BROS (critique)

Dernière mise à jour : 25 oct.

Première romcom produite par un studio composée par un casting entièrement et ouvertement LGBTQ+, Bros est malheureusement un petit échec commercial outre-Atlantique. On peut le retrouver dans les salles françaises depuis hier. Un conseil : courrez-y !

Je ne vais pas cacher mon affection pour Judd Apatow, producteur du film. Je ne peux pas non plus mentir concernant le réalisateur et co-scénariste Nicholas Stoller, puisque j’ai fait deux vidéos sur son cinéma, en prévision de la sortie de ce Bros (vous pouvez les trouver ici et ici). Et même son co-auteur, producteur et acteur principal Billy Eichner, je l’aime beaucoup. Je ne ferai donc pas de suspense inutile : Bros est un grand film. Je vais donc essayer d’élaborer un peu sur cette comédie singulière, tout en restant le plus objectif possible, concept auquel je crois de moins en moins, puisque comme toute œuvre est le fruit d’un point de vue, sa réception l’est tout autant. Ceci étant dit, let’s go.

Avant toute chose, il est bon de signifier qu’on assiste avec Bros à un petit moment historique dans le paysage du cinéma hollywoodien : c’est en effet le premier film de studio à avoir un casting entièrement et ouvertement LGBTQ. Petite victoire donc pour une communauté trop peu représentée, longtemps cachée à l’écran comme dans la société, ou souvent dépeinte par des clichés ou par des hétéros. Des codes qui sont beaucoup moqués ou sur lesquels on s’amuse dans le film, sans toutefois avoir de réelle rancune envers l’industrie. À cela, la star du film Billy Eichner (bel et bien gay) et le réalisateur (quant à lui hétéro) préfèrent l’éducation et la représentation. Ainsi, ils font de Bobby, le personnage de Eichner, un podcasteur à succès qui éduque ses auditeur.rice.s à l’Histoire du mouvement LGBTQ d’une part, mais aussi à leur Histoire plus ancienne, trop longtemps mise de côté. Il obtient alors la direction du premier musée américain de l’Histoire LGBTQ. Mais ce personnage névrosé et désabusé en amour va rencontrer un homme qui va peu à peu changer sa manière d’appréhender ses sentiments. D’autant que cet autre homme Aaron est tout à fait l’inverse de Bobby : un sportif qui déteste son métier de notaire testamentaire. Mais doucement, les deux hommes qui ont peur de l’engagement vont baisser la garde pour peut-être connaître enfin l’amour qu’ils méritent.


D’un postulat somme toute assez classique de comédie romantique, Eichner et Stoller utilisent leur twist homo à la romcom “ephronesque” pour délivrer un message d’ouverture certes, mais aussi universel et simplement beau. L’histoire d’amour entre Bobby et Aaron est certes contrariée par moments, mais davantage par leurs différences que par la société conservatrice, qui semble loin derrière, du moins à New-York :

- Do you guys remember straight people? - Yeah, they had a nice run

De la normalité de leur romcom, l’orfèvre Stoller et le touchant Eichner tendent à l’universalité, tout en voulant clairement éduquer les derniers hétéros réfractaires au bonheur des “autres”. Sauf que ceux-ci ont plutôt décidé de boycotter le film, échec commercial aux États-Unis, et d’inonder en plus de ça les pages du film de commentaires homophobes. Comment ne pas perdre foi en l’humanité ? Évidemment, Bros n’est pas l’œuvre salvatrice rêvée, mais elle est tellement honnête dans sa beauté sincère, qu’il est impossible pour n’importe qui avec un cœur de ne pas craquer. Le film est drôle et enlevé, frais et irrévérencieux, simple et rythmé. On ne s'ennuie pas une seconde, parce que Bros est fait avec le cœur, par des pontes de la comédie qui s’affairent pour livrer une copie presque parfaite, aussi contemporaine qu'intemporelle. Bros est puissant dans son honnêteté humaine et sa volonté d’aller toujours plus en profondeur dans les sentiments de ses personnages, comme Stoller l’avait déjà fait dans ses précédentes collaborations avec Judd Apatow (Forgetting Sarah Marshall, Get Him to the Greek, The Five-Year Engagement). Mais en plus de ça, c’est un film qui a conscience de sa place singulière dans l’Histoire (du cinéma en l'occurrence), produit dans un moment charnière de l’acceptation de la communauté et par la communauté. De plus, il se sert de cette position pour avoir un discours politique qui ne vient en rien parasiter ce que sont venus voir les spectateurs : une belle et drôle histoire d’amour. Courrez voir Bros, c’est un petit bijou d’intelligence, en plus d’être d'utilité publique, de faire rire aux éclats et de vous retourner le cœur.