• Amandine Thieulent

HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU (critique livre)

Dans le cadre des MARDI POTTER sur PETTRI, la rédaction revient sur la célèbre saga de livres écrits par J.K. Rowling. Cette semaine, place au quatrième opus (et encore une fois un des meilleurs) : Harry Potter et la Coupe de Feu.

Harry Potter et la Coupe de Feu est le quatrième volet de notre saga Harry Potter. À sa sortie en juillet 2000, c'est une déferlante dans les librairies françaises. La Pottermania bat son plein, et des soirées spéciales pour la sortie du roman sont organisées un peu partout en France et à travers le monde. Traduit de l'anglais par Jean-François Ménard, le format de ce quatrième tome surprend les lecteurs.trices. En effet, l'édition originale comprend pas moins de 784 pages ! Pressenti comme un tournant dans la saga, on ne peut que se demander quelles aventures attendent notre sorcier préféré.


Pour leur quatrième année à Poudlard, une grande nouvelle attend notre trio de choc : la tenue du tournoi des trois sorciers ! Événement exceptionnel à Poudlard auquel participent des délégations étrangères. Un vent d'excitation souffle sur l'école et les élèves se réjouissent... Trop vite : le nom de Harry sort de la Coupe de Feu le soir des sélections. À contrecœur, il est nommé champion de Poudlard. Qui a mis son nom dans la coup de feu ? Pourquoi ? Et quels dangers va t-il devoir affronter ?


Harry Potter et la Coupe de Feu s'ouvre sur un chapitre important : “La maison des jeux du sort”. Les lecteurs.trices suivent un vieux moldus qui assiste à un événement étrange. Les lecteurs.trices avisés reconnaissent la présence de la magie, et un protagoniste : Queudver ! Celui-ci a fait son apparition dans le tome précédent. Ainsi que le nom de Jedusor (apparu lors du 2éme tome), dont toute la famille aurait été retrouvée morte dans cette bâtisse. Il est cependant impossible d'identifier les autres protagonistes, et de les connecter à la scène à laquelle on assiste : des voix (dont une glaciale s'élève d'un fauteuil) parle d'un événement auquel une personne devra participer, rien de plus. Le chapitre se clôt au réveil de Harry, et les lecteurs.trices comprennent qu'ils ont assisté pour la première fois à un rêve du héros. Notion qui aura toute son importance dans les tomes à venir. L'auteure incorpore ici un indice massif sur le lien qui unit Harry à Voldemort, élément essentiel à la construction générale de l'intrigue. Mais le véritable tour de force de J.K Rowling est de nous faire oublier ce chapitre en continuant à nous émerveiller tout au long de ce quatrième tome.


En effet, l'auteure reprend la construction classique que nous connaissons à présent par cœur. On retrouve Harry chez son oncle et sa tante durant l'été, peu avant la sortie scolaire. Néanmoins, afin de ne pas lasser son public, J.K Rowling incorpore un nouvel ingrédient à la saga : la compétition ! Avant même la rentrée scolaire, Harry est invité par la famille Weasley à assister à la finale de la coupe du monde de Quidditch qui oppose l'Irlande à la Bulgarie. C'est une véritable déferlante de magie qui s'abat sur Harry et les lecteurs.trices ! On y découvre un camping de sorciers : le ministère ayant pris toutes les précautions pour qu'aucun moldu ne se trouve à proximité, les sorciers laissent libre court à leur excitation en attendant le match. L'auteure nous plonge encore une fois dans un enchantement de découvertes : les balais volants à 20cm du sol pour les enfants, les multiplettes (lunettes qui permettent de zoomer ou de revoir une action en autant qu'on le souhaite), les tentes/château avec des tourelles. C'est dans ce joyeux capharnaüm que nos trois héros vont rencontrer des camarades de classe, pour la première fois en dehors de l'école, mais c'est aussi le moment que choisit l'auteur pour introduire de nouveaux personnages : Cédric Diggory (déjà entre aperçu dans le 3eme tome lors d'un match de Quidditch), Barty Croupton, Ludo Verpey, Victor Krum, etc... Beaucoup de membres du ministère, introduits par Arthur Weasley et qui laissent sous entendre le fonctionnement du gouvernement magique, les idées qu'il défend, et ses faiblesses. C'est également le retour des Elfes de maison, à travers le personnage de Winky, et de rencontres avec de nouvelles créatures magiques comme les Farfadets ou les Vélanes (créature à l'apparence humaine capable d'attirer tous les hommes). C'est aussi l'extension du monde des sorciers à l'internationale, en effet cet événement attire les sorciers du monde entier : on y découvre de nouvelles tenues, de nouvelles monnaies de sorciers, de nouveaux langage. Tout se confond et se mélange dans un tourbillon ensorcelant qui ne prendra fin qu'après la fête pour célébrer la victoire de l'Irlande.


