• Jofrey La Rosa

CONTRE-PETTRI #1 : J.J. ABRAMS

CONTRE-PETTRI est un format hybride texte et vidéo où on explore(ra) des formes filmiques sous des coutures données, en partant d'un auteur, d'un genre, d'un thème ou même d'une idée. À travers un texte et une vidéo, on aborde ici le réalisateur/scénariste et producteur J.J. Abrams, auteur hollywoodien contemporain majeur, qui a signé la série Lost, avant d'aller revitaliser les sagas ciné Mission : Impossible, Star Trek et Star Wars. Faiseur doué mais souvent décrié, a-t-il réellement un style propre ? Nous allons tenter de répondre à cette question épineuse le plus subjectivement possible...

Il y avait quelque chose de très beau, de presque millénaire, dans une fabuleuse scène des Poupées Russes de Cédric Klapisch : sur un quai de gare, une femme qui se sait trompée, déclare son amour à un homme, en lui disant « I'm in love with your imperfections ». Traduit grossièrement, « je suis amoureuse de tes imperfections ». De ces quelques mots, entendus adolescent en salle à la sortie du film en 2005, puis à de multiples reprises depuis, j'ai compris ce qu'était l'amour, l'acceptation de l'autre dans son ensemble, dans son entièreté, sans condition, sans concession. Pour d'autres, ça a pu être avec Cyrano de Bergerac, ou une chanson des Beatles, ou au détour d'un baiser (ou d'un texto), mais pour moi c’était avec ces quelques mots. J'ai alors compris que l'amour, c'est d'abord l'autre puis soi, et que surtout ça se conjugue à l'imparfait, tout comme la vie. Et vous savez quoi ? C’est ce qui m’est arrivé avec les films de J.J. Abrams.


Fin 2012, quand Disney rachète Lucasfilm à prix d'or, il est immédiatement question pour la firme aux grandes oreilles de remettre en chantier hâtivement des films Star Wars, pour assurer un retour sur investissement garanti et rapide. Quand Kathleen Kennedy est nommée à la barre de l'entreprise, même les plus dubitatifs se sont sentis rassurés, d’autant plus quand on leur a fourni les états de fait de la productrice de E.T., Retour vers le futur, Jurassic Park ou Sixième Sens. Il y a pire comme CV… Quelques mois plus tard, après avoir entendu les rumeurs de noms plus ou moins crédibles tels que Brad Bird, Jon Favreau, Ben Affleck ou Guillermo del Toro, c’est J.J. Abrams qui est choisi par Kennedy pour reprendre les commandes de Star Wars, sur les conseils de... tonton Steven, évidemment. Et sans surprise (et avec un humour moyen), les blagues sur les lens flares foisonnent immédiatement sur les internets, mais le choix paraissait cohérent à la fois avec ce qu'étaient ses Star Trek, et les obsessions thématiques et formelles du monsieur.

Ellipse. Quand surgissent les premières images de The Force Awakens, dans un teaser cassant tous les records en seulement 11 plans un an avant la sortie, le monde s’enflamme. Abrams semble avoir tenu promesse : fidèle à la première trilogie, il met en scène de nouveaux personnages, mais ce sont des figures familières, avec des effets spéciaux pratiques et numériques, dans des décors vides dont Star Wars a le secret : un désert, une forêt, un lac de montagne. On y voit des stormtroopers, un sabre-laser, un X-Wing et surtout le Faucon Millenium. Toutes les cases semblent cochées : contenter les fans de la première heure, les amateur.rice.s de Disney, les aficionados d’Abrams mais aussi les derniers sceptiques. Et pourtant...

J.J. ABRAMS : CINÉTIQUE, BLOCKING ET URGENCE


Revenons aux fondamentaux : Abrams se rêve d’abord acteur (on peut l’apercevoir dans Six Degrés de Séparation ou Diabolique), mais aussi scénariste ou script-doctor pour des films notables des 90’s : Forever Young, Regarding Henry ou Armageddon, avant de trouver sa place à la télévision. Il y produit et écrit, puis réalise, avant de devenir un cinéaste majeur de notre époque. Il a travaillé sur Felicity, Alias et Lost, avant de passer au cinoche, grâce à Tom Cruise et son M:I-III. Il ravivera ensuite la saga Star Trek au cinéma, à deux reprises, en 2009 et 2013, fera un fan-film conscient de tonton Steven avec Super 8, avant d’aller apposer sa patte sur LA franchise qu’il adore depuis l’enfance.


