• Pauline Lecocq

DUNE (critique)

Très attendu, le dernier film en date du talentueux Denis Villeneuve est une nouvelle adaptation du célèbre livre de Frank Herbert. Pauline Lecocq l’a vu en avant-première et n’est pas tout à fait convaincue : elle explique pourquoi sur PETTRI.

On oublie la version de 1984 de David Lynch (qu’il a reniée d’ailleurs), cette nouvelle adaptation du roman de science-fiction de Frank Herbert (écrit en 1965) était plus qu’attendue et a eu une sortie au cinéma incertaine pendant presque un an. Ce délai était dû au Covid bien sûr, mais le film a surtout failli sortir en salles en même temps que sur plateforme, ce qui aurait été dommage et a suscité le mécontentement de l’équipe du film. Après une bataille avec les studios, le réalisateur Denis Villeneuve a eu gain de cause et le film a été présenté en grande trombe à la Mostra de Venise en avant-première mondiale. L’autrice de ses lignes a eu la chance de découvrir le film en avant-première au festival de Deauville dans la grande salle du C.I.D. en son Dolby Atmos, mais a été malheureusement gêné par la personne assise à côté d’elle. Critique à prendre avec des gants donc. D’autre part, elle n’a pas lu le roman et ne parlera donc pas du travail d’adaptation.


Autant on avait adoré Blade Runner 2049, blockbuster et film d’auteur à la fois, visuellement splendide, riche en action et en émotions, intelligent dans son propos et dans ce qu’il raconte, autant Dune ne nous paraît pas à la hauteur de ce dernier. La faute à des dialogues mauvais, mais qui n’intéressent sans doute pas Villeneuve et à une histoire dont on devine très vite les contours (malgré son aspect volontairement tragique). On apprécie que le cinéaste prenne son temps, c’est ce qui permet tout le déploiement de ses thèmes et qui fait la force de son cinéma. Ainsi, les visions réelles ou non (c’est toute la question) de Paul (Timothée Chalamet) nous ont plu car nous ont fait nous questionner sur ce que nous voyions. Pourtant le film manque d’effet de fascination pour nous, la faute peut-être à un héros trop lisse et attendu ? Accrochez-vous tout de même durant les premières minutes car de nombreuses informations sur les différentes maisons et peuples sont introduites.


Du côté des points positifs, le long-métrage est visuellement magnifique, avec des beaux costumes, des décors et paysages incroyables, et une photographie sublime (voir ce plan pictural d’Oscar Isaac à une table), capable de retranscrire les idées originales de Herbert (le ver des sables par exemple). L’autre grande qualité du film est son énorme travail sur le son, Dune vaut ainsi vraiment le coup d’œil en Dolby Atmos pour entendre et ressentir toute la richesse sonore du sound design (avec des distorsions extrêmement réussies et intéressantes). Niveau musique, Hans Zimmer (entre autres Gladiator, Inception et Interstellar pour les personnes ne connaissant pas ce compositeur-star) s’est fait plaisir et convoque des tambours à la rythmique à la fois exaltante et inquiétante. Notons aussi les excellents combats et séquences d’action qui parsèment le film.

Quant aux acteurs, on n’est pas tout à fait convaincu par Timothée Chalamet (qu’on adore par ailleurs) dont les épaules semblent un peu frêles, ou alors son personnage est trop attendu et déjà vu (encore un personnage d’élu). On penche plutôt pour la deuxième option. Tout le monde fait plutôt bien son job, et le casting est monstrueux, même dans les plus petits rôles (coucou Chang Chen, coucou Javier Bardem, coucou Charlotte Rampling), en particulier Oscar Isaac, magnétique en chef de maison et père du héros.


On ne peut aussi s’empêcher de penser à deux grosses références. En effet, le film nous rappelle Game of Thrones à plusieurs niveaux, pas seulement en raison de la présence de Jason Momoa (parfait) au générique, mais également grâce à l’univers magique avec ses différentes luttes de pouvoir parmi de nombreux peuples et maisons, avec leurs croyances et spiritualités, et l’utilisation de plusieurs langues parlées. Et une bonne touche de Star Wars bien sûr, avec cette histoire d’élu, de prophétie, d’empereur (si, si) et d’univers spatial, bien que l'univers de Herbert date de bien avant ces deux œuvres connues de tout le monde.


Splendide au niveau visuel et sonore mais trop prévisible à nos yeux, cette longue introduction à l’univers de Dune est malheureusement en demi-teinte pour nous et ne nous convainc pas entièrement. Il manque un certain souffle épique à la première partie de ce space opera peut-être (un nouveau visionnage nous permettra sans doute d’être moins sévère). Cependant, cette première partie reste un spectacle honnête et ambitieux, qu’on vous recommande quand même pour le plaisir de vos rétines et vos oreilles. En tout cas, elle attise suffisamment notre curiosité pour être impatient.e à l’idée de voir la deuxième et dernière partie.



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