• Pauline Lecocq

HAMILTON (critique)

Dernière mise à jour : nov. 26

Disponible depuis l’année dernière sur Disney+, la comédie musicale de 2015 dont on a tant entendu parler est bel et bien un monument. Pauline Lecocq a enfin vu sa captation et vous en parle.

On ne présente plus cette comédie musicale phénomène créée en 2015 qui a fait le tour du monde (pas sûre qu’on en ait tant parlé que ça en France cependant), récompensée par pas moins de 11 Tony Awards (l’équivalent des Oscars du théâtre américain) et du Prix Pullitzer. Elle revient sur la naissance des Etats-Unis d’Amérique en se concentrant sur sa figure éponyme, Alexander Hamilton, qui fait partie des Pères Fondateurs des Etats-Unis (avec entre autres George Washington, Thomas Jefferson, James Madison) et qui lui vaut d’apparaître sur le billet de 10 dollars. Fait rarissime pour une comédie musicale de Broadway (autre que le fait d’être invité pour chanter à la Maison Blanche), le show a été filmé et est disponible sur la plateforme Disney+.

Loin d’être un exposé pompeux sur l’histoire de la création des Etats-Unis, la comédie musicale va à toute berzingue, n’est pas non plus une hagiographie de son personnage principal, et garde une passion assez magique, le tout porté par des personnages charismatiques et des morceaux incroyables. Il est important de noter que le show est aussi très drôle (surtout via le personnage de King George III), tout en atteignant des sommets d’émotion dans sa deuxième partie.


Le show marque aussi un tournant car prend des acteur.ices noir.e.s, hispaniques et asiatiques pour incarner des figures historiques blanches, toutes immigrantes. Car oui, Hamilton est un orphelin élevé dans les Caraïbes qui va devenir indispensable pour mener son pays à l’indépendance. Ce rappel que les Etats-Unis est une nation d’immigrant.e.s est tout à fait bienvenu, avec un message pro-immigration, surtout pendant et après le mandat de Trump. Miranda s’en est expliqué : "Our cast looks like America looks now, and that's certainly intentional" (« Notre compagnie ressemble à ce qu’est l’Amérique aujourd’hui, et c’est tout à fait intentionnel »). Et tous.tes les comédien.nes sont incroyables : Leslie Odom Jr., Lin-Manuel Miranda (compositeur et auteur), Christopher Jackson, Daveed Diggs, Anthony Ramos, Okieriete Onaodowan, Jonathan Groff, Philipa Soo, Renée Elise Goldsberry, Jasmine Cephas Jones et le reste de la compagnie.

On est aussi proche dans la narration du film Amadeus puisque le show raconte la relation « frènemie » entre Alexander Hamilton et Aaron Burr qui se conclura tragiquement. Burr est d’ailleurs le tout premier personnage à apparaître et rapper sur scène, et le show marrie leur deux points de vue. L’on voit ainsi toutes les recherches que Miranda a fait pour créer son spectacle, allant jusqu’à citer des écrits des figures présentes sur scène dans les paroles de ses chansons. Il n’y a d’ailleurs pas moins de 48 chansons (pour 2 actes) !

Niveau musique, il y en a pour tous les goûts, le genre principal étant le hip-hop mais également avec des morceaux plus soul, R’n’B, pop ou dans la grande tradition de Broadway. C’est la patte Lin-Manuel Miranda, qu’on avait déjà adoré avec son premier spectacle In the Heights (récemment adapté merveilleusement au cinéma avec Anthony Ramos dans le rôle principal d’ailleurs), mélange réussie de musique latino, de hip-hop et de chansons traditionnelles de Broadway. Si son nom de vous dit rien, vous le connaissez pour l’excellente bande-originale du film Disney Moana (Vaiana), et pour Le Retour de Mary Poppins (dans lequel il joue aussi). Le monsieur est aussi passé derrière la caméra pour réaliser la comédie musicale Tick, tick… boom ! avec Andrew Garfield, sorti sur Netflix le 18 novembre. Bref, un génie qu’il faut absolument découvrir si ce n’est pas déjà le cas.


Il faut aussi parler de la mise en scène pour la captation, car il s’agit bien d’un film. Tourné lors de trois représentations en juin 2016, le filmage est excellent car bénéficie d’une échelle de plans variée, que ce soit des plans larges ou plus rapprochés, voire des gros plans qui nous permettent d’avoir accès à toute l’émotion des acteur.ices (chose impossible dans un théâtre quand on est au fond par exemple) et d’être projeté sur scène avec les personnages. Le montage est aussi extrêmement bien fait et fluide, si bien qu’on est complètement absorbé par ce qu’il se passe devant notre écran.

L’autrice de ses lignes n’a pas eu la chance (pour le moment) de voir Hamilton sur scène mais le découvrir via cette version filmée demeure une expérience plus que recommandée, notamment pour être capable de lire les paroles (qui vont parfois à toute vitesse, même quand on comprend l’anglais) via les sous-titres. Cela donne un avant-goût de ce que l’expérience scénique doit donner et l’on a plus que hâte de pouvoir aller au théâtre pour se prendre une nouvelle fois en pleine face cette claque monumentale. Il y a des œuvres dont on vous rabâche les oreilles, pour lesquelles vous avez beaucoup d’attentes et puis quand vous les voyez vous êtes déçu.e.s. Ce n’est pas le cas de ce spectacle riche et dense, alors voyez-le. Car il y a un avant et un après Hamilton. En plus, vous écouterez la B.O. en boucle.


Petit conseil pour finir : si la Guerre d’Indépendance des Etats-Unis vous passionne, on vous recommande fortement l’excellente série Turn (Turn : Washington Spies, 2014-2017, sur OCS, avec Jamie Bell notamment) qui revient sur le réseau d’espionnage appelé The Culper Ring, élément vital pour gagner la guerre contre les Britanniques.


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