FELICITY (1998-2002), série créée par J.J. Abrams & Matt Reeves

Après avoir officié comme scénariste et/ou script-doctor sur des films dans les années 1990, J.J. Abrams et son ami d’enfance Matt Reeves créent à quatre mains cette série sensible. Ils s’étaient rencontrés à 13 ans alors qu’une chaîne de télé diffusait leurs films tournés en Super 8, avant d’être engagés quelques années par tonton Steven pour transférer les siens en vidéo. Avec Felicity, ils découvrent Keri Russell et explorent les années universitaires d’une jeune femme et de celles et ceux qui l’entourent, dans un des fameux triangles amoureux pour lesquels sera souvent moqué J.J. L’héroïne Felicity hésite perpétuellement entre Ben et Noel… jusqu’à un épisode final où on assiste à ce qui semble être... un voyage temporel. Une constante à venir pour J.J.?


ALIAS (2001-2006), série créée par J.J. Abrams

Avant même la fin de Felicity, J.J. crée Alias pour ABC. Il passe alors d’un drama universitaire à une série d’espionnage, pleine d’action et de twists, en plus de découvrir Jennifer Garner et Bradley Cooper. Durant les cinq saisons du show, Sydney Bristow déjoue de multiples retournements d’agences gouvernementales d'espionnage, mais gère aussi une relation conflictuelle avec son père, lui aussi espion, et un amour avec un collègue interprété par Michael Vartan. Une série où la mythologie vient déjà pointer le bout de son nez, un soupçon d’aventures, dans un divertissement pur jus et féministe. J.J. avait 15 ans d’avance. Mais là encore, il partira avant la fin...


LOST (2004-2010), série créée par J.J. Abrams & Damon Lindelof

… mais ça valait le coup. Chargé par ABC de créer une série de survie sur le mode Koh-Lanta, il insiste sur deux points : y inclure une dimension fantastique et d’avoir un co-auteur. De son côté, Damon Lindelof essaye de bosser depuis quelque temps sur Alias, sans succès. Leur rencontre est légendaire, autour d’un tee-shirt arborant un obscur logo de fanclub de Star Wars. Ils sortent un synopsis en cinq jours, sur lequel est greenlighté un pilote d’1h30 au budget record de 14 millions de dollars, qu’ils doivent rendre dans 12 semaines. Mission impossible avant l’heure. Mais c’est mission accomplie puisque le pilote convainc même la chaîne de lancer la machine Lost. Mais très vite, la sirène du grand écran se fait entendre pour J.J., qui au sortir du pilote impressionnant de Lost et d’un run d’Alias convainquant, une petite tête brune va venir débaucher le wonderboy télé et obliger Lindelof à le remplacer à ses côtés par son mentor Carlton Cuse, pour mener à bien le mastodonte qu’a promis d’être Lost.

M:I-III (2006)

Et la petite tête brune dont on parlait juste avant, c’est ni plus ni moins que Tom Cruise. Après les départs de David Fincher et Joe Carnahan à la tête du troisième volet de sa saga reine Mission:Impossible, Cruise veut du renouveau. Et quoi de mieux qu’une adaptation ciné de série télé pour le premier film d’un transfuge de télévision? C’est après un an de réécriture avec le duo Kurtzman et Orci, qu’Abrams s’attelle à M:I-III. Un déferlement d’action et un engagement plus grand pour la vie privée d’Ethan Hunt, cette troisième mission bénéficie du rythme expert donné par J.J. Abrams et par la photographie colorée et cinétique de Dan Mindel. Si la mise en scène est encore un peu shaky, le blocking magistral hérité (de l’âge d’or et) du nouvel Hollywood est lui aussi déjà là. Tous les éléments qui font l’essence du cinéma d’Abrams sont présents en substance.


