DEAD SET (critique)

Dernière mise à jour : 17 nov.

À l'occasion de notre semaine de l'horreur avant Halloween sur PETTRI, Pauline Lecocq se penche sur un petit bijou british gore et drôle mêlant télé-réalité et zombies : Dead Set.

En 2008, la chaîne E4 diffuse cette série très courte de 5 épisodes, pour une durée totale de près de deux heures et demi. Son créateur n’est pas un inconnu aujourd’hui : il s’agit de Charlie Brooker, le futur papa de la série Black Mirror (créée en 2011), qui est également journaliste et animateur télé. Le concept de Dead Set est original et combine deux thématiques : la parodie (et la critique) d’émissions de télé-réalité et l’horreur d’une invasion de zombies. En effet, nous sommes dans les studios de l'émission de télé réalité populaire Big Brother (le Loft Story britannique), au moment où une attaque de zombies plonge le Royaume-Uni dans le chaos. Sauf que les candidats de l’émission sont coupés du monde extérieur et ne savent pas ce qui se passe. Leur maison devient peut-être l’endroit le plus sûr du pays.


L’aspect parodique est d’abord ce qui marque : la chaîne Channel 4 (qui diffuse Big Brother) est ainsi nommée directement dans la série, et la véritable présentatrice de cette émission de télé-réalité, Davina McCall, joue son propre rôle avec une bonne dose d’autodérision. Les candidats sont évidemment bien gratinés (la fille stupide, la bimbo, le mec bas de plafond, le complotiste…), mais l’équipe de production également (le producteur ignoble etc.).

Heureusement certains personnages sont attachants ce qui fait qu’on suit la série avec intérêt. En premier lieu Kelly, l’héroïne, assistante de production gentille et réservée qui va beaucoup changer au cours des épisodes. On notera la qualité du casting, avec plusieurs acteur.ices à leurs débuts, notamment le toujours merveilleux Riz Ahmed (qui mène depuis une super carrière au cinéma avec entre autres We are four lions, Nightcrawler, Rogue One et Sound of metal) et le très bon Warren Brown (qui incarnera ensuite Justin Ripley dans l’excellente série Luther avec Idris Elba). Jaime Winstone (fille de l’acteur Ray Winstone) campe une héroïne convaincante avec sa voix cassée (même si elle hurle un peu trop à force) et Andy Nyman (qu’on a pu voir dans Joyeuses funérailles, version british) en fait des caisses en producteur à l’ignominie constante mais s’amuse beaucoup.

En termes de mise en scène, Yann Demange est aux commandes. Le futur réalisateur du magnifique film 71 utilise ce qui fait sa marque de fabrique : le Français tourne en caméra portée, à l’épaule, souvent tremblante et en mouvement (attention aux personnes sensibles à ce type de mise en scène pour éviter d’être malade). Les caméras, les écrans de l’émission et les miroirs et vitres sans tain sont aussi beaucoup utilisé.es et viennent souligner la touche meta de ces cinq épisodes, ce qui fait qu’on ne sait jamais qui regarde qui, et nous renvoie un peu à notre statut de spectateur.ices.

Enfin, Dead Set est une vraie série horrifique dotée d’excellents effets spéciaux, vraiment dégueulasses, avec bidoche et tout (ce n’est pas pour rien qu’elle est interdite aux moins de 16 ans !) ! Mais même si l’horreur est visuelle (les zombies bouffent les humains), elle est aussi morale, éthique. En effet, elle n’est pas que présente chez les zombies mais peut-être plus chez les êtres humains qui se révèlent stupides et perdent petit à petit leur humanité dans leur volonté de survivre (ressort classique de ce type d’œuvre). Elément qui est à la fois très drôle puisqu’on assiste d’abord à la bêtise humaine avec la télé-réalité de Big Brother (voir cette réplique dite avec aplomb par une candidate : « c’est pas bon pour l’environnement de gaspiller de la lumière » en parlant d’une lampe). Lors de cette pandémie de zombies, le décor de l’émission de télé-réalité Big Brother devient ironiquement le seul lieu sûr, la seule forteresse pour résister à l’invasion de zombies. On peut aussi se demander si ces derniers ne seraient pas une métaphore des téléspectateurs qui regardent ce type d’émission de télé-réalité. Dans un deuxième temps (et sans vouloir trop en dire), cet élément se révèle aussi très pessimiste et cynique sur la nature humaine, avec des mauvais choix de la part de certains personnages, des comportements infantiles et individualistes, comme si la plupart des humains ne se remettaient pas en question face à des circonstances terribles.


Série satirique pessimiste (la patte de son auteur Charlie Brooker), Dead Set combine tous les excès (personnages caricaturaux, gore, bêtise humaine, caméra tremblante etc.) et devient un jeu de massacre au vitriol extrêmement drôle, sanguinolent et vraiment jouissif. La série ne fait pas dans la dentelle mais demeure rudement efficace. Alors suivez les recommandations typiquement britanniques à chaque début d’épisode : “[it] is best suited for wide screen viewing and should be watched in a darkened room.” (« Nous recommandons que ce programme soit regardé sur un grand écran et dans une pièce sombre. »). Et amusez-vous bien !