• Amandine Thieulent

AND JUST LIKE THAT (critique S1)

Il y a quelques semaines prenait fin And Just Like That de Michael Patrick King, sequel tant attendu par les fans de la série culte de HBO, Sex & the City. Onze ans après le deuxième film consacré à nos quatre new-yorkaises préférées, celles-ci rechaussent leur talons hauts (à l'exception de Kim Cattrall qui campe le rôle de Samantha Jones) afin d'explorer la vie des femmes quinqua dans la ville. Mais que vaut réellement cette énième suite, et le retour de nos héroïnes est-il vraiment justifié ?

Tout d'abord, il faut rappeler que Sex & the City, c'était quatre copines dans la trentaine dont on suivait les tribulations dans tout Manhattan. À grand coups de cosmopolitain, de haute-couture et de brunchs entre copines, les quatre amies passaient au peigne fin leurs rencards foireux, leurs histoires de sexe et d'amour avec cynisme, mordant et ironie. Incarnations de la « femme affirmée qui a réussie », Carrie, Miranda, Charlotte et Samantha suivaient, chacune à sa manière, le chemin qu'elles s'étaient tracé, avec ou sans difficulté dans une société patriarcale, mais toujours avec humour. Car oui, Sex & the City, au delà de son aspect girly à partager entre copines, c'était aussi une série quelque peu d'avant-garde et féministe (féminisme qui porte l'empreinte de son temps, avec ses forces et ses limites). La chronique « Sex & the City » écrite par le personnage de Carrie Bradshaw étant l'alibi parfait pour aborder des sujets féministes et de société sous divers expériences et témoignages au fur et à mesure des rencontres des personnages : le célibat et les relations, la carrière et l'argent, la politique et le pouvoir, le désir de maternité et l'avortement, la liberté sexuelle et le plaisir féminin, etc..


Mais alors, comment la mini-série And Just Like That propose-t-elle d'aborder l'évolution de ses personnages arrivées à la cinquantaine ? Tout d'abord le format change quelque peu, les 10 épisodes de la série sont rallongés à 40 minutes (contre 20 pour Sex & the City), choix judicieux pour une mise en scène et une photographie soignées, et des décors impeccables dans lesquels défilent (c'est le cas de le dire) les classiques des marques de haute-couture ; dont quelques pièces mythiques, clin d'œil à la série originale.


Ensuite, comme pour tout sequel, And Just Like That est une série portée par son casting, puisqu'il nous tarde de retrouver nos personnages préférés, et de découvrir leurs évolutions. Et là ça se complique un peu, car Kim Cattrall a refusé de reprendre le rôle de Samantha suite à une brouille avec Sarah Jessica Parker (Carrie). Dès les deux premières minutes du premier épisode, la situation est abordée et classée. Le personnage s'est exilée à Londres suite à une dispute professionnelle avec Carrie Bradshaw (dont elle était l'agent). Bien que le parti prit de ne pas ignoré l'absence du personnage, ou de ne pas l'avoir tué soit intelligent, le trou laissé par ce personnage centrale se fait sentir. En effet, tout un pan de la sexualité dans sa frontalité disparaît de la série, et l'audace et le piquant de Samantha manque au groupe de copines devenues quelques peu... ennuyantes ? De même, Chris North (Big) est rapidement évincé du tournage suite aux accusations d'agressions sexuelles. Par conséquent, dès la fin du premier épisode... SPOILER ALERT ! Big meurt ! Rebondissement qui n'a pas manqué de choquer les fans de la série. Ce départ précipité n'est pas inintéressant puisqu'il ouvre la série à une nouvelle thématique qu'est le deuil. Il s'inscrit également dans une certaine logique scénaristique puisqu'il redonne une place centrale au célibat et aux aventures amoureuses au personnage de Carrie Bradshaw.


