GUARDIANS OF THE GALAXY (critique)

Dernière mise à jour : 15 sept.

Dixième film du MCU, Guardians of the Galaxy est un pari osé pour Kevin Feige, qui impose un ambitieux trip dans l’espace entouré de héros peu connus de l’univers. Qui plus est qu’il confie les rênes à un auteur singulier : James Gunn (Slither, Super). Retour sur ce film devenu culte.

Actif depuis le milieu des années 1990 au sein du groupe de comédie Troma, pour lequel il a écrit Tromeo & Juliet, James Gunn est un auteur et réalisateur de comédie plutôt osées comme Tromaville Café ou PG Porn, avant de signer les scénarios des adaptations live de Scooby-Doo (2002 et 2004). Puis il se met à la réalisation de longs-métrages avec le film d’horreur plutôt drôle Slither et le film de justicier ultra-violent avec Rainn Wilson nommé Super. C’est donc une petite surprise, même pour les initié.e.s, quand Kevin Feige, le grand manitou du MCU, lui confie l’adaptation d’un comic-book méconnu du grand public en pleine Phase 2 de son plan mercantilo-artistique pour la saga encore en cours de peaufinage. Ce titre, c’est les Gardiens de la Galaxie, groupe de héros un peu trippy qui ont connu plusieurs versions depuis la fin des années 1960, mais dont la formation la plus connue est celle de 2008, où Star-Lord, Gamora, Groot, Rocket, Drax et d’autres font équipe. C’est de ceux-là que Gunn va s’inspirer pour co-écrire (avec Nicole Perlman) et réaliser ce premier volume, pari aussi risqué que gagnant, puisque le film va non seulement connaître un succès conséquent et surprise, mais aussi créer un certain culte autour de cette franchise dans la franchise.


Mais qu’est-ce que ça raconte au juste, ces Gardiens de la Galaxie ? Sur Terre en 1988, un petit garçon du nom de Peter Quill se fait enlever par un vaisseau extraterrestre juste après avoir perdu sa maman des suites d’un cancer. De nos jours, il a grandi. C’est devenu une petite frappe au sein des Ravageurs, un groupe de mercenaires/braconiers/voleurs/chasseurs de prime mené par Yondu (Michael Rooker), et qui tente de se faire surnommé Star-Lord (Chris Pratt). Par un concours de circonstances, il va se retrouver emprisonné avec Gamora (Zoe Saldana), la fille adoptive et déserteuse du titan Thanos, Rocket (Bradley Cooper), un raton laveur génétiquement modifié doué de parole, Groot (Vin Diesel), un arbre vivant un peu simplet mais puissant, et Drax (Dave Bautista), lui aussi un peu couillon, mais très costaud, et qui cherche sa revanche auprès de l’assassin de sa femme et de son enfant. Un bel assortiment de “a-holes” comme ils disent. Mais cette belle équipe va s’échapper pour retrouver un MacGuffin nommé Orbe, qui s'avèrera contenir une Pierre d’Infinité. C’est en effet dans ce film qu’on va nous expliquer l’origine et ce dont les Pierres d’Infinité sont réellement. C’est aussi dans ce film qu’on nous introduit réellement à Thanos, qui cherche à les réunir depuis la scène post-générique du premier Avengers, on le sait. Ces Pierres seront le MacGuffin principal du MCU jusqu’à la conclusion de l’arc qu’est Endgame.

Dans ce film donc, ce groupe de marginaux mal assortis font équipe, d’abord par appât du gain ou par esprit de vengeance, mais très vite, un sens du bien commun fait surface, et de leur union forcée née une véritable famille. Un beau message, bien construit et bien amené, qui fait la force de l’écriture à la fois maline, drôle et émouvante de James Gunn, qui signe là un des meilleurs films du MCU – à l’époque et encore aujourd’hui. Devant Guardians of the Galaxy, on a toujours l’impression d’avoir affaire à un vrai film, un space-opera foisonnant avec des décors bien foutus, une galerie de personnages complexes et un sens du dialogue, mais aussi une mise en scène capable. Gunn sait y faire, on sent réellement sa patte d’auteur, et pourtant, son film fait partie d’un tout cohérent, rebondi sur certaines choses déjà installées de l’univers, en instaure d’autres, dans un exercice d’équilibriste constant entre sa condition d’unitaire ambitieux et couillu, et d’épisode deluxe d’une saga en perpétuelle construction.


James Gunn impose donc une vision singulière, tout en restant dans les clous imposés par un MCU déjà formulatique. Il fait de ses héros des parias au grand cœur, au casting parfait, entouré de seconds couteaux qui le sont tout autant : Karen Gillan (Nebula), Lee Pace (Ronan, le bad guy du film à la solde de Thanos), Glenn Close (Nova Prime), John C. Reilly (Rhomann Dey), Djimon Hounsou (Korath) et Benicio Del Toro (Le Collectionneur). Côté technique, Gunn s’adjoint les services de qualité de Ben Davis (Layer Cake, Kick-Ass) à la lumière, qui fait un travail remarquable, Fred Raskin (Django Unchained, Fast & Furious 5) signe un montage au diapason et Tyler Bates (Watchmen, John Wick) à la musique, plutôt cool pour un MCU souvent morne de ce côté-ci. Mais c’est bel et bien par ses costumes, ses maquillages, ses décors et ses VFX que le film brille, tous bourrés de trouvailles et très soignés. Bref, une petite bombe technique, en plus d’être une proposition osée et unique dans ce que ça raconte. Les Gardiens de la Galaxie est un super film, une superbe entrée en trombes dans le MCU pour ses héros et un saut radical dans un territoire encore inconnu pour ses spectateurs : l’aventure spatiale décomplexée et fun, mais qui ne manque ni de cœur, ni de sens. Une petite prouesse, en fait…