AVENGERS - AGE OF ULTRON (critique)

Dernière mise à jour : 15 sept.

Deuxième réunion au sommet pour le groupe de super-héros de l’écurie Marvel, Avengers - Age of Ultron est toujours écrit et réalisé par Joss Whedon, auteur du premier volet. Un film-événement qui met à nouveau en scène ses héros historiques, tout en introduisant de nouveaux personnages, pour le plaisir des aficionados. Réussite ou plantade ? Retour de Jofrey La Rosa sur le second étage de l’édifice du MCU.

Pour prendre à contre-courant autant que pour rebondir sur un premier film totalement dévoué à reunir ses (super-)héros, Whedon entame son long-métrage in medias res, alors que notre groupe est d’ores et déjà en intervention pour prendre d’assaut un château aux mains d’Hydra, la faction maléfique issue du régime nazi qui avait infiltré le SHIELD depuis ses débuts. On retrouve donc Iron Man (Robert Downey Jr), Captain America (Chris Evans), Black Widow (Scarlett Johansson), Hulk (Mark Ruffalo), Thor (Chris Hemsworth) et Hawkeye (Jeremy Renner) dans une scène laissant une place non négligeable à des CGI, où ils doivent retrouver un MacGuffin là encore lié aux Pierres d’Infinité : le Sceptre de Loki, qui détient la Pierre de l’Esprit. Mais comme on l’avait vu dans la scène post-générique de The Winter Soldier, Hydra a de son côté les jumeaux Maximoff, Pietro et Wanda, deux êtres “optimisés” (pour ne pas dire “mutants”, la séparation des droits avec l’univers X-Men à l’époque les en empêchant). Et les jumeaux ne sont pas contents et aident Hydra, avant de se tirer quand les choses tournent à l’avantage des Avengers. Mais la joie est de courte durée, puisque Tony Stark, assisté de Bruce Banner, crée sans le vouloir un monstre de Frankenstein : Ultron. Entité robotique mais omnisciente performée par James Spader, le grand méchant va s’enfuir et faire présager le pire pour le groupe de Vengeurs, et qu’il va falloir bien evidemment qu’ils l’arretent.


Début d’un combat moral entre deux factions de l’équipe, Tony et Steve, Iron Man et Captain America, le cas Ultron conduira à la scission qui aura lieu dans Civil War, prochain film dédié au Cap, mais qui s'avère en réalité plus une suite directe à cet Avengers un peu bancal. En effet, ce film souffre d’un mal assez commun d’un côté, assez original de l’autre : la déception de la suite qui reproduit le succès du premier, et la retenue vers un autre volet, syndrome de rétention narrative plutôt sérielle en temps normal. Mais en même temps, quoi de plus normal dans le MCU, qui s'avère de plus en plus être une série au cinéma. Une série avec ses épisodes, ses saisons, ses grands finales, ses spin-off et crossovers, ses cliffhangers et teasers… Tout un monde systémique issu d’un médium, adapté à un autre. Le logo Marvel en début va même devenir peu à peu le générique de la série MCU.

C’est donc réellement dans ce film qu’on découvre Wanda (Elizabeth Olsen), qui deviendra au fil des films (et séries) une pierre angulaire de la saga, entre son rôle secondaire dans Civil War, central dans Infinity War, salvateur dans Endgame, puis infiniment tragique dans WandaVision et Multiverse of Madness. Et en parlant de tragédie, on nous conte assez vite les motivations des jumeaux, qui proviennent de leur passé en Sokovie, ce pays fictif d’Europe de l’Est. Leurs parents sont morts sous les bombes de Stark Industries, alors que Pietro (Aaron Taylor-Johnson) et Wanda sont restés coincés des heures devant un missile n’ayant pas explosé. Mais alors qu’on découvre un Quicksilver plus subtil que celui d’Evan Peters du X-Men-Verse, on n’aura malheureusement pas trop le temps de s’y attacher et la tragédie de Wanda s’étend encore.


La musique originale au sein du MCU a deux problèmes principaux : la flagrante utilisation de temp-tracks*, qui fait sonner leurs BO comme génériques ou déjà entendues, et plus encore pour ma part, le mixage sonore, qui les place systématiquement en deçà des standards hollywoodiens d'antan. C’est le cas ici de la belle partition, par endroits, de Danny Elfman. On ne l’entend pas. Elle n’éclate jamais, ne laisse jamais aux grands moments d’émotion, pourtant vendus comme tels, d’atteindre toute leur puissance.

Avec ce Age of Ultron, Avengers dévoile donc son volet le moins impactant, mais il faut reconnaître que la mise en scène simple et efficace trouve par instants de petites trouvailles, et ce même si l’écriture est bourrée d’incohérences et de quelques vannes sexistes douteuses, de la part d’un auteur depuis connu pour être problématique envers la gente féminine. Parfois un peu trop grisâtre pour être réellement belle, l’image du film peine à trouver des plans grandioses, où alors on les expédie à grands coups d’un montage qui manque d’un réel sens du timing. Toutefois, le film est assez regardable et, rétrospectivement, est un tournant dans l’élaboration du MCU, qu’il est nécessaire de revisiter pour en comprendre et appréhender les réelles qualités.

* temp-track : morceau de musique ou audio existant qui est utilisé pendant la phase de montage, servant de ligne directrice pour le tempo, l'ambiance ou l'atmosphère que le réalisateur recherche dans une scène. La piste est généralement remplacée avant la sortie du film par une bande-originale composée spécifiquement pour le film.