FUMER FAIT TOUSSER (critique)

Deuxième long-métrage de l’année pour Quentin Dupieux, Fumer fait tousser fait suite au quelque peu décevant Incroyable mais vrai, intéressant mais un peu vain. Ce nouveau film sortira dans les salles françaises le 30 novembre, mais il est déjà sur PETTRI.

Autant prévenir tout de suite, pour coller au film, cette critique sera foutraque. Fumer fait tousser, comme son nom ne l’indique pas du tout, suit plus ou moins le parcours d’un groupe de justiciers en costumes moulants, type Bioman. Ah oui, ils s’appellent les Tabac Force et les cinq membres se nomment Nicotine, Benzène, Méthanol, Mercure et Ammoniaque. Vous pigez le truc ? Bref, après avoir vaincu une tortue en caoutchouc géant, ils sont envoyés en vacances tous ensemble, pour resserrer les rangs au sein du groupe, par leur chef Didier. Sauf que le film ne raconte pas ça. Ou pas que ça, pour être exact. Parce que ça n’étonnera plus personne, Quentin Dupieux est un cinéaste singulier (c’est le moins que l’on puisse dire). Cet euphémisme se vérifie ici avec Fumer fait tousser, dont le jusqu’au-boutisme non-narratif fait office dans sa période hexagonale de ce que Wrong ou Wrong Cops faisaient dans son ère américaine.


Quentin Dupieux n’a rien à dire. Mais il le fait mieux que tout le monde au sein du cinéma français. Dans ce film, il tente d’abord de mettre le spectateur dans la nostalgie de la génération Bioman ou Power Rangers, le tout sur le ton de la comédie parodique comme lui seul sait le faire. Mais au bout d’un premier acte déjà bien chelou, il vient court-circuiter son intrigue par des histoires contées par ses personnages. Et l’on parle bien d’histoires qui n’ont ni queue ni tête, et surtout aucun lien ni même de résonance avec le récit principal. Ainsi, nous découvrons une histoire de couples d’amis en week-end dont un objet mystérieux provoque un slasher méta. Puis on fait la connaissance d’un poisson témoin de crime écologique, avant d’assister à un accident ouvrier dont l’issue n’est pas celle qu’on croit. Cette suite de gags et de sketchs, sans chutes réelles, perturbe la narration première déjà bien perchée, mais vient enrichir un film qui gagne alors en puissance comique et évocatrice. Évidemment, je tairai la folie de ce qui nous est montré, mais c’est surtout la puissance de frappe du casting qui fait mouche.


Quasi synthèse du cinéma français actuel, la troupe d’acteur.rice.s fait plaisir à voir : Gilles Lellouche, Anaïs Demoustier, Jean-Pascal Zadi, Vincent Lacoste, Oulaya Amamra, Doria Tillier, Jérôme Niel, Adèle Exarchopoulos, Grégoire Ludig, David Marsais, Julia Faure, Blanche Gardin, Anthony Sonigo, Raphaël Quenard, Benoît Poelvoorde et Alain Chabat. Un casting XXL pour une comédie sans réel fil conducteur. Ou bien…? Enfin si, peut-être. Comme dit plus tôt, la nostalgie est bel(le) et bien présente, mais jamais mal placée. Dupieux nous livre sa version des Bioman, avec des héros un peu débiles mais sincères, mais aussi sa vision de l’amitié, de la famille et du couple, en plus qu’un pessimisme écolo. Sauf que sa manière d’aborder son sujet est évidemment disruptive, à conter des histoires d’apparence absurdes, mais qu’on pourrait rapprocher d’un récent Trois Mille à t’attendre. À la sauce Dupieux hein. Mais la fin, là encore en suspension, touche au sublime et trouve un parfait équilibre entre l’idiotie brillante de son récit et une intelligence sous-jacente à toute son œuvre. Mais si vous tenez à simplifier le film et avoir une phrase à isoler pour vous convaincre d’aller le voir : ouais c’est marrant, ultra bon délire, allez-y.