Harry est réveillé en pleine nuit par des bruits d'explosions, et Arthur Weasley qui leur demande d'évacuer la tente pour aller se mettre en sécurité. Apparaissent ainsi les redoutables Mangemorts. Les partisans de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, disparus depuis 14 ans. Encore une fois, l'auteure introduit les dérives dans le monde de la magie en se calquant sur le nôtre. Lors d'un événement mondial, un groupe sectaire engendre un attentat contre une famille de moldus. En effet, ils ont pris en otage et humilient publiquement la famille du propriétaire du champ dans lequel se situe le campement des sorciers. Les agents du ministère interviendront à temps pour qu'aucun autre mal ne soit fait à cette famille. Mais pas avant que les Mangemorts apposent la marque des ténèbres dans le ciel pour revendiquer leur acte avant de s'enfuir. Celle-ci représente un serpent sortant de la bouche d'une tête de mort. Message funèstre qui revendique un assassinat perpétré à la volonté ou par Voldemort lui-même.


Par une nouvelle habileté de l'auteure, le froid jeté sur la coupe du monde est vite oublié. L'effervescence créée par le tournoi des trois sorciers entraîne les élèves et les lecteurs.trices vers de nouvelles aventures riches en péripéties qui vont rythmer le roman. Trois épreuves dans lesquelles s'affrontent les champions de trois écoles européennes ponctuent l'année à Poudlard, et brisent la monotonie des cours qui aurait pu lasser le public. Le laissant, au même titre que les élèves, dans l'expectative de la prochaine épreuve. Avec l'arrivée des délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang, J.K Rowling introduit encore de nouveaux personnages dont la plupart seront récurrents dans les prochains tomes : Fleur Delacour, Madame Maxime, Alastor Maugrey dit Fol-Œil. Les champions de chaque école seront sélectionnés par la Coupe de Feu : chaque élève de plus de 17 ans sera autorisé à soumettre son nom dans la coupe, celle-ci recrachera impartialement le nom de trois d'entre eux. Les champions entrant dans le concours seront amenés à repousser leurs limites et à se confronter à eux-mêmes autant qu'à leurs adversaires. Les épreuves sont des tests d'habiletés, de facultés magiques, de confiance en soi, et de réflexion : un vrai rite de passage à l'âge adulte au sein d'une quête initiatique.


Harry est mystérieusement sélectionné pour afin de participer au tournoi : ses camarades de classe (à quelques exceptions près) lui tourneront de nouveau le dos, puisqu'il n'a pas l'âge requis et devient le concurrent direct de Cédric Diggory, l'autre champion de Poudlard. Isolé, Harry doit repousser ses limites s'il veut survivre à chaque épreuve. Hermione organise pour lui un rythme d'entraînement intensif tout au long de l'année. Cet opus est central car c'est ici que les personnages, et plus spécifiquement Harry, passent par une phase d'apprentissage magique et émotionnel, avant d'entamer le combat ultime contre Voldemort en personne. Notre trio progresse donc en sortilèges et contre-sorts, mais leur courage et leur loyauté seront également testés. À travers les trois épreuves rythmant cette année à Poudlard, Harry sera tour à tour face à de nouvelles créatures surnaturelles : dragon, sirène, phoenix. J.K Rowling ne change pas de recette et continue de nous émerveiller en nous faisant découvrir de nouveaux aspects de son univers, sous-marin par exemple. De plus, en dehors de la compétition (qui prend des aspects de jeux olympiques de la magie), l'auteure soigne les nombreuses péripéties de la vie à l'école tout en y incorporant encore les sous-textes politico-sociaux qui ajoutent une profondeur et une crédibilité à son univers.


