• Jofrey La Rosa

ETERNALS (critique)

Après l’introduction de Shang-Chi, Marvel nous révèle à nouveau du sang neuf dans l’écurie. Sauf que là, ils sont plusieurs. Ce sont les Éternels et ils ouvrent de nouvelles portes au Marvel Cinematic Universe, en plus qu’être dirigés par une réalisatrice oscarisée : Chloé Zhao. Critique sans spoilers.

Avec Eternals, le MCU ouvre pour la première fois son univers aux Célestes, créatures cosmiques toutes puissantes qui enrichissent drastiquement l’univers en le mettant en perspective d’une histoire immense et infinie, cyclique, prenant le risque de diminuer l’importance de notre timeline, qui semble microscopique au niveau de sa place dans l’Histoire diététique. Les Éternels, ce sont des immortels créés par les Célestes pour protéger la Terre des Déviants, créatures s’attaquant aux Humains depuis la nuit des Temps. Depuis 7000 ans, ils veillent de loin sur les Humains, combattant les Déviants dans l’ombre, ne s’immisçant dans leurs conflits que lorsque ces méchantes bébêtes sont impliquées. Pour le reste, les ordres de leur Dieu céleste Arishem est de les laisser évoluer naturellement, qu’ils apprennent de leurs erreurs et de leurs expériences.


Le film tourne donc autour d’une dizaine d’Éternels, ayant parfois une place mythologique certaine : Ikaris (Icare), Thena (Athena), Sersi (Circé), Gilgamesh… Chacun.e est doté.e de pouvoirs particuliers et au bout de 7000 ans de cohabitation, ils commencent à avoir des relations compliquées. Ainsi, de nos jours, ils sont désormais tou.te.s éparpillé.e.s sur Terre ; Sersi (Gemma Chan) est professeur dans un musée de Londres, et veille sur Sprite (Lia McHugh), jeune Éternelle qui ne grandira jamais. Elle entretient une relation avec un humain du nom de Dane (Kit Harington). Mais alors que les Déviants refont surface, il est temps de reformer l’équipe. Sersi et Sprite vont donc recontacter leurs comparses, au rythme de flash-backs contant leur histoire et leurs exploits, pour sauver la planète d’une fin imminente.


Quand ce projet a été annoncé, un peu casse-gueule, il y avait de quoi s’inquiéter. En effet, la firme de Kevin Feige s’était déjà cassée les dents sur les Inhumans à la télévision, sur un principe similaire. Et les team-ups de super-héros, ça passe ou ça casse. Et quand ils ont choisi Chloé Zhao pour mener la barque, il y avait aussi de quoi s’inquiéter. Certes, la jeune réalisatrice venant du documentaire avait le vent en poupe avec des fictions indées aux succès critique et académique indéniables (The Rider, Nomadland), elle n’en restait pas moins novice dans ce genre de superproduction au sein d’un système dévorant. Et le résultat est mitigé. Parce que donner le job à Chloé Zhao c’est bien, comme Marvel l'a déjà fait plus d’une fois avec d’autres noms issus du cinéma indépendant (Jon Watts, Daniel Destin Cretton, le duo Dayton/Faris…), lui donner le final cut, c’est une autre histoire. Évidemment, on se doutait qu’on allait pas voir un film malickien (le cinéma de Zhao en est grandement inspiré), mais on sent la patte de l’auteure, sans cesse contrariée par un montage plus générique, plus mainstream, fait d’un coverage* très classique.

Toutefois, le style Zhao est bel et bien là, dans la mesure de s’intégrer évidemment dans la formule Marvel, avec son lot d’effets visuels numériques, de scènes d’action et de vannes plus ou moins foireuses. Mais l’histoire de ses êtres tragiques et immortels, leurs maux et leurs relations, sont parfaitement exécutés avec un récit bien mené, dans un “bring the team back together” classique mais efficace. Notamment grâce à la narration en flash-backs successifs, qui nous en apprend plus sur la vie de nos héros, ainsi que sur le savoir plus grand de certains d’entre eux. L’esthétique est elle aussi soignée, éclairée par Ben Davis, qui s’était déjà occupé de plusieurs Marvel, dont Les Gardiens de la Galaxie et Doctor Strange, et qui réussit ici l’exploit de donner vie à des images qui ne dénotent pas dans l’univers visuel si balisé du MCU, mais qui correspondent aussi aux standards des films naturalistes de Zhao. En particulier les lumières rasantes, ces fameuses golden-hour qui parsèment les scènes du film, qui donnent une orée onirique à des discussions entre quasi-dieux, pour lesquels on ressent tout de même de la tension, de l’empathie, de l'intérêt, ce qui ne fonctionnait pourtant pas dans un film tel que The Old Guard par exemple.


Le package Game of Thrones est respecté : outre Richard Madden (Ikaris) et Kit Harington (Dane), le compositeur Ramin Djawadi compose ici des thèmes assez beaux et reconnaissables, inspirés de plusieurs musiques du monde et orchestrales. Tout comme le casting, modèle d’inclusion, avec une représentation positive, avec par exemple un premier couple gay chez Marvel ! En plus, le message du film est plus que louable par les temps qui courent (l’unité fait la force). Au final, toutes les cases du divertissement hollywoodien woke permet au film d’atteindre une belle conclusion et d’apposer sa pierre à l’édifice du MCU, en proposant une autre entrée à l’univers, plus mythologique, plus globale, avec toutefois des aspérités qui le desservent un peu, sans jamais palier au plaisir du spectateur. Reste un beau film fantastique, certes encore trop codifié, mais aussi réussi qu’agréable.


*le fait de couvrir une scène sous plein d’axes pour faciliter et sécuriser le montage

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