• Pauline Lecocq

CLOUD ATLAS (critique)

Dernière mise à jour : 3 déc. 2021

Pour notre 200e article (oui, oui !), on poursuit notre rétrospective Wachowski avant la sortie de Matrix Resurrections. Dense et ambitieux, Cloud Atlas est le sixième film des sœurs réalisatrices (et le premier co-réalisé avec Tom Tykwer) qui a divisé à sa sortie en 2013. Avis de Pauline Lecocq pour PETTRI.

À travers une histoire se déroulant sur différents siècles dans plusieurs espaces temps, des êtres se croisent et se retrouvent d’une vie à l’autre, naissant et renaissant successivement…


C’est le pitch de cette adaptation du roman éponyme de David Mitchell, qui promet quelque chose d’à la fois très riche et très complexe, une sorte de film choral avec plusieurs personnages qui vont se croiser à travers six temporalités/histoires, entre 1849 et 2321 (et plus). C’est aussi en quelque sorte un film somme, et annonceur de la série Sense8. En effet, pour nous c’est à la fois le film des Wachowski le plus original et peut-être le plus abouti, puisqu’il développe avec une certaine maestria des thématiques déjà exploitées dans Matrix (l’idée de mondes parallèles ou de personnages traversant ces mondes par exemple). C’est aussi un fabuleux mélange des genres cinématographiques : chacune des six histoires semblent ainsi être mises en scène selon un genre précis, par exemple le thriller paranoïaque pour la partie avec Halle Berry dans les années 70, etc... On aime particulièrement la partie drame romantique historique avec Ben Wishaw et James D’Arcy sur un compositeur britannique dans les années 30 en Angleterre (on regrettera pourtant de ne pas les (re)voir plus ensuite).


Pour incarner tous ses personnages, les réalisatrices se dotent d’un casting de folie. Voyez plutôt : Tom Hanks, Halle Berry, Hugo Weaving, Jim Sturgess, Jim Broadbent, Bae Doo-na, Hugh Grant, Susan Sarandon, Ben Wishaw… Et parmi eux, toutes et tous excellent.es et s’amusant à changer d’apparence (gros boulot des départements costumes et maquillage et coiffure), l’acteur qui nous a le plus surpris est bien Hugh Grant. On pense d’ailleurs que Cloud Atlas marque un virage dans sa filmographie tant il est méconnaissable et loin du personnage de jeune homme romantique et maladroit dans les rom-coms car il incarne ici plusieurs personnages monstrueux. Le début d’un second souffle dans sa carrière pour nous avec depuis des performances remarquables dans les films Florence Foster Jenkins, Paddington 2, The Gentlemen et les séries A very English scandal et The Undoing.

On parle beaucoup des sœurs Wachowski, mais le film est pourtant réalisé à six mains. En effet, Tom Tykwer, réalisateur allemand des films Cours, Lola, Cours et Le Parfum, co-écrit, co-produit et co-réalise Cloud Atlas (les trois segments se déroulant en 1849, 1936 et 1973, soit trois époques sur six), en plus de co-signer la musique (sublime) avec Johnny Klimek et Reinhold Heil. Fidèle collaborateur des Wachowski à partir de ce film-ci, il les retrouvera pour le tournage de la célèbre série Sense8, dont il réalisera les parties à Berlin et Nairobi (soit 2 épisodes), tout en composant la bande-originale. On le retrouvera d’ailleurs en tant que co-compositeur sur Matrix Resurrections. Une collaboration créative qui dure, pour notre plus grand plaisir.


Rencontrant des problèmes de financement durant sa production, le long-métrage est l’un des films indépendants les plus chers de l’histoire du cinéma (entre 100 et 146 millions de dollars). A sa sortie, le film divise (échec aux Etats-Unis), certain.es y voyant un grand film ambitieux, d’autres un navet ridicule et boursouflé. Nous ne partageons pas ce dernier avis et trouvons au contraire que le long-métrage marque un tournant dans la filmographie des Wachowski tout en continuant à explorer leurs thèmes fétiches. En près de trois heures fascinantes, explorant les genres selon leurs histoires, personnages, époques et environnements, le trio de cinéastes nous conte l’amour et le temps (et la résurrection) comme personne, de façon à la fois spectaculaire et intimiste. Comme le résume en quelque sorte l’accroche de l’affiche du film : « Past. Present. Future. Everything is connected. » (« Le passé. Le présent. Le futur. Tout est lié. »). Malgré quelques longueurs, Cloud Atlas reste une très belle expérience pour nous (et particulièrement magnifique lors de sa découverte en salles) et nous vous la recommandons absolument. Pour peu que vous vous laissiez embarquer dans ce voyage, vous ne le regretterez pas.


Quelques images pour vous donner envie :


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