Quelques amourettes voient le jour entre nos adolescents, le béguin de Harry pour Cho se développe, et il se retrouve en rivalité avec Cédric Diggory, son concurrent direct dans le concours, le triangle amoureux Hermione/Ron/Victor Krum entraîne des jalousies et des tensions. Et le bal de Noël est une jolie parenthèse propice aux premiers émois : les adolescents s'apprêtent pour rejoindre leur partenaire, et les lecteurs.trices du même âge peuvent s'y projeter. Les personnalités s'affirment, Ginnie Weasley devient enfin un personnage à part entière, Harry est plus sûr de lui, Ron va jusqu'à se brouiller avec Harry, et Hermione va encore plus loin dans ses convictions. Dans ce tome, et suite aux retrouvailles inattendues avec Dobby, nous découvrons les conditions de travail des elfes de maison au sein même de l'école. Seul Dobby est salarié et demande quelques jours de congés : ce qui provoque la colère d'Hermione, et la création de la S.A.L.E (la société d'aide à la libération des elfes). Autre élément important, en découvrant la pensive dans le bureau de Dumbledore (objets magique qui permet d'archiver ses souvenirs et de s'y replonger quand on le souhaite), Harry assistera à plusieurs procès magiques. La justice, déjà remise en question dans le tome précédent, est à nouveau sur la sellette, car il s'agit ici de délation, et de condamnation (à tort ou non) des anciens partisans de Voldemort après sa disparition. Harry y découvre le sort qui a frappé les parents de Neville Londubat (torturés jusqu'à la folie), et pour la première fois l'existence d'agents doubles. Ce sont des indices importants pour la suite de la saga. La Pensine va devenir un élément central de sa formation pour lutter contre Voldemort. Nous l'apprendrons bien plus tard, un agent double reste actif tout au long de nos aventures à Poudlard. La loi des sorciers est également abordée. On découvre que la pratique de la magie est encadrée, et qu'elle n'autorise pas tout : les trois sortilèges interdits sont présentés aux élèves à l'un des rares cours du roman auxquels on assiste. Les sortilèges de l'Impérium (contrôle de la personne), de l'Endoloris (torture physique) et l'Avada Kedavra (sortilège de mort subite) sont interdits et passible de prison pour les sorciers qui les pratiquent. C'est également le moment du roman ou le statut de Harry en tant que “celui qui a survécu” est rappelé aux lecteurs.trices. Puisqu'il est le seul n'avoir jamais survécu à l'Avada Kedavra, n'en conservant que sa célèbre cicatrice.


Dans ce quatrième tome, les lecteurs.trices retrouvent également une atmosphère plus légère que dans l'opus précédent sur lequel planait une menace étouffante. Dans celui-ci, J.K Rowling a réincorporé quelques notes d'humour légères en phase avec les mœurs des adolescents : les jumeaux Weasley tentent (évidemment !) de participer au tournoi mais, leur potion de vieillissement se retourne contre eux, l'elfe Winky se saoule à la bière au beurre, Ron et Harry tentent d'inviter des filles au bal (on ne peut oublier la tenue de soirée ridicule que Ron). Le personnage de Rita Skeeter, aussi caricatural que celui de Gilderoy Lockhart, nous fait autant sourire par ses manières ridicules, qu'elle nous agace par ses interviews impertinentes qui cherchent à ruiner la crédibilité de Harry. L'auteure sème d'ailleurs quelques indices à son sujet, qui permettront aux lecteurs.trices de partir à la recherche de son secret. C'est bien-sur Hermione qui résoudra le mystère : elle est un Animagi qui se transforme en insecte afin d'écouter les conversations de tous sans être vue. À travers ce personnage, J.K Rowling amorce l'utilisation de la presse à des fins de propagande. Cette intrusion de la presse à scandale dans le monde magique n'est qu'un avant-goût de ce qui va suivre.


