EVERYTHING EVERYWHERE ALL AT ONCE (critique)

Film-événement de cette rentrée, courageusement distribué en France par le très récent distributeur Originals Factory, Everything Everywhere All At Once est le nouveau film des réalisateurs de Swiss Army Man. Un succès surprise outre-Atlantique, que nous avons pu découvrir à l’occasion du Champs-Élysées Film Festival.

Question timing, Everything Everywhere All At Once fait fort. C’est un film indé sorti de l’imagination prolifique de deux auteurs qui se font appeler les ‘Daniels’ : Daniel Kwan et Daniel Scheinert. Ils avaient signé l’étonnant Swiss Army Man en 2016, avant de revenir cette année qui, à grands coups de films et séries Marvel, a été grandement marquée par la question du multivers. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avec Everything Everywhere All At Once, on est pile-poil dans le sujet. Mais puissance 1000. Pourtant, c’est au premier abord une simple histoire familiale contant la vie et les déboires d’Evelyn, immigrée chinoise aux États-Unis, qui essuit des problemes fiscaux avec son mari Waymond, doit gérer la laverie dont ils sont les propriétaires, tout en devant accepter l’homosexualité de sa fille Joy. Par dessus le tapis, son père arrive le soir même pour une fête qu’elle organise. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, son mari veut divorcer.


Tout cela est sans compter sur l’arrivée dans sa vie d’Alpha Waymond, une version alternative de son mari, qui lui dit qu’elle doit combattre une antagoniste de son univers, qui risque de détruire tout le multivers. Un sacré programme donc, dans une histoire typique du cinéma indépendant américain, mais avec un concept, un rythme et un univers très riches, dont on présente les spécificités complexes au spectateur à 100 à l’heure et qu’il est difficile de ne pas reconnaître la rareté dans un cinéma occidental un peu morne en terme d’innovation narrative. De plus, le film ne perd de vue l’important : le cœur émotionnel de son récit, Evelyn et sa famille, dans l’histoire à la fois très intelligemment inclusive en termes de représentations diverses, et profondément universelle. Et c’est là que le titre du film prend tout son sens : tout, partout, tout en même temps. Tout le monde peut s’identifier, malgré les barrières et la dureté du concept, qui peut paraître d’abord confus, mais qui prend très vite tout son sens une fois toutes les règles installées.


Mais c’est dans leur mise en scène que les auteurs-réalisateurs transcendent leur scénario déjà bien costaud. Ils appliquent la confusion de leur personnage principal, parfaitement incarnée par la trop rare Michelle Yeoh (exceptionnelle), à une réalisation bourrée de trouvailles et de talent filmique. L'actrice de Tigre & Dragon est secondée par Ke Huy Quan (Demi-Lune dans Indiana Jones et le Temple Maudit), Stephanie Hsu (Mrs Maisel, Shang-Chi), James Hong (Les Aventures de Jack Burton, Mulan) et Jamie Lee Curtis (True Lies, Halloween). Un casting donc très réussi, pour un film foisonnant et bouillonnant d’idées, tant visuelles que narratives, pour donner un spectacle total à un spectateur qu’on respecte de bout en bout, dans une grande lettre d’amour au cinéma, aux personnages et aux histoires. Everything Everywhere All At Once est un miracle de cinéma, aussi généreux que foncièrement beau, émouvant et impressionnant, qui mérite que l’on s’y plonge - et ce plus d’une fois. À voir absolument au cinéma, sur le plus grand écran possible, dans une communion collective.