STAR TREK (2009)

Autre adaptation de série télé au ciné à recevoir le lifting d’Abrams, Star Trek a pour but de revitaliser une saga spatiale vieillissante et même considérée par certains comme ringarde. Et en plus de relancer la saga avec un recast de toute la troupe d’origine, menée par Kirk et Spock, il utilise la technique du soft reboot avec l’aide d’un paradoxe temporel plaçant sa nouvelle saga plus jeune dans une autre timeline, permettant de faire à peu près ce qu’ils veulent, sans les contraintes liées au matériau d’origine. Gros point fort d’Abrams, c’est le casting. Il l’avait montré sur ses séries et pour les seconds rôles de son premier long, il réitère ici en embauchant une myriade de jeunes acteurs ultra talentueux : Chris Pine, Zachary Quinto, Zoe Saldana, Anton Yelchin, Karl Urban, John Cho, Simon Pegg, en face d’un Eric Bana méconnaissable. Une réussite à 1000 à l’heure qui détient tout ce qu’il fait l’identité visuelle et thématique d’Abrams, mais qui lui vaudra aussi une réputation : il abuse des lens flares, ces aberrations optiques créés quand une source lumineuse tape dans le capteur de la caméra et créant des stries. Oui, il y en a beaucoup, mais ça a une allure folle, non ?


SUPER 8 (2011)

À l’heure actuelle, Super 8 est le seul film original d’Abrams. En tout cas le seul qui ne soit pas tiré d’une œuvre préexistante. Et si tonton Steven est à la production, c’est bel et bien un fanfilm du monsieur qu’opère Abrams ici. Entre Rencontres du Troisième Type, Jaws et E.T., le binoclard paye son hommage à son mentor en arborant tous les tics et obsessions, mais n’oubliant pas pour autant son aura à lui. Une fois n’est pas coutume, c’est non pas Daniel Mindel à la photographie mais son ami d’enfance Larry Fong, collaborateur régulier de Zack Snyder et qui s’était déjà chargé du pilote de Lost pour J.J., avec lequel il faisait des films en Super 8 durant l’adolescence. Normal donc qu’il se soit adjoint ses services à lui, d’autant que son com/parse.positeur Michael Giacchino, digne héritier symphonique d’un certain tonton Johnny, est lui aussi de la partie, alors qu’il était lui aussi dans leur fine équipe de cinéastes en herbe à l’époque. Bref, un film à la fois réellement personnel et foncièrement inspiré par les films qui l’ont formé, voilà ce qu’est Super 8. Une bouffée d’air entre quatre titres commençant par “Star”.


STAR TREK INTO DARKNESS (2013)

Quand il s’agit pour J.J. de faire une suite à son reboot de Star Trek, il rappelle ses scénaristes attitrés que sont Kurtzman et Orci (le dernier étant la caution trekker de l’équipe) mais surtout de retrouver l’influence pleine et entière d’un Lindelof dans sa période de script-doctor et scénariste de cinéma (de 2010 à 2013, entre Lost et The Leftovers en gros). Il était déjà producteur sur le premier volet, mais quelque peu occupé par Lost à l’époque. Ici, il coécrit le film et le produit pleinement, y apposant sa patte en plus d’avoir le nez d’embaucher Benedict Cumberbatch dans le rôle de John Harrison, l’antagoniste du film. Vu dans Sherlock, Lindelof a été immédiatement happé par le charisme naturel de ce monstre de comédien. La force et la profondeur qu’il apporte au personnage sont sidérantes, mais le film, s’il est symptomatique des obsessions formelles d’Abrams, se trouve embourbé dans un déluge de too-much, pour le meilleur (l’action et la DA au top) comme le pire (l'étalonnage bleu criard, un plan boobs un peu Michael Bay). Les potards sont donc à fond pour une suite certes réussie, mais un peu trop brute pour être honnête.


STAR WARS - THE FORCE AWAKENS (2015)

Mais ses deux Star Trek auront eu l’effet escompté : ces bandes-démos pour ce qu’aurait donné un Star Wars by J.J. payent leur fruit puisque Kathleen Kennedy, fraîchement mise à la barre du Lucasfilm racheté par Disney, le choisit pour mener à bien le premier volet d’une nouvelle trilogie de la saga Skywalker, située après les événements du Retour du Jedi. George Lucas avait même écrit une trame pour cette dite-trilogie. Mais osef, puisque Kathleen et J.J. la foute à la poubelle pour faire leur tambouille. Après une première passe par Michael Arndt (Toy Story 3, Little Miss Sunshine), J.J. fait appel au gardien du temple Jedi qu’est Lawrence Kasdan (The Empire Strikes Back, The Big Chill) pour coécrire un scénario avec lui. C’est parti ! Il engage Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac et Adam Driver, en plus de ramener la fine équipe de la trilogie originelle. Encore un carton plein niveau casting ! D’autant plus que tonton Johnny assure une partition inspirée et enthousiasmante. Le film fini est une réussite, tant il mêle les univers de Star Wars et de son nouveau réalisateur, dans une course infernale à la mise en scène soignée, malgré des reshoots et rewrites qui se sentent ça et là. Et si les prémices sont semblables à celles d’Un Nouvel Espoir, le film trouve ensuite un ton et une forme propre et nouvelle, pour un résultat des plus passionnants - à plus d’un titre.


