BLACK PANTHER - WAKANDA FOREVER (critique)

Longuement attendue, cette suite au superbe premier film Black Panther arrive après le décès de Chadwick Boseman, l’acteur qui en incarnait le héros. Wakanda Forever est en salles depuis aujourd’hui, et déjà sur PETTRI.

Un film malade. Voilà ce que résumerait le mieux ce pourtant magnifique Wakanda Forever. Mais revenons un peu en arrière. Avec son introduction dans Civil War, puis son premier film sorti en 2018, Chadwick Boseman en imposait dans le costume de Black Panther, héros d’une nation puissante mais secrète dans l’univers Marvel, autant que symbole de représentation dans la vraie vie. Un superhéros noir, faillible et fort, dont le poids de l’héritage familial royal pèse. Pour ce film, Kevin Feige avait confié l’écriture et la réalisation à un cinéaste prometteur : Ryan Coogler. Ce dernier avait auparavant signé le beau drame indépendant Fruitvale Station, ainsi que la refonte de la saga Rocky, avec le premier volet de Creed, en tous points génial. Avec Black Panther, il signait un film puissant et marquant, avec les défauts inhérents à tous les films du MCU, mais avec une singularité qui le mettait quelque peu à part au sein du studio. Et à n’en pas louper, c’est encore une fois le cas dans cette suite, dont la patte de Coogler se ressent à chaque plan, tant il diffère des autres faiseurs (parfois) aux manettes.


Le choix évident après le décès soudain de l’acteur qui interprète un superhéros d’un film ayant fait plus d’1,3 milliards de dollars, ça aurait été de le recaster. Sauf que la logique dans le MCU n’est pas la même qu’ailleurs. Chadwick Boseman n'avait pas joué T’Challa que dans le premier film Black Panther, mais il était aussi apparu dans Civil War ainsi que deux films Avengers : Infinity War et Endgame. Il fait partie intégrante de l’univers. Il est Black Panther. Son triste trépas signe donc la mort du personnage pour Coogler et Feige, d’autant plus qu’ils ne peuvent pas faire comme si de rien était après l’émotion qu’a provoquée cette mort. Que faire alors pour un deuxième film, d’ores et déjà prévu au planning, alors dépourvu de son héros-titre ? Impensable de recaster le rôle de T’Challa donc. Mais le personnage de Black Panther, protecteur du Wakanda, est quant à lui transférable à un.e autre. Et c’est là que les rumeurs, plus ou moins folles, ont fait surface sur la toile, et ce jusqu’à la sortie des premières images du film.

Wakanda Forever est un film sur le deuil, les défunts, la famille et l’héritage. C’est aussi un film politique sur la responsabilité et le pouvoir. Mais plus que ça, Wakanda Forever est un grand film, mais aussi un film imparfait, du fait de sa condition d’œuvre-réaction à l’émotion d’un décès, mais également par la dureté avec laquelle il le fait. Le T’Challa de Chadwick Boseman a marqué toute une génération de spectateurs, d’une saga centrale dans la production hollywoodienne contemporaine. Et sa perte est encore plus grande pour les femmes qui l’entouraient. Que ce soit sa mère Ramonda (Angela Bassett), sa sœur Shuri (Letitia Wright), sa compagne Nakia (Lupita Nyong’o) ou même sa garde rapprochée Okoye (Danai Gurira), toutes les femmes de sa vie se retrouvent aux abois face au trou béant que son absence crée. Delà à voir le film, peuplé de figures féminines à la fois fortes et désemparées, comme un juste retour matriarchal au discours royaliste patriarchal du premier film (dont la disruption se faisait grâce au premier grand antagoniste du MCU, Killmonger), il n’y a qu’un pas. Le film a d’ailleurs la bonne idée de ne pas trouver le successeur de T’Challa immédiatement, et il faudra attendre deux bonnes heures de métrage afin de voir Shuri reprendre le flambeau (je me permets ce spoiler puisque c’était dans la bande-annonce).


Mais c’est là encore, c’est l’antagoniste du film qui donne tout son sel à ce Wakanda Forever, qui conforte la saga Black Panther comme une singulière exploration de la place à part de ce pays fictif dans l’Histoire africaine. Si le premier volet se concentrait sur les conséquences de la traite négrière et le traitement des Noirs aux États-Unis (et ailleurs), ce film parle du colonialisme et de la place de l’Occident dans le traitement des richesses du sol africain. Pas mal pour un blockbuster que certain.e.s considèrent comme bêta. Mais grâce au personnage de Namor, historiquement le premier mutant de l’univers, premier enfant immortel des Atlantes, jugé par son peuple comme un dieu, le film se permet d’évoquer le massacre des peuples pré-colombiens par les Européens. Dans une séquence de flashback fabuleuse, qui fait suite à la découverte de Tālocān, la cité sous-marine de Namor, ce dernier évoque les prémices de leur civilisation. Et c’est beau en diable. En bon fan de comics, j’ai très hâte de voir comment le MCU va développer Namor et son peuple.

Tout comme le premier film, c’est le compositeur Ludwig Göransson qui se charge de la musique originale. C’était déjà le point d’orgue dans ce film, mais ça l’est encore plus dans ce volet. Les rythmiques africaines, percées d’électro et de musiques maya, ainsi que de rap ou de pop plus occidentales, permettent au film d’atteindre des cimes rares au cinéma de nos jours. Grandiose. Le single de Rihanna, au générique du film et dédié à Boseman, est un pur moment d’émotion qui fait encore une fois un hommage appuyé à celui qui aura marqué les esprits dans son costume noir.


Pour ce qui est des protagonistes de Wakanda Forever, il est d’abord dur de comprendre et d’appréhender un tel nombre de personnages secondaires sans réel premier rôle, durant une bonne partie du long-métrage. Mais au final, c’est aussi ce qui fait sa force et sa particularité, dans le temps qu’il prend pour montrer le manque d’une figure centrale, créé par une société qui inverse soudain ses codes et ses traditions, à la suite de plein de bouleversements successifs : l’annonce au monde du secret lié au vibranium, le blip de Thanos et enfin la mort de T’Challa. Ces femmes puissantes doivent qui plus est en protéger une autre : la jeune prodige Riri Williams, qui a créé une machine détectant le vibranium tant convoité par les pays occidentaux, et que Namor veut voir morte. Et évidemment, Riri s'avèrera être une pièce centrale du futur du MCU : Ironheart aura en effet le droit à sa propre série en 2023. Mais ce n’est pas la seule surprise de cet énième entrée à la saga. Martin Freeman est de retour dans son rôle d’Everett Ross, un agent de la CIA vu dans Civil War et le premier Black Panther. Julia Louis-Dreyfus est elle aussi de la partie, dans le rôle de l’antagoniste Valentina Allegra de Fontaine, qu’on avait vu l’an dernier dans The Falcon & The Winter Soldier puis Black Widow, et qu’on retrouvera prochainement dans Thunderbolts. Une autre petite surprise vient compléter cette liste, avant que la fin ne vienne définitivement terrasser le spectateur d’émotion. La filiation entre ce film particulier et la saga au sens large est alors annonciatrice de Phases 5 et 6 passionnantes pour le MCU. Reste un film généreux et beau, dans tous les sens du terme, qui ravira les fans de Marvel autant que les autres. C’est dire la qualité à l’œuvre ici. Un des grands films de 2022.