ANT-MAN (critique)

Dernière mise à jour : 15 sept.

Premier film solo pour Ant-Man, sorte d’Iron Man du répetissement qui parlerait aux fourmis. Chelou donc. Mais Ant-Man est en réalité un pilier de l’univers dans les comics. Le film était donc un petit événement. Sauf que bon… On revient sur ce film pour le Mardi Marvel de PETTRI.

On le sait peu, mais c’est bel et bien Ant-Man qui clôt la Phase 2 du Marvel Cinematic Universe, et non pas Age of Ultron, comme la logique le laisserait supposer. C’est une chose qui se reproduira en Phase 3, avec Endgame et Spider-Man - Far From Home. Choix bizarres s’il en est, mais soit. Quand le film a été annoncé, Feige avait fait le pari de confier le film aux mains d’un auteur majeur du cinéma contemporain : Edgar Wright. Le réalisateur de Shaun of the Dead, Hot Fuzz et Scott Pilgrim devait signer son film le plus mainstream, coécrit avec son ami Joe Cornish (Attack the Block, Tintin). Mais à quelques semaines à peine du tournage, il quitte le navire, pour les fameuses divergences artistiques, excuses couci-couça sorties à tout bout de champ à Hollywood. On se doute que son style très affirmé, fait de cuts à tout va, gags visuels et narration éclatée n’était pas du goût de Kevin Feige, grand manitou du MCU, et qui aime avoir des cinéastes doués mais malléables sous ses ordres. Remplacé à la hâte par Peyton Reed, réalisateur de comédie et plus particulièrement de Yes Man (ça ne s’invente pas), Edgar Wright conservera un crédit de producteur sur le film, alors que son scénario est réécrit par ni plus ni moins que la star du film, Paul Rudd, accompagné d’un coauteur qui a refusé la mise en scène du film, Adam McKay. C’est en effet la première fois qu’un acteur du MCU va directement mettre les mains dans le cambouis en (ré)écrivant le scénario du film dans lequel il va jouer. Qui plus est avec un ponte de la comédie hollywoodienne (Ricky Bobby - Roi du circuit, Frangins malgré eux), en passe de devenir un auteur réellement respecté (Don’t Look Up, The Big Short). Les deux hommes avaient déjà travaillé ensemble sur les deux films Anchorman, comédies cultes avec Will Ferrell. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’entre le choix d’origine de Kevin Feige d’aller vers Edgar Wright et Joe Cornish, puis à la réécriture de Rudd et McKay et le remplacement par Peyton Reed, le parti-pris est visiblement de faire d’Ant-Man une comédie.


On se rend vite compte des apports d’Edgar Wright, tant certaines séquences, notamment purement numériques, prévues depuis la préprod, crient son style : le combat dans l’attaché-case ou la découverte du costume dans la baignoire. Sinon, mis à part son influence et sa patte visuelle et tonale, il y a bien évidemment les séquences de bouche-à-oreille contées par Michael Peña qui crient le style Wright (quand bien même ça serait un ajout tardif) : un montage cut, relié par des panoramiques ultra-rapides, dans des mouvements d’appareils pensés, avec une voix-off qui déborde sur le discours de ses protagonistes. Soyons honnêtes cinq secondes, ces séquences sont aussi réussies qu’elles dénotent par rapport au reste du long-métrage, bien plus filmé que réellement mis en scène. Peyton Reed est un faiseur, et le rendu de son film est on ne peut plus impersonnel. Mais qu’importe, c’est un éniéme épisode de la série MCU. En plus, Ant-Man agit après Age of Ultron et avant Civil War comme un film en guise de pause. Le concept est de réduire l’ampleur du film, à l’image de son héros, qui peut rapetisser de façon spectaculaire.


Pourtant, on a affaire à un casting de taille : Paul Rudd donc, mais aussi Evangeline Lilly (Lost), Michael Douglas (Basic Instinct, The Game), Michael Peña (End of Watch, War on Everyone), Corey Stoll (House of Cards, The Strain), David Dastmalchian (Dune, Prisoners), le rappeur T.I. et avec les participations de Hayley Atwell et Anthony Mackie. Il y a en effet avec ce film, la première interaction entre notre protagoniste Scott Lang et les Avengers en la personne de Sam ‘Falcon’ Wilson, dans une scène de combat simple mais efficace, possiblement source du désaccord entre Wright et Feige. Dans ce film de casse, le format de l’image est de 1.85/1, à contre-courant du Cinémascope en général utilisé pour les blockbusters de notre époque contemporaine, comme Marvel l’avait déjà fait avec Avengers pour de faux prétextes (revenant d’ailleurs au Scope pour le deuxième volet). Le rendu est plutôt bizarre, plus télévisuel, ce qui ajoute au côté anecdotique du film - ils reviendront là encore au Cinémascope pour le deuxième film. Malgré des CGI plutôt réussis, Ant-Man est donc une entrée correcte et agréable pour l’homme-fourmi au sein du MCU, sans jamais atteindre des sommets, tout simplement parce qu’il en a pas l’ambition. Un petit film pour un petit héros (par la taille), mais qui a désormais la place de briller, si toutefois les créatifs se décident à en faire un fer de lance de l’univers.

Spoiler : ce n’est toujours pas le cas à l’heure actuelle…