Ce quatrième roman suit une construction classique : le héros échappe à une succession d'épreuves avant de triompher. Mais alors qu'Harry s'empare du trophée des trois sorciers, (victoire qu'il partage avec Cédric Diggory), les deux garçons sont téléportés dans un autre endroit. Le trophée était un Portoloin (objet du quotidien, pour ne pas éveiller les soupçons des moldus, qui permet aux sorciers de se déplacer instantanément d'un point A à un point B) ! Les deux adolescents se retrouvent alors dans un cimetière près de la fameuse “maison des jeux du sort” aperçue au tout début. Impuissant, et aussi hébété que les lecteurs.trices qui n'ont pas vu le coup venir, Harry assiste à l'assassinat de Cédric. Il se retrouve face à Queudver, qui accomplit le rite qui ramènera Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom dans son propre corps. Harry et Voldemort se font à nouveau face, et s'affrontent en duel pour la première fois. Mais les choses ne tournent pas comme le seigneur des ténèbres l'aurait souhaité : au lieu d'assassiner le seul être à lui avoir jamais résisté, les baguettes de Harry et Voldemort se connectent par le sortilège de Priori Incantatum. C'est le sortilège qui fait remonter les derniers sorts lancés par une baguette. Harry se retrouve donc encerclé par les apparitions des dernières personnes tuées par Voldemort, dont ses parents. Nous l'apprendrons plus tard dans le roman, la baguette de Harry et celle de Voldemort sont jumelles, et ne peuvent agir l'une contre l'autre. Détail qui aura son importance dans la suite de la saga. Avec l'aide de ses parents, Harry parvient à s'échapper et à rejoindre Poudlard avec le corps de Cédric.


De retour à l'école, Harry annonce au monde entier le retour de Voldemort. Encore sous le choc, il découvre que le professeur Maugrey n'est autre qu'un Mangemort sous couverture envoyé par Voldemort, sous l'apparence de Fol-Œil grâce au Polynectar. L'intrigue trouve donc son dénouement rapidement : c'est la fin du mystère concernant le premier chapitre, et la participation de Harry au tournoi. Ce dénouement laisse lecteurs.trices et héros (tout spécialement Harry) abasourdis : Voldemort est de retour, mais on ne comprend pas encore très bien ce que cela implique. La rencontre a été brève, inattendue, violente et pleine de rebondissements : l'apparition des parents de Harry en étant le cœur émotionnel, qui encore une fois lui sauvera la vie. Elle est malgré tout la promesse d'un combat palpitant du bien contre le mal. La mort de Cédric marque une rupture avec les précédents romans. Tous les épisodes et aventures sombres ou dangereuses que notre trio avait eu à affronter ne les avait pas préparés à cela, un retour en arrière est impossible face à la mort frontale, gratuite. Cet épisode les propulse directement dans le monde des adultes où la mort est présente, et doit être acceptée comme nécessaire au voyage initiatique de nos héros. La saga s'ancre définitivement dans une nouvelle atmosphère. Le troisième opus se terminait dans une victoire en demi-teinte ; le quatrième s'achève dans la tristesse. L'hommage posthume à Cédric clôt ce roman, et laisse un goût amer, avant la perspective d'un retour chez les Dursley. Harry a tout un été devant lui pour réfléchir à ce qu'implique le retour de Voldemort, et au fait d'incarner celui qui a survécu.

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