On l'aura bien compris, And Just Like That ne s'en sort pas si mal sur la forme, mais sur le fond, ça donne quoi ? Nous retrouvons donc nos trois new-yorkaises dans le monde d'aujourd'hui, post me too, post covid, et malheureusement, on a l'impression qu'elles y ont été brusquement débarquées sans passer par les onze années qui les séparent du dernier film. Il en découle un mélange étrange entre vouloir à tout prix prouver que les personnages ont évolué et ont trouvé leur place dans l'ère des réseaux sociaux et de la virtualité. Et un malaise social, par lequel elles enchainent bourdes sur bourdes, presque comme des inadaptées. Ainsi, Carrie qui tient dorénavant un compte Instagram à succès sur la mode et travaille pour un podcast en vogue qui questionne la société et sa sexualité d'aujourd'hui. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ça la met mal à l'aise. Face à ses collègues plus jeunes, gay et/ou non-binaire, elle se retrouve incapable de traiter de son hétérosexualité ou de masturbation féminine (faut-il rappeler qu'elle nous présentait des sex-toys sur M6 le samedi à 23h ? Oui, on se souvient du Rabbit !). Quant à Miranda, nous la retrouvons en pleine crise existentielle. Post confinement, elle a choisi de quitter son travail d'avocate pour reprendre une formation, elle s'y retrouve avec une enseignante racisée, et ne sait par quel bout aborder ses origines. La répétition de ses maladresses en font malheureusement un personnage grossier et caricatural. De plus, le personnage met un terme à son mariage avec Steve (au grand dam des fans) pour nous offrir un coming-out tardif. Et dans une redondance de bonnes intentions, nous avons le droit à tout un cours sur comment désigner les personnes non-binaire (iel). C'est un sujet qui à sa place au sein de la série mais qui, comme le reste, est malheureusement survolé. Il semble plus être un prétexte pour accorder de la place au personnage de Che Diaz, incarné par Sara Ramirez, sans que la thématique soit développée. Enfin, Charlotte, toujours mère au foyer, se débat dans les méandres de l'adolescence de ses deux filles. L'une d'entre elle entrant également dans un développement de trans-identité. Et encore une fois, on redouble de pincettes pour aborder le sujet - et ça devient lourd !


And Just Like That nous sert une espèce de soupe de bons sentiments et de wokisme assez fade, alors que tous les sujets présents dans la série sont légitimes, et pour la plupart déjà abordés dans Sex & the City. Ce qu'on aimait avant tout dans la série originale, c'était le politiquement incorrect ! Le cynisme et l'ironie face aux petits tracas du quotidien. Alors on veut bien admettre qu'en vieillissant, on puisse s'adoucir. Mais comment expliquer que quatre femmes qui avaient pour habitude de faire des barbecues sur les toits de Manhattan avec des prostituées transexuelles, ne soient plus capable de s'adresser à quiconque sorti de leur schéma hétéro ? C'est d'autant plus dommage, c'est qu'au delà des rebondissements et du parcours des personnages, la série possède toutes les armes qu'il faut pour être à la hauteur. Encore faut-il ne pas se laisser déborder, et finir en hors sujet. À la question, qu'est-ce qu'être une femme dans la cinquantaine à New York, aucune réponse n'est apportée. Des sujets très simples comme la sexualité de la femme à ce stade sa vie, la ménopause, les relations mères/adolescents et leurs sexualités qui émergent ne sont pas du tout creusées, voire à peine mentionnées. Le divorce, le deuil, le temps qui passe, autant de thématiques qui se contentent de faire de la figuration. And Just Like That à la saveur d'un rendez-vous manqué, mais ne perdons pas espoir car la saison 1 s'achève là où elle aurait dû commencer. Avec une Carrie célibataire, prête à mettre son deuil derrière elle, et reprenant sa chronique « Sex & the City » sous forme de podcast. À voir ce que nous réserve la saison 2, annoncée il y a quelques jours.

0 commentaire