• Hugo Gadroy

ENTER THE MATRIX (critique)

Alors que le tant attendu Matrix Resurrections sort dans quelques jours à peine, Hugo Gadroy a décidé de se matrixer la tronche en se replongeant dans le premier jeu adapté de cette licence, et dirigé par les sœurs Wachowski en personne : Enter the Matrix.

Enter the Matrix : dans les bras de Morpheus


360 Varial Matrix

Pour tout vous avouer, je ne connais pas vraiment Matrix (ouf, c’est dit). J’ai regardé les films au collège, j’étais jeune, j’essayais de faire du skate et d’avoir des bonnes notes pour faire plaisir à maman. J’ai peu de souvenirs en fait de ces films, si ce n’est de ne pas avoir trop compris le schmilblick, une vague histoire de pilules rouge et bleu, et un traumatisme pour la scène où Neo se fait coudre la bouche par des méchants en costard (vraiment atroce cette scène). J’en suis là quand je lance ce jeu sorti en 2003, sans attente particulière, si ce n’est la crainte réelle d’interagir avec une œuvre ludique dépassée et archaïque (l’ère PS2, c’est beaucoup d’œuvres cassées qui appliquent une formule et des mécaniques encore balbutiantes dans le paysage vidéoludique).

Et là, surprise !!! Une vraie scène cinématique avec de vrais acteurs et de vrais dialogues qui jouent de vrais personnages du film (Ghost, Niobe et Spark). « Mais où qu’il est Neo ? », finis-je par m’insurger dans ma candeur habituelle (c’est faux). Bon tant pis, je décide de jouer Niobe pour ma première mission parce qu’elle pète la classe : il faut que j’aille récupérer des documents (plus tard, on alternera entre Ghost et Niobe tandis que Spark chapeaute les mission depuis le monde réel). Et là, bah je suis assez scotché par ce que je vois finalement. J’ai une panoplie large d’actions (coups de pieds, coups de poings, parade, projection des ennemis), des armes (avec la possibilité d’en ramasser), la possibilité de passer en vue subjective pour mieux viser (extrêmement accessoire et peu pratique)… mais surtout la fameuse touche R1 « qui fait le café » en permettant de ralentir le temps… et de se transformer en vrai cascadeur de Matrix. Avec cette touche, je peux rebondir sur les murs et asséner un bon coup de pied des familles, courir dessus, esquiver les balles, faire des roulades, des rondades et des barres parall… ah non, ça c’est mon cours d’EPS du collège. Bref, c’est la caution Matrix du jeu, celle qui plonge un jeu d’action à priori classique dans un écrin nettement plus sympathique car fidèle aux films… et tellement classe bordel ! Alors oui, les contrôles sont lourds, souffrent de l’époque, c’est pas toujours évident de jongler entre les différentes touches mises à profit (deux touches permettent de se déplacer latéralement par exemple, sinon on se déplace en fonction de l’endroit vers lequel est dirigée la caméra), mais foncièrement, quand tout fonctionne et qu’on parvient à maîtriser la sauce, on s’y croit.

Maître des clefs de bras, on râcle les fonds de tiroir

Je suis surpris de voir aussi que pour avancer dans des niveaux pourtant très linéaires, j’ai parfois plusieurs possibilités, en général frontales ou un peu détournées, comme de la simili infiltration. C’est plutôt chouette. Pour le reste, la progression reste classique, on enchaîne les vagues d’ennemis, on met à profit nos mouvements, on zigouille du boss, et on a de temps en temps des séquences de shoot en voiture ou de conduite plutôt… hasardeuse. Mais alors, ça raconte quoi tout ça ?

Eh bien, en me renseignant sur le scénario du jeu (oui, je ne l’ai pas fini, j’expliquerai pourquoi), j’ai été étonné d’apprendre que celui-ci a été purement et simplement écrit par les sœurs Wachowski. Rien que ça. Les scènes cinématiques, d’ailleurs, on également été réalisées par elles, et tournées en même temps que Matrix Reloaded, afin de profiter des acteur.ice.s et décors à disposition. Et mine de rien, ça apporte énormément de crédibilité au tout, d’autant que, loin de céder à la facilité de production en cherchant à coller au plus près de l’œuvre d’origine, Enter the Matrix préfère davantage apporter une autre vision des événements se déroulant lors du second opus (d’où le fait qu’on ne joue pas Neo… ou alors peut-être que le petit Keanu était trop cher, allez savoir).

Ici, nos trois comparses membres du Logos récupèrent un message confirmant l’arrivée imminente d’une armée de Sentinelles venues foutre le dawa. Cherchant à organiser la défense des Rebelles (début de Matrix Reloaded), Ghost, Niobe et Spark vont prendre contact avec le Maître des Clefs afin de trouver un lieu sûr, mais vont se voir subtiliser leur clef par les sbires du Mérovingien. Ils aident ensuite le Nebuchadnezzar à s’échapper de la matrice, vont voir l’Oracle, puis prêtent main forte à Neo pour détruire une centrale électrique. Finalement, une attaque de Sentinelles privent le Logos de toute énergie, piégeant Ghost, Niobe et Sparks à l’intérieur (début du 3ème film).

Bravo le veau, c’est presque comme le film mais pas vraiment. La vérité, c’est que, comme dit, je ne me souviens pas de celui-ci, donc je ne pourrais pas vous préciser en quoi ce bout de scénario inventé par les sœurs est pertinent et significatif pour le lore, mais j’ai cru comprendre qu’il approfondissait les liens entre le Logos et Trinité. Pardon de décevoir. En revanche, j’imagine très bien le mélange de plaisir/frustration que l’on peut ressentir à suivre de près les pas de Neo dans la peau de quelqu’un d’autre, avec une vision alternative et décentrée des événements. Un petit plaisir voyeuriste en somme. Coquin.


I don’t know kung-fu, but I will

Donc, je n’ai pas fini le jeu, je me souviens plus de l’histoire des films… mais qui suis-je ? Où vais-je ? À quoi je sers ? Eh bien à vous dire que je pense ce jeu excellent pour tout fan de cet univers, tant il lui est fidèle malgré les contraintes techniques de l’époque. Tout suinte le respect, une volonté de coller au mieux à l’esthétique (normal vu les conditions de réalisation me direz-vous et vous aurez parfaitement raison), avec de très nombreuses cinématiques et une mise en scène tant réelle que synthétique qui en reprend tous les codes. Enter the Matrix, c’est une belle ode et une récompense fabuleuse (en échange de quelques deniers déconne pas) pour toute personne matrixée.

Moi, ça m’a juste donner envie de me mater la trilogie pour combler mes énormes lacunes et questionner ma propre réalité. Mais n’est pas né.e (oh non), celui ou celle qui me le reprochera.

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