• Amandine Thieulent

HARRY POTTER ET L'ENFANT MAUDIT (critique texte théâtre)

Nous concluons aujourd'hui notre pastille des MARDI POTTER sur PETTRI, durant laquelle la rédaction est revenue sur la célèbre saga créée par J.K. Rowling. Cette semaine, nous nous intéressons à la pièce de théâtre écrite par Jack Thorne, se situant 19 ans après les événements du dernier roman : Harry Potter et l'Enfant Maudit.

Le 30 Juillet 2016, soit 10 ans après la fin de la saga littéraire culte Harry Potter, se déroule la première de la pièce de théâtre Harry Potter and the Cursed Child au Palace Theatre de Londres. Un retour aussi attendu que redouté pour les fans du monde entier. La pièce se tient en quatre actes, elle est écrite par Jack Thorne (grand ami de J.K Rowling), et se base sur une histoire originale de John Tiffany, Jack Thorne et J.K Rowling elle-même. C'est une super production qui ne dure pas moins de 4h30, produite par Sonia Friedman, Colin Callender et Harry Potter Theatrical Productions. Elle est mise en scène par John Tiffany et combine sur scène de nombreux effets spéciaux aux décors de Christine Jones. Cette pièce, présentée comme la 8ème histoire de la saga, sera publiée en Angleterre le 31 Juillet 2016 par Little, Brown & Company, soit le lendemain de sa présentation au théâtre. En France, c'est Jean-François Ménard qui, comme pour les précédents tomes, traduit le texte pour sa publication en Octobre 2016, chez Gallimard. L'action se déroule dix neuf ans après la fin des aventures de Harry Potter. Elle reprend à l'endroit exact où les lecteurs.trices avait refermé le dernier tome ; sur le quai 9¾, où un Harry Potter de 37 ans rassure son fils Albus Severus Potter avant sa première rentrée à Poudlard.


“Être Harry Potter n'a jamais été facile et ne l'est pas davantage depuis qu'il est un employé surmené du Ministère de la Magie, marié et père de trois enfants. Tandis que Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, son plus jeune fils, Albus, doit lutter avec le poids d'un héritage familial dont il n'a jamais voulu. Le destin vient fusionner passé et présent. Père et fils se retrouvent face à une dure vérité : parfois, les ténèbres surviennent des endroits les plus inattendus.”

À la lecture du script, on se rend rapidement compte que ce nouveau format ne correspo à l'univers créé par J.K Rowling. Les nombreuses descriptions présentes dans les romans, qui créaient cette atmosphère si particulière du monde de la magie de par ses détails affluents et débordants d'imagination, sont ici totalement absentes (probablement remplacées par les décors et les effets spéciaux présents sur scène). Il est donc parfois difficile pour les lecteurs.trices de se projeter dans l'action. L'immersion dans cet univers que l'on connaît pourtant si bien est quelques fois laborieuse ; les didascalies étant brèves, vagues et empreintes de neutralité. Il faut bien l'avouer, lire une histoire d'Harry Potter sans la patte de J.K Rowling a de quoi déstabiliser.


D'autant plus que de nombreuses incohérences se sont glissées dans l'intrigue en elle-même. Il semble parfois surprenant que J.K Rowling ait signé pour un projet si peu soigné. Elle qui avait pourtant mis tout en œuvre pour que chaque détail de ses sept romans s'imbriquent à la perfection les uns dans les autres. Ici, pour faciliter le récit, ont créé des raccourcis : une potion que l'on mettait deux mois à fabriquer, se réalise à présent à la va vite. Les retourneurs de temps supposément tous détruits poussent comme des pâquerettes, et leur utilisation diffère totalement de celui rencontré dans le troisième roman. En effet, le plus utilisé du récit ne permet de remonter le temps que quelques minutes avant de re propulser les voyageurs dans le présent contempler les conséquences de leurs actions (Le second permet de rester dans le passé plus longuement, mais également de revenir vers le présent). Celui d'Hermione permettait uniquement de remonter dans le passé de quelques heures pour laisser à nouveau le cours du temps s'écouler naturellement. Formant ainsi une boucle temporelle parfaite et bien pensée lorsque les Harry et Hermione du passé sauvent ceux du présent, ainsi que Sirius Black et Buck l'hippogriffe. Enfin, c'est grâce à l'aide d'une métamorphose aberrante (Harry se métamorphose en Voldemort !!) que le récit trouve sa résolution. Ses incohérences parsemées tout au long du script sont d'autant plus regrettables que le cette histoire s'adresse à un public averti, qui ne peut s'empêcher de les remarquer et sort malgré lui de sa lecture.

