BERLIN BERLIN (critique)

Molière de la pièce comique en mai dernier, Berlin Berlin met en scène un couple souhaitant passer de l’Est à l’Ouest en pleine guerre froide, lorsque la Stasi surveille tout le monde. Pauline Lecocq vous parle sur PETTRI de cette comédie d’espionnage hilarante qui reprend demain au Théâtre Fontaine à Paris !

Berlin Est, années 1980. Emma Keller travaille comme aide-soignante chez Werner Hofmann pour s’occuper de sa vieille mère. Mais elle et son mari Ludwig veulent passer à l’Ouest et trouvent un passage secret dans l’appartement qui mène de l’autre côté du Mur. Bémol : Werner est un redoutable agent de la Stasi, il tombe amoureux d’Emma, et l’appartement se révèle être un véritable nid d’espions !

Patrick Haudecœur, acteur et metteur en scène, à qui l’on doit les pièces Frou-Frou les Bains, La Valse des pingouins, Thé à la menthe ou t’es citron ? et Silence, on tourne ! revient avec cette comédie qu’il a co-écrite avec Gérald Sibleyras (adaptateur notamment des 39 Marches d’Alfred Hitchcock, mise en scène par Eric Métayer, et de La Garçonnière de Billy Wilder). Situant l’action dans un cadre pourtant peu propice à la comédie, ils arrivent à concocter une comédie burlesque avec une mécanique très bien huilée.

L’écriture avait besoin d’une troupe au diapason et c’est le cas. Maxime d’Aboville, récompensé par un Molière pour son rôle d’agent de la Stasi, est incroyable de noirceur raffinée, très bien secondé par Lysiane Meis (qui a repris le rôle après Anne Charrier), formidable en aide-soignante voulant à tout prix passer à l’Ouest. Patrick Haudecœur se fait un cadeau et incarne lui-même son mari neuneu avec une gaucherie fantastique. Le reste de la troupe est parfait (on pense à Loïc Legendre, Marie Lanchas et Guilhem Pellegrin).

Berlin Berlin se révèle ainsi extrêmement drôle de par les confrontations entre ses personnages très différents dans un cadre historique précis plutôt triste et tendu : l’Allemagne de l’Est, au moment où la Stasi surveillait la population.

Avec ses personnages carrés, on aurait pu penser que l’histoire serait un peu prévisible. Pourtant quelques rebondissements surprenants viennent parsemer cette comédie d’espionnage, proche du vaudeville parfois, mais allant toujours à 100 à l’heure. Dans le genre comédie historique au cinéma (à une époque différente, certes), on pense d’ailleurs à Lubitsch et son To Be or not to be qui ne sont pas très loin, plus qu’à Papy fait de la résistance.

La mise en scène de José Paul est à la mesure de l’efficacité de l’écriture. Avec deux décors pour les deux parties qui composent la pièce, la scénographie est d’apparence simple, avec un jeu de balai de portes, mais à cela s’ajoute des images d’archives bienvenues et émouvantes.

Sans être révolutionnaire (haha), Berlin Berlin est une pièce bougrement efficace et hilarante qui reprend le 8 septembre au Théâtre Fontaine à Paris ! Un petit bijou qu’on vous recommande et qu’on a déjà envie de revoir !


Crédit photos : Bernard Richebé