17 ans chez les sorciers) et apprend à transplaner. On sent que leurs études approchent de leur fin, et qu'ils sont désormais, à peu de choses près, des sorciers accomplis. L'auteure se concentre sur ce qui sera (on l'ignore encore), notre dernière année de cours à Poudlard. Le Quidditch revient également sur le devant de la scène : cette année Harry est le capitaine de son équipe et emmène son équipe vers la victoire. Gryffondor gagne enfin le tournoi ! Tout est mis en place pour un joyeux au-revoir à l'école. Mais Poudlard ne serait pas Poudlard sans quelques mystères. En effet, depuis le début du roman, Harry surveille de près Drago Malefoy dont le comportement est très suspect. En parallèle, des événements étranges se produisent. Ron est empoisonné (et sauvé de justesse par Harry), Katie Bell (camarade de Gryffondor et membre de l'équipe de Quidditch) frôle la mort après avoir touché un collier d'opale ensorcelé. Harry est convaincu de la culpabilité de Malefoy (il le provoquera en duel et blessera celui-ci grièvement). D'autres croient en la présence d'un Mangemort infiltré dans l'école. Néanmoins, contrairement aux romans précédents, Harry, Ron et Hermione ne se lancent pas à sa recherche, et n'enquêtent pas sur ses évènements mystérieux. Dans ce tome, J.K Rowling se repose sur les bases qui ont fait le succès de sa saga. Elle met en exergue des moments de vie quotidienne dans lesquels les lecteur.trice.s se reconnaissent, distillés avec parcimonie entre deux leçons avec Dumbledore, mais toujours avec imagination et humour. Les cours se mélangent ainsi aux entraînements et matchs de Quidditch, et les vacances se déroulent chaleureusement chez les Weasley, (ponctuées de visites au magasin de farces et attapes des jumeaux Weasley). Le tout parsemé de péripéties amusantes dont l'enterrement d'Aragog (l'araignée géante amie d'Hagrid du second tome), les visites surprises de Dobby, ou encore Ron ingurgitant à son insu un filtre d'amour.

Ce sixième tome est un récit qui s'écrit au passé. Il est nécessaire pour se projeter dans le futur de se plonger dans les origines du mal, de le comprendre pour en discerner les faiblesses et s'y opposer. Un réel lien professeur/élève se crée entre Dumbledore et Harry, grâce à une confiance réciproque restaurée. Au cours de ses aventures précédentes Harry s'est formé à la magie et s'est découvert en tant que personne à part entière. Maltraité chez les Dursley, il s'est découvert des amis, une famille, l'amour. Il a également affronté la douleur, la colère et la perte. Il est passé par de nombreuses étapes qui ont forgé son caractère, et fait évoluer son personnage en maturité. La confrontation à la mort d'un proche et au deuil étant la dernière étape de son apprentissage face aux épreuves de la vie. Harry est prêt. Il est temps à présent de rentrer dans la bataille et de chercher à combattre son ennemi juré. Pour se faire, Dumbledore l'entraîne dans la Pensine, sur les chemins de la mémoire. Tout au long du roman, ils voyageront tous deux dans les souvenirs de personnes ayant croisé le chemin du jeune Tom Jedusor. Ils reconstruisent son parcours sur les chemins du pouvoir et de la noirceur. Chapitres ô combien fascinants ! Les similitudes entre Harry et Voldemort sont frappantes ; tous deux orphelins, rejetés, et tenus éloignés du monde de la magie. Mais parallèlement, plus le jeune Tom Jedusor s'enfonce dans l'histoire de sa famille, le ressentiment et la noirceur, plus Harry fait la paix avec son passé et aspire à une vie heureuse et paisible dont il a eu un aperçu dans ses moments passés avec Ginny. Malgré tout, ses leçons ne seront pas suffisantes pour percer le secret du seigneur des ténèbres. Celui-ci ne réside plus que dans la mémoire du professeur Slughorn, trop honteux pour avouer la vérité à Dumbledore. Les cours de potions prennent alors une place particulière dans le roman, Harry essaye de se rapprocher de son professeur afin de récupérer son souvenir. Encore plus étonnant, pour la première fois, Harry excelle dans ce domaine à l'aide d'un livre de potion découvert au fond de la classe.


Le manuel avancé de préparation des potions récupéré par Harry appartenait à un ancien élève qui se surnommait lui-même “le prince de sang-mêlé”. De par les inscriptions et annotations ajoutées sur chaque page du manuel, on en déduit que le prince de sang-mêlé était un élève brillant, capable d'améliorer les potions inscrites dans le manuel, et de créer ses propres sortilèges. Hermione, partiellement jalouse du succès de Harry en classe ne cessera de le mettre en garde contre ce livre dans lequel Harry se plonge dès qu'il a un instant. Notre trio, tout comme les lecteurs.trices, s'interroge sur l'identité de cet ancien élève mystérieux, et sur l'importance qu'il accorde à son rang dans la société magique. Harry est également « un sang mêlé » mais ne s'en est jamais préoccupé. Le prince aurait-il des préjugés racistes? Après tout, Voldemort lui-même était très bon élèves et “un sang mêlé”. De plus, le titre du roman indique par lui-même que ce personnage est important, les lecteurs.trices sont donc à l'affût d'indices sur l'identité de celui-ci. Or, contrairement à ses habitudes, J.K Rowling ne donne aucun moyen à son public d'enquêter sur ce personnage virtuel. En effet, ce n'est qu'à la fin de ce tome que l'action s'accélère avec pour paroxysme la révélation de l'identité du prince de sang-mêlé : Severus Rogue ! Le professeur hargneux, secret et renfermé est sans doute le dernier sorcier auquel les lecteur.trice.s auraient pensé. Cette révélation choque d'autant plus qu'elle arrive à un moment crucial du récit ; J.K Rowling fait le choix audacieux de tuer un de ses personnages principaux.


Dumbledore et Harry parviennent à percer le secret de Voldemort. Après avoir observé le petit Tom Jedusor se refermer sur lui-même et se jeter dans ses recherches sur ses origines. Ils l'ont vu sombrer dans la haine et le ressentiment, développant très tôt un attrait pour la magie noire et la vengeance. Allant jusqu'à changer de nom afin de renier ce qu'il est, ce qu'il déteste : un sang-mêlé. Ses recherches l'ont conduit à retrouver son moldu de père, qui avait abandonné sa mère pour morte à l'aube de son accouchement (auquel elle ne survivra pas). De là, née l'obsession de Voldemort pour le sang pur. Durant ses années à Poudlard, Voldemort gagne en puissance et commence à s'entourer de camarades provenant de familles renommées, au sang pur, qui deviendront plus tard ses Mangemorts. Le souvenir du professeur Slughorn confié à Harry révèle que le jeune Tom Jedusor lui a un jour demandé la définition, et, comment parvenir à créer un Horcruxe. C'est un objet dans lequel un sorcier dissimule une partie de son âme afin de tromper la mort. C'est un acte hautement maléfique rendu possible par le plus noir des faits : le meurtre délibéré. Le premier assassinat volontaire comis par Voldemort sera celui de son père, dont il récupérera la chevalière afin d'y cacher la première partie de son âme. Grâce à ses recherches, Dumbledore découvre qu'il existe pas moins de sept horcruxes, dont l'un était le fameux journal intime que Harry a détruit en seconde année. Ensemble, Harry et Dumbledore partent à la recherche d'un des fameux Horcruxes, Dumbledore ressort de cette épreuve vainqueur, mais diminué. Les lecteurs.trices découvrent alors que les Mangemorts ont réussi à infiltrer Poudlard en l'absence de Dumbledore, avec l'aide de Drago Malefoy devenu Mangemort à son tour. Celui-ci incapable de tuer le directeur de l'école, malgré ses tentatives tout au long de l'année, et désarmé par Harry, se fait doubler par Rogue qui assassine Dumbledore sous les yeux de notre héros, exécutant ainsi son serment inviolable.


C'est le choc ! Le dernier bastion de l'équilibre entre le bien et le mal s'effondre. Celui qui organisait la résistance contre l'avancée du mal, celui qui guide et entraîne les sorciers dans la lutte meurt. Son rôle de professeur est arrivé à terme, il a légué son savoir à Harry qui a à présent toutes les clés en main afin de détruire Voldemort. Il est l'élu, le seul en pouvoir de tuer Voldemort, et le seul à savoir comment faire : détruire les sept horcruxes afin de rendre Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom mortel à nouveau. C'est un pari osé de la part de l'auteure, laissant une lourde charge sur les épaules de son héros. Elle se sépare d'un personnage iconique de sa saga au moment même où son public obtient les réponses qu'il souhaitait sur un des personnages les plus mystérieux de son univers. Cette non-fin sonne comme un commencement puisque le plus dur reste à faire. Harry doit accepter ses responsabilités de héros et le destin qui l'attend : il retournera chez les Dursley un dernier été (en attendant que la marque qui permet de le localiser imposée aux sorciers mineurs soit levée), puis prendra la route vers la chasse aux horcruxes. Il sera heureusement toujours accompagné de Ron et Hermione dans sa tâche. Les lecteurs.trices prennent alors conscience que ce dernier roman s'annonce différent, hors de l'enceinte de Poudlard, mais qu'il promet des aventures et un combat épique.

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