Encore plus surprenant, les personnages que les lecteur.trice.s étaient si heureux de retrouver semblent avoir subi un changement drastique de personnalité. On retrouve un Harry à l'opposé de ses convictions profondes : injuste, effrayé, et incapable d'accepter son fils tel qu'il est. On est très loin du Harry des romans qui acceptait la différence d'autrui, et qui affrontait les épreuves avec courage. Celui-ci a peur du noir, et contrairement à ce qu'il a annoncé lui-même dans la première scène de l'acte 1 ne peut accepter que son fils ai été envoyé à Serpentard. Encore pire, il semble écouter les racontars et se fier à eux pour condamner le fils de Drago Malefoy, Scorpius, unique ami de son fils Albus. Harry tente de séparer les deux garçons, à croire que l'emploi du temps du ministre de la justice magique n'est pas assez chargé. Drago Malefoy justement, a lui aussi bien changé, il vient de perdre son épouse, et se retrouve seul à élever son fils. La communication entre père et fils semble impossible. D'autant que de fausses rumeurs présentent Scorpius comme le fils de Voldemort. C'est donc un Malefoy abattu et larmoyant qui ne peut s'empêcher de suivre Harry, Ron et Hermione à la trace. Entre Harry et Drago se crée une nouvelle amitié basée sur leurs échecs en tant que père. Concernant Ron et Hermione, il n'est presque pas question de leur parentalité (Par ailleurs, on se demande où est passé le fils de Tonks et Lupin, Ted, filleul de Harry et supposément scolarisé avec ses enfants). Ron, quant à lui, a hérité du magasin de farces et attrapes des ses frères, ce qui lui a apparemment donné la vocation de clown. Son personnage apparaît comme grotesque, enchaînant blague sur blague tout en étant complètement largué par l'intrigue qui se déroule sous ses yeux. Le couple pudique qu'il formait avec Hermione bascule alors dans la mièvrerie adolescente. Hermione devient tour à tour ministre de la magie, ou rebelle aigrie (conséquences des voyages temporels), dans les deux cas, nous la retrouvons moins avisée, et moins réfléchie. Elle cachera un des retourneurs de temps interdits dans une bibliothèque ensorcelée peu efficace, puisque nos deux adolescents le dérobèrent très facilement. La fougueuse Ginny Weasley perd à son tour de son éclat ; mariée à Harry et mère de trois enfants, elle est complètement effacée, elle n'intervient pas dans les querelles entre Harry et leur plus jeune fils. Elle fait office de figurante au sein de l'intrigue. Enfin, le professeur Rogue fait également une apparition dans une réalité modifiée, il fait figure de martyre, et développe de longs monologues sur l'amour et l'amitié, ce qui même dans un univers parallèle est difficile à avaler le concernant. Son caractère revêche semble s'être évanouie tout à fait. La pièce de théâtre ne relaie donc pas la finesse des personnages créés par J.K Rowling ; afin de gagner du temps et avancer dans l'action, chacun d'entre eux sera stéréotypé et manquera quelque peu de profondeur.


Certaines idées dans le traitement de cette histoire originale restent malgré tout intéressantes. Comme ses deux enfants qui grandissent avec le poids d'un héritage trop lourd. Être le fils de l'élu, celui qui a vaincu celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom (pourtant le nom de Voldemort est sans cesse répété dans le récit, au présent comme dans le passé, faisant fît des craintes qu'il inspirait) n'est pas plus simple que d'être l'héritier de la famille Malefoy, tellement connectée aux pratiques obscures qu'on le croit être le fils de Voldemort. Leur amitié naît de cette souffrance et elle fonctionne, les deux amis sont touchants (tout particulièrement Scorpius qui représente à lui seul la rédemption de toute sa famille) et leur quête pour s'émanciper de cet héritage est juste. On ne peut que regretter qu'elle ne soit pas plus exploitée, presque trois ans passent en quelques pages appuyant d'avantages sur leur conflits père/fils et leur statut d'outsider, que sur les liens que les deux camarades tissent entre eux. Les deux amis se lanceront dans une quête étonnante au bout de quelques années: retourner dans le passé afin de sauver Cédric Diggory, dont le décès leur paraît injuste. Ils tombent ainsi dans un piège tendu par le réel enfant de Voldemort, bien déterminé à faire revenir son père au pouvoir d'une façon ou d'une autre. Là encore, on est en droit de s'interroger sur le pourquoi du comment. J.K Rowling a force de descriptions avait bien insisté sur l'aspect inhumain de son personnage. Lui qui a force de déchirer son âme avait perdu jusqu'à son apparence humaine. Une partie de la noirceur du personnage résidait dans le fait qu'il était au-dessus des désirs et des amours humains. Il est donc presque inconcevable de croire qu'il ai pu avoir un enfant avec Bellatrix Lestrange juste avant la grande bataille de Poudlard (enfant d'ailleurs doté de pouvoir magique incongrue, Delphi vole sans l'aide de balais ni de sortilège).


L'intrigue se met ici au service du fan service. Les retourneurs de temps permettent de revivre certaines scènes que nous sommes ravis de retrouver. Mais aussi de découvrir des moments passés dont nous avons juste entendu parler dans les romans, l'assassinat des parents d'Harry par exemple. Pas moins de six voyages dans le temps sèment la zizanie et nous font redécouvrir le tournoi des trois sorciers sous un autre angle. Ou encore imaginer ce qu'aurait été la vie dans le monde des sorciers si Voldemort avait remporté la victoire. Malgré tout, on se demande s'il n'aurait pas mieux valu partir sur une véritable histoire originale, plutôt que de remuer le passé. L'univers créé par J.K Rowling étant si vaste qu'il offre pléthore de possibilités pour un récit cohérent qu'il soit connecté ou non aux romans. Finalement, ce fan service poussé à l'extrême aura raison de la quête initiale de nos deux jeunes héros, qui resteront les « fils de ». Après avoir vu leurs pères à l'action et regagner leurs statuts de héros dans la résolution de l'intrigue, les deux fils leur concèdent leurs statuts de pères. Ils sont maintenant fiers de leurs origines.


La lecture de Harry Potter et l'Enfant Maudit laisse un arrière-goût un peu étrange perdu entre le plaisir de retrouver un univers et des personnages que l'on connaît si bien, mais qui malheureusement ne semblent être que l'ombre d'eux-même. Malgré ses défauts, il faut garder à l'esprit que ce récit est avant tout dédié au théâtre, et que les moyens mis en place lors de la mise en scène en font (selon les retours du public) une pièce impressionnante et immersive. C'est d'ailleurs un succès puisqu'il faut réserver presque qu'un an à l'avance tant les théâtres de Londres et New York affichent complets.

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