STAR WARS - THE RISE OF SKYWALKER (2019)

La nouvelle trilogie n’a jamais été préparée en amont. Kennedy avait choisi trois réalisateurs pour les trois films : J.J. Abrams donc, Rian Johnson (Looper) et Colin Trevorrow (Jurassic World). Chacun avait carte blanche pour son film. Seul avantage, ils avaient le scénario du précédent en amont de leur film. Donc quand The Force Awakens est sorti, Rian Johnson n’en a délibérément fait qu’à sa tête avec The Last Jedi, proposant un film radicalement différent, et n’offrant que peu de latitude pour le dernier volet. Trevorrow, quant à lui, quitte le navire avant d’y être totalement engagé, sentant bien venir les problèmes, et ayant pourtant signé un scénario plutôt habile (qui a depuis fuité, nommé Duel of the Fates). Peut-être même un peu plus que celui du film fini de J.J. Abrams. Parce qu’appelé en catastrophe pour sauver les meubles, Abrams rempile pour le troisième volet de cette trilogie, mais aussi un neuvième et dernier épisode de la saga Skywalker. Un Everest à gravir pieds nus. Voilà ce qui l’attendait. Associé à Chris Terrio, l’auteur controversé de Batman V. Superman et Justice League, mais aussi d’Argo, il écrit un scénario en deux temps trois mouvements (rythme et cinétique, vous suivez?) et réalise The Rise of Skywalker. Le film souffre de plusieurs maux. Il est évident qu’il a subi un nombre incalculable de rewrites et reshoots, c’est indéniable. Le film qu'avaient imaginé Abrams et Terrio n'existe pas. Reste un divertissement de luxe, aux percées abramssiennes saisissantes, mais trop rapide et concis pour bien faire pleinement le job. Et c’est bien là le problème. On reproche jamais à Abrams d’aller trop vite (sauf là). Pourtant son œuvre est rythmée au cordeau, toujours empreinte d’une rapidité inhérente mais pas faussée. Parce que le rythme, la rapidité et la narration vont ensemble. Et quand on touche à l’un d’eux, le tout par à vau-l’eau. Et le résultat est bancal, comme celui-là. Mais même avec cette épine dans son pied nu lors de sa grimpée de l’Everest, le travail de J.J. est tout de même louable et enthousiasmant. Juste imparfait.


Pendant tout ce temps, J.J. Abrams n’a eu de cesse de produire des séries en pagaille, qu’il chapeaute de plus ou moins loin, telles que Fringe, Alcatraz, Westworld, Castle Rock, Undercovers, Person of Interest, Revolution, Roadies, 11.22.63, Almost Human ou Lovecraft Country. Il a même réalisé un épisode de The Office, tout comme Jon Favreau ou Joss Whedon. Et oui ! Mais ce n’est pas tout, puisqu’il a également produit tous les Mission:Impossible suivants le sien, The Last Jedi, Star Trek Beyond, trois volets de la saga Cloverfield et quelques autres titres au cinéma. De quoi s’occuper, donc.

L'ESTHÉTIQUE D’ABRAMS

Et l’ennui, on ne le connaît pas dans le cinéma d’Abrams. Le mouvement et le rythme semblent être les deux mots d’ordre. Une constante, en tout cas. Parce que si on mentionne souvent les lens flares d'Abrams, c’est quoi, au juste, l’essence de sa mise en scène ?


  • CINÉTIQUE

Cinétique : 1. relatif au mouvement, qui a mouvement pour principe.

2. Théorie expliquant un ensemble de phénomènes par le mouvement de la matière.


Le cinéaste contemporain à Abrams qui est le plus le plus digne représentant de cette cinétique reste le meilleur et plus sous-estimé des frères Scott : Tony (Man on Fire, Domino, Déjà Vu, Unstoppable). Et le point commun entre Abrams et Tony Scott, c’est Dan Mindel, un chef opérateur brillant spécialisé dans la pellicule et les ambiances colorées. Il a travaillé avec Scott sur Ennemi d'État et Domino, et avec Abrams sur tous ses films excepté Super 8, éclairé par son ami d’enfance Larry Fong. Abrams n’a d’ailleurs travaillé qu’en pellicule, et en est un fervent défenseur à Hollywood. Mindel travaille la matière et les textures, les mouvements d’appareil et les variations d’optiques, mais préfère visiblement les moyennes et longues focales, avec des optiques vintage et anamorphiques favorisant les aberrations type lens flares, bokeh et déformations périphériques. Mais assez de geekage. Revenons à nos moutons : la cinétique. Le mouvement, pur et dur. Tout au long de la carrière d’Abrams, tout au long de ses réalisations on voit du mouvement, même là où d’autres se seraient contentés de simples champ/contre-champ. Mais lui, ce qui l'intéresse, c’est de stimuler le spectateur, sans pour autant lui en mettre plein la vue. Mais le mouvement seul, c’est bien mignon, mais ça ne fait pas un film. Pas un bon du moins.


  • BLOCKING

Donc il l’associe avec un deuxième concept de mise en scène très important et souvent négligé : le blocking.

Mais vous allez me dire : “c’est quoi le blocking?”. Et bien, que ce soit au théâtre ou au cinéma, le blocking est un outil de la mise en scène qui consiste à planifier les mouvements et déplacements des comédiens et de la caméra, en fonction d’un timing réglé sur les actions et dialogues des personnages. À l'âge classique, son plus fervent étendard était papi Alfred (Hitchcock), qui a ensuite passé le relai à tonton Steven, qui est encore aujourd’hui le roi du blocking. Mais son rejeton J.J. n’est pas trop mal dans son genre, donc on va dire que c’est le - ou tout du moins un - prince du blocking.


  • URGENCE

Dans ses deux Star Wars, comme très souvent dans ses œuvres, Abrams a tenu à imposer un rythme fou, presque trop parfois. à travers une course perpétuelle des personnages et une tension autour de la recherche ou la protection d’un MacGuffin, constante narrative du monsieur. Et vous allez me dire, c’est quoi un MacGuffin ? Souvent lié à papi Alfred, c’est un dispositif narratif qui prend souvent la forme d’un objet mystérieux, dont la quête est un prétexte pour le déroulement du récit. Typiquement chez Abrams, le rabbit foot de son M:I-III est le summum de ce que peut être un MacGuffin.

Mais si l’urgence est un concept purement narratif, comment l’illustrer visuellement ? Ce qu’il ressort de la mise en scène de JJ, c’est un montage toujours plus nerveux, et une mise en scène constamment en mouvement, en tension, sur le qui-vive, au bord d’un précipice artistique louable mais pouvant parfois paraître too-much. Mais alors, qu’est-ce qu’il tire de cette urgence constante ? Qu’est-ce qu’il en fait ? Une course de fond, associée à sa cinétique si particulière et à son blocking précis, prend parfois la forme d’un sprint infernal. Et ça, on aime, ou on aime pas… Il n’y a pas d’entre-deux.


Alors, pour en revenir aux Poupées Russes et à l’amour. Oui j’aime la mise en scène d’Abrams. Ces obsessions formelles me parlent. Je n’y peux rien, j’en aime même les imperfections. J’en suis conscient au moins. Et même les faiblesses certaines de ses scénarios pour ses deux Star Wars me plaisent, parce que le cinéma c’est aussi ça, un tâtonnement et une fragilité qui résonnent avec ce que raconte le film et, associés à une mise en scène maîtrisée, peut en faire ressortir l’essence - du cinéma. Et Abrams fait ça pour moi. Ces films sont bourrés d’action, d’humour, de jeunes acteurs talentueux, de musique originale magnifique (de tonton Johnny ou de son successeur Michael Giacchino), d’un travail visuel dingue, entre la direction artistique, la photographie, les effets spéciaux - qu’ils soient pratiques ou numériques, ou un montage serré et précis. J’adore Abrams. Et en plus j’adore Star Wars depuis l’enfance, plus encore leurs défauts - qui font partie intégrante de chacun des films de la saga, ne l’oublions pas.

Et c’est ça l’amour. Alors bisous J.J. (et bon anniv).

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