• Amandine Thieulent

HARRY POTTER ET LA CHAMBRE DES SECRETS (critique livre)

Dans le cadre des MARDI POTTER sur PETTRI, la rédaction revient sur la célèbre saga de livres écrits par J.K. Rowling. Cette semaine, place au second opus : Harry Potter et la Chambre des Secrets.

Harry Potter et la Chambre des Secrets est le second opus de la saga désormais bien connue Harry Potter. Traduit de l'anglais par Jean-François Ménard. Il est publié pour la première fois en Angleterre en juillet 1998 par Bloomsbury, puis en France par Gallimard en Mars 1999. Dans ce second tome de ses aventures, Harry, après une entrée en fanfare à l'école de sorcellerie Poudlard en voiture volante avec son ami Ron Weasley, se retrouve à nouveau en danger. En effet, la chambre des secrets a été ouverte. « Ennemis de l'héritier, prenez-garde »: inscriptions lugubres sur les murs, chat et élèves pétrifiés, l'école menacée de fermeture... Un nouveau mystère à résoudre s'impose à notre trio de jeunes sorciers préférés.


La construction narrative se calque sur le même modèle que le premier tome. Nous retrouvons donc Harry à la fin de l'été malmené par sa famille adoptive, attendant impatiemment la rentrée scolaire. Bien qu'ayant gagné en confort en quittant le placard sous l'escalier, le comportement de la famille Dursley ne s'est en rien radoucit envers notre héros. Ils iront jusqu'à lui faire nier sa propre existence lors d'un dîner organisé par l'oncle Vernon. C'est au cours de cette même soirée qu'un nouveau personnage, et pas des moindres, fait son apparition ! Nul autre que l'elfe de maison Dobby ! Ce petit elfe défie les lois des sorciers et désobéit à ses propres maîtres (nous l'apprendrons à la fin du roman, la famille Malefoy) afin d'avertir Harry d'un danger imminent. Ce nouveau personnage, sous des dehors attachants, fait entrer le lecteur dans une nouvelle dimension de l'univers magique créé par Rowling : celle de la sphère sociale. Jusqu'à présent toujours apparu comme enchanté, les lecteurs.trices découvrent un monde de la magie peu éloigné du nôtre, en proie aux dérives de luttes des classes. Les elfes de maison servent en effet les familles de sorciers les plus aisées, voire les plus prestigieuses (lignées de sang pur) sans rémunération. Véritables esclaves, la seule façon de leur rendre leur liberté est de leur offrir un vêtement. Leur conditions de travail s'en détériorent ; sans interruption 24h/24 en guenilles sales, souvent une taie d'oreiller (Ces créatures ne sont pas sans rappeler “les brownies” du folklore écossais : petits génies effectuant les tâches ménagères contre un repas. Ils ne peuvent être bannis d'un foyer qu'en recevant un vêtement.) Eux-aussi sont appelés à nier leur propre existence, ils ne sont pas/peu sensés être vus et ne sont pas autorisés à s'adresser aux sorciers, à moins que leur maître ne le leur ordonne. Ces créatures, et plus précisément Dobby, réapparaîtront dans presque chaque opus de la saga (hormis le troisième) ; soumises à la volonté des sorciers, et inconscients de leur situation, travaillant pour le seul plaisir de servir leurs maîtres. (seule Hermione, dans un prochain tome à venir, se souciera de leurs droits).


Au-delà de peaufiner les spécificités du monde de la magie, la rencontre entre Harry et Dobby introduit dès les premiers chapitres l'intrigue de l'ouvrage, et le mystère qui l'entoure. En effet, Dobby est venu avertir Harry qu'un grave danger le menace, et lui demande de ne pas retourner à l'école Poudlard. Chose inimaginable pour Harry, puisqu'il s'y est enfin créé un foyer. Les lecteurs.rices savent déjà que la seconde année à Poudlard ne s'annonce pas de tout repos. Dobby n'aura de cesse dans ce roman de protéger Harry, en tentant de le faire expulser voire de le mettre en danger afin qu'il soit renvoyé chez lui. Cette maladresse fait de lui un personnage teinté d'humour, que sa dangereuse générosité rend profondément attachant.


Après avoir été séquestré dans sa chambre par sa famille de moldus (la maltraitance infantile est encore plus présente dans ce roman que dans le précédent : barreaux aux fenêtres, privation de nourriture, etc..). Harry est secouru par son ami Ron Weasley et ses frères : il s'enfuit donc en Ford Anglia volante, direction “Le Terrier”, la demeure de la famille Weasley. Ce chapitre est particulièrement important pour le développement personnel du personnage de Harry. C'est la première fois qu'il (et que le.a lecteur.rice) découvre le quotidien d'une famille de sorciers. Les objets de tous les jours sont détournés par un habile procédé de l'auteure qui manie à la perfection la fine frontière qu'elle a créé entre les deux univers : une horloge n'indique plus l'heure, elle indique où sont les membres de sa famille (à l'école, au travail, à la maison, en danger, etc...). Les outils de cuisine sont ensorcelés pour que le dîner se prépare seul, les cheminées sont des moyens de locomotion. Le tout rehaussé par le personnage de M. Weasley, fan absolu de l'ingéniosité moldue. En effet, il se passionne par tout ce qui est de l'art de la mécanique et de l'électrique (c'est lui qui a fabriqué la Ford Anglia volante au cours d'une de ses expériences illégales), tous les subterfuges employés par les « moldus » afin de compenser l'absence de magie. Avec cette petite touche d'humour le.a lecteur.rice passe de l'autre côté du miroir ; c'est son monde qui paraît étrange et fantastique. Encore une fois, l'auteure joue avec les codes de son univers avec humour, imagination, et bienveillance.


Ce séjour au “Terrier” est d'autant plus important que la première fois que Harry se retrouve confronté à la notion de famille. Ses parents ayant été assassinés lorsqu'il était bébé, il a été élevé par les Dursley qui n'ont jamais pris soin de lui. Le personnage est complètement étranger aux comportements et émotions de la sphère familiale. Et les Weasley, malgré leur manque de moyens, forment une famille unie et bienveillante. Molly Weasley, personnage particulièrement empathique, est très touchée par l'histoire de Harry. Elle lui ouvre les portes de sa famille, et l'accueille à bras ouverts comme s'il était son propre fils. Elle incarne la mère de famille affectueuse et dévouée au bien-être de ses enfants. Les émotions de Harry sont chamboulées ; teintées de tristesse (l'absence de ses parents se fait ressentir), et de bonheur d'enfin trouver sa place. Ce chapitre est décisif car le personnage reçoit ce qui va le différencier de son ennemi mortel. En effet, au long des épreuves qu'il aura à parcourir, Harry fera toujours des choix guidés par l'amitié, par l'amour et le besoin de protéger autrui. C'est en se créant sa propre famille, et en étant entouré qu'il saura faire face à ses doutes, à ses tentations et à lui-même.


Après une arrivée bien remarquée, le rythme de l'école reprend paisiblement. S'enchaînent alors un nombre de péripéties légères, adolescentes, à l'image des jeunes élèves : les cours, les rivalités entre élèves, les béguins. Apparaît également le personnage du professeur Gilderoy Lockhart, tout à fait décalé, humoristique et ridicule de par son narcissisme surdimensionné et ses maladresses, qui apporte malgré tout un vent de fraîcheur. Il faudra en effet attendre le chapitre 8 : “L'anniversaire de mort”, dans lequel Nick Quasi-Sans-Tête fête ses 500 ans de mort, pour voir apparaître l'intrigue de la chambre des secrets. Miss Teigne la chatte du concierge Rusard est découverte pétrifiée, c'est le début de nombreuses attaques au sein de l'école. Un message ensanglanté est découvert sur le mur près du corps pétrifié de Miss Teigne : « La chambre des secrets a été ouverte. Ennemis de l'héritier prenez garde. »


J.K. Rowling tisse ici les prémices d'une toile dont nous ne comprendrons le dénouement que plusieurs tomes plus tard. En effet, la professeure McGonagall sera poussée par ses élèves à raconter la légende de la chambre des secrets. Pour se faire il s'agit de remonter à l'histoire de la création de Poudlard. Les Lecteurs.rices découvrent donc pour la première fois les 4 fondateurs de l'école : Godric Gryffondor, Salazar Serpentard, Rowena Serdaigle et Helga Poufsouffle. On en apprend plus sur leur amitié, et comment elle fut brisée. Salazar Serpentard exigeait que seuls les sorciers de sang pur soient admis dans l'école, ce que les trois autres ont fermement refusé. Selon la légende, en quittant le château, il aurait caché une chambre des secrets, libérant un monstre que seul son réel héritier serait capable de contrôler. Dans un premier temps, Harry confrontera Malefoy, son ennemi juré à l'école sous l'apparence d'un de ses amis grâce au polynectar (potion qui permet de prendre l'apparence de quelqu'un d'autre), avant d'être lui-même accusé d'être le fameux héritier. C'est en effet, dans ce tome que l'on découvre la faculté qu'a Harry de parler « fourchelang », la langue des serpents. Chacun découvre alors qu'il est lié à la maison Serpentard, ainsi qu'à Voldemort en personne ; les préjugés sur ce dialecte perdurant car Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom en revendiquait la pratique, et son lien étroit avec les sangs froid (possession de leur corps pour sa survie pendant 10 ans, ressemblance physique et son serpent de compagnie à découvrir dans le tome 4, Nagini). Tous ces détails se révéleront d'une grande importance pour la suite de l'intrigue, puisque des morceaux d'âme de Voldemort ont été dissimulés dans des objets ayant appartenu à chacun des fondateurs de l'école.


Notre héros fait donc face pour la première fois (et certainement pas la dernière) au rejet de ses camarades. Encore une fois, l'auteure injecte certaines de nos mœurs dans le monde magique. Les rumeurs, et les moqueries vont bon train dans le monde des sorciers, et encore plus à l'école, chez les adolescents, parfois jusqu'à l'acharnement. Lorsque Malefoy traite Hermione de « Sang de bourbe » (sang impur), Rowling aborde le thème du racisme et de la discrimination anti-moldu. Sujet également traité dans la légende de la chambre des secrets elle-même. Les sorciers provenant de familles moldus, épousant des moldus, ou ayant un rapport de près ou de loin avec les non- sorciers souffrent de discrimination. Celles-ci étant parfois poussées à l'extrême par des activistes anti-moldus (Arthur Weasley travaille au ministère de la magie au service des détournements de l'artisanat moldus. Il est en partie en charge de déjouer les attaques des sorciers contre les moldus. On se souvient des fameuses « toilettes régurgissantes »). La famille Weasley, par exemple, de sang pur, est une ancienne famille de sorciers dite respectable, mais souvent rabaissée et brimée pour l'intérêt d'Arthur pour les moldus, ou les amitiés de ses enfants.


À force d'enquête et de péripéties (journal intime volé, combat contre un basilique, mémoire effacée) notre trio préféré parvient encore une fois à déjouer le danger, et à triompher de cette mésaventure. Harry se retrouve à nouveau face à Voldemort, et en apprend un peu plus sur son ennemi (dont son véritable nom, Tom Jedusor) à travers son journal intime (journal magique qui entraîne Harry dans les souvenirs de son propriétaire) de l'époque où il était lui-même étudiant à Poudlard. Les lecteurs.rices l'ignorent encore, mais se retrouvent d'ores et déjà en présence du 1er des 7 horcruxes qu'Harry sera amené à rechercher et à détruire (objet qui dissimule une partie de l'âme de Voldemort). Harry commence à remarquer des similitudes entre lui et celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, mais parvient déjà à se distinguer et triompher de celui-ci par ses choix, sa loyauté, et son courage. Ce tome s'inscrit donc dans la même veine que le précédent, l'intrigue trouvant son dénouement rapidement vers la fin du roman, et s'achevant par un retour à notre monde, chez les Dursley. Tous les ingrédients indispensables à un bon roman jeunesse sont réunis dans Harry Potter et la Chambre des Secrets : la quête d'identité du héros, l'amitié, les péripéties, l'aventure, l'enquête et les complots, le tout teinté d'humour. La magie opère, et effectue une transition vers une intrigue plus dense, plus complexe et un péril qui se précise.

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