CAPTAIN AMERICA - THE WINTER SOLDIER (critique)

Dernière mise à jour : 15 sept.

Considéré par beaucoup comme un des meilleurs films du Marvel Cinematic Universe, le deuxième volet de Captain America met enfin son (super)héros Steve Rogers en solo face à une nouvelle époque contemporaine, après qu’il ait partagé le lead dans l'aventure Avengers. Mais le film mérite-t-il sa très bonne réputation ? Réponse sur PETTRI.

Après le drame matriciel que fût le premier volet The First Avenger, ainsi que la plongée tête baissée dans les menaces du monde contemporain, Steve Rogers (Chris Evans) accuse le coup d’un homme hors de son temps, à l’héroïsme intact, mais traversé et marqué par des failles et des enjeux qui le dépassent. Dans The Winter Soldier, il doit affronter la perte du mentor Nick Fury (Samuel L. Jackson), la chute du SHIELD aux mains de son ennemi historique ainsi qu’un fantôme de son passé. Ça fait beaucoup pour un seul homme. Du coup, il demande l’aide de la black widow Natasha Romanoff (Scarlett Johansson) et d’un soldat nommé Sam Wilson (Anthony Mackie). Kevin Feige, le grand gourou de la secte Marvel, et les scénaristes Christopher Markus et Stephen McFeely n’ont donc pas été tendres avec Steve, que ce soit dans le premier film ou dans celui-ci (ils ont aussi signé le script Thor - The Dark World entre temps). Mais c’est aussi ce qui fait la beauté de cette série de films dans une autre plus grande, qui lui donne toute sa saveur – et ses meilleurs moments.

Dans ce film, le directeur du SHIELD Alexander Pierce (Robert fucking Redford) trahit Nick Fury et tente de l’assassiner, alors même que cette agence de renseignement s'apprête à lancer une armada répressive et qu’il est révélé qu’elle a été infiltrée depuis le début par une faction de ce qu’elle combat dès le début : Hydra, son pendant nazi que Steve avait combattu durant la Seconde Guerre Mondiale. Un retournement de situation qui a beaucoup de conséquences pour la suite du MCU, mais aussi sur Steve Rogers, puisque celui-ci doit aussi affronter une version soviétique de lui-même : le Winter Soldier (Soldat de l’Hiver). Un assassin surentraîné doté lui aussi du super-sérum, dont le bras en vibranium peut concurrencer le bouclier de Captain America. Ah oui, et SPOILER ALERT, mais ce Winter Soldier n’est autre que Bucky Barnes, l’ami d’enfance de Steve, disparu au combat en 1943.


Les enjeux sont donc énormes pour ce deuxième volet de la saga Captain America au sein de celle du MCU. Et pour mener à bien cette entreprise dantesque, Kevin Feige fait confiance à deux frères qui vont s'avérer décisifs, pourtant issus non seulement de la télévision, mais qui plus est de la comédie ! Les frères Russo, prénommés Anthony et Joe, sont en effet des réalisateurs et producteurs qui ont beaucoup œuvrés pour des sitcoms telles que Arrested Development, Community ou Happy Endings, mais aussi pour le film You, Me & Dupree. Mais c’est oublier qu’ils ont signé leurs débuts avec Welcome to Collinwood, super film de braquage indé produit par Steven Soderbergh. Et même si ce choix semble détonner après que Joe Johnston ait mis sa patte sur le premier film, c’est symptomatique d’une direction plus globale de la part de Feige, qui a déjà engagé Joss Whedon (Buffy, Firefly) sur Avengers, et qui continuera dans cette direction avec Peyton Reed (The Break-Up, Yes Man) pour Ant-Man (réécrit par Paul Rudd et Adam McKay sur un scénario original d’Edgar Wright et Joe Cornish), le script-doctoring de Dan Harmon (Community, Rick & Morty) sur Doctor Strange et même d’une certaine manière James Gunn (issu des productions Troma) sur Guardians of the Galaxy. Et pourtant, malgré quelques gags et répliques amusantes ça et là, The Winter Soldier est on-ne-peut-plus sérieux, parmi les Marvel qui le sont le plus (du moins à l’époque). De la tragédie patriotique de Steve Rogers, les frères Russo ont en effet tiré un film d’action qui se veut dans la veine des thrillers politiques des années 1970, type Les Trois Jours du Condor, À cause d’un assassinat ou Les Hommes du Prédident. Dès lors, la présence au casting d’un Robert Redford n’a plus rien d’étonnant…


Parfaitement mené, le film se démarque de ses comparses de l’Univers par une frontalité émotionnelle et de l’action, traitée avec une vitalité sans pareille, le montage millimetré des Russo donnant un cachet singulier à des scènes d’action folles, notamment une dans un ascenceur ou en pleine ville. Cette dernière semble d’ailleurs impossible maintenant, tant les tournages des films Marvel sont scrutés et donc désormais fait en studios (de façon similaire, la scène du pont dans Spider-Man - No Way Home paraît amorphe et fake en tout points). Des combats géniaux aux chorégraphies incisives, une photographie désaturée appropriée, des effets visuels numériques très réussis, une mise en scène nerveuse et surtout un scénario rondement mené et un drame complètement efficace, font de ce Captain America - The Winter Soldier un des fers de lance de la saga bédéesque au cinéma. De plus, c’est donc un tournant dans l’élaboration du MCU, puisque les Russo à la réalisation et Markus/McFeely au scénario vont œuvrer à huit mains pour non seulement clore la trilogie de Steve Rogers (Civil War), mais aussi reprendre les rênes sur le team-up Avengers par deux fois, sur Infinity War et Endgame. Et The Winter Soldier participe aussi grandement à ce que la trilogie Captain America soit la meilleure série de films